|    03 Mars 2026

Portrait d’adhérent Admical – Art & jardins | Hauts-de-France

Quand le jardin devient un acte de paix et un projet de société

Cela n’a plus de secret pour vous : depuis maintenant six mois, nous mettons en lumière la diversité des acteurs engagés pour l’intérêt général : entreprises mécènes, fondations, collectifs… mais aussi porteurs de projets culturels et sociétaux qui font vivre le mécénat sur les territoires. Ce mois-cicoup de projecteur sur un modèle singulier : celui d’un label de création paysagère et artistique, profondément ancré dans les territoires, dont l’existence même repose sur l’engagement des mécènes. Place à Art & jardins Hauts-de-France, qui inspirera vos projets de week-end printaniers dans nos beaux territoires français… et pas que ! 

 

Une genèse artistique devenue projet territorial 

Art & jardins | Hauts-de-France trouve son origine en 2010, au sein de la Maison de la Culture d’Amiens, alors dirigée par Gilbert Fillinger. Inspiré par le Festival international des jardins de Chaumont et marqué par l’état de déshérence d’une partie des hortillonnages d’Amiens, il imagine un projet ambitieux : faire du jardin un espace de création contemporaine, accessible uniquement en barque, au fil de la Somme. 

Le pari est audacieux, et le festival rencontre immédiatement un succès public et critique. Très vite, le mécénat vient renforcer l’ambition du projet : EDF, Crédit Agricole, le groupe Gueudet ou encore la Caisse d’Épargne, pour n’en citer que quelques-uns, accompagnent les premières éditions. Dès l’origine, le soutien privé permet de voir plus grand. 

En 2018, l’association Art & Jardins | Hauts-de-France est créée pour déployer cette dynamique à l’échelle régionale, puis européenne. Le festival devient un socle, puis d’autres projets émergent, dont les emblématiques Jardins de la Paix. 

 

Les Jardins de la Paix : créer du lien entre les peuples 

Lancé en 2017, le parcours des Jardins de la Paix constitue aujourd’hui l’un des projets phares de l’association. Le principe : inviter des paysagistes et architectes issus des nations impliquées dans le premier conflit mondial à concevoir des jardins sur des lieux de mémoire. 

De la Belgique à l’Alsace, en passant par les Hauts-de-France, puis le Grand-Est et jusqu’en Sicile, ces jardins incarnent une démarche à la fois artistique, mémorielle et profondément contemporaine. Des équipes tchèquesaustraliennes, allemandes, britanniques ou encore algériennes ont ainsi contribué à ces créations. Certaines fondations étrangères – comme la Fondation Komàrek en République Tchèque  ont financé une large part de ces projets. 

Au-delà de l’œuvre paysagère, ces jardins sont des espaces de dialogue entre nations, une manière de transformer les traces du conflit en lieux de fraternité. Récemment, à l’initiative de mécènes amiénois, un Jardin de la Paix pourrait voir le jour dans la ville allemande de Dortmund, la plus bombardée de la Seconde Guerre mondiale, jumelée avec Amiens. 

Pour Gilbert Fillinger, ces projets ont un effet boule de neige : « chaque réalisation nourrit la suivante et élargit le cercle des partenaires », explique-t-il. 

 

Insertion, inclusion et développement durable : un projet sociétal global 

« Art & Jardins ne se limite pas à la production d’œuvres contemporaines. Le projet porte également une vision sociale forte », continue Gilbert. 

Un Atelier-Chantier d’Insertion (ACI) agréé emploie une quinzaine d’agents, principalement sur les hortillonnages, la vallée de la Somme et les Jardins de la Paix. Ces personnes, souvent éloignées de l’emploi, apprennent le métier de jardinier, bénéficient d’un accompagnement socio-professionnel, et développent par exemple des compétences numériques. Les résultats sont significatifs : 73 % de sorties positives il y a deux ans, 58 % l’an dernier malgré un contexte économique dégradé. 

L’association mène également des actions pédagogiques et environnementales, autour des espaces nourriciers, de l’agriculture raisonnée ou des enjeux liés à l’eau et à la biodiversité. Le jardin devient ainsi un outil de sensibilisation écologique, un vecteur de citoyenneté - certains projets sont participatifs. 

 

Le mécénat, pilier structurant du modèle 

« Sans le mécénat, nous n’existerions pas », déclare Gilbert sans hésitationDepuis 2010, le mécénat représente entre 12 et 15 % du budget de l’association, jamais moins de 10 %. En 2025, près de 200 000 euros ont été collectés. Au total, plus de 70 mécènes ont accompagné Art & Jardins depuis sa création. 

Le soutien est principalement financier. Les mécènes sont locaux, régionaux, nationaux et parfois internationaux. Certains sont engagés depuis la première édition du festival. La Caisse de dépôts, le Crédit Agricole, via ses caisses locales et ses fondations, sont particulièrement impliquésLe groupe Gueudet, entreprise opérant dans la distribution automobile dont le siège est situé à Amiens, soutient le projet depuis l’origine. D’autres partenaires interviennent selon les territoires : par exemple, une caisse régionale du Crédit Agricole en Alsace pour un jardin de la Paix local. 

Le mécénat permet notamment de combler les besoins non couverts par les financements publics : « sur le chantier d’insertion, malgré le soutien indéfectible de la préfecture et du conseil départemental, il manque environ 50 000 euros par an », précise Gilbert« Le mécénat est indispensable pour assurer l’équilibre financier de l’association », ajoute-t-il. Il soutient aussi des dispositifs spécifiques comme les travaux d’intérêt général réalisés dans les jardins de la Paix sur certains sites mémoriels. 

La proximité joue un rôle clé. Les mécènes sont invités à des soirées de bilan et de projection, où les perspectives à deux ou trois ans sont partagées. La relation dépasse la simple transaction financière : il s’agit d’un engagement dans la durée. 

L’association souhaite aujourd’hui développer d’autres formes de mécénat, notamment de compétences, et structurer davantage la recherche de partenaires avec l’embauche d’une personne dédiée. 

 

Un ancrage territorial fort, une ambition internationale 

Art & jardins | Hauts-de-France, comme son nom l’indique, est profondément ancrée dans les Hauts-de-France, territoire marqué par son histoire industrielle et mémorielle. Cet ancrage facilite la mobilisation des entreprises locales, qui connaissent les sites et mesurent l’impact des projets. 

Mais l’ambition est aussi internationale : « Ne nous méprenons pas : l’enjeu n’est pas de financer Amiens depuis l’étranger, mais de continuer à tisser des liens entre les peuples à travers des projets communs sur de nouveaux territoires », indique Gilbert. L’association a déjà conduit des collaborations en Iran dans les années 2010, interrompues pour des raisons géopolitiques. 

Le modèle de mécénat doit donc évoluer vers davantage de coopérations internationales, en lien avec des fondations engagées sur les questions sociétales et humaines.

 

Une vision exigeante du rôle de l’entreprise 

Le discours de Gilbert Fillinger sur le mécénat est clair : « l’entreprise a une responsabilité majeure dans la construction d’un monde plus juste». Le mécénat ne représente qu’une part modeste des ressources d’une entreprise, mais peut avoir un impact considérable sur des initiatives d’intérêt général. 

« S’engager, c’est contribuer à créer du sens, à soutenir des projets utiles, à dépasser une vision strictement court-termiste  », ajoute-t-il. Pour lui, le jardin, la mémoire, l’insertion, la biodiversité ne sont pas des sujets périphériques : ils participent d’un projet de société. 

 

Pourquoi Admical ? 

Gilbert Fillinger connaissait Admical de longue date, notamment à travers son expérience à la Maison de la Culture et des interventions lors de colloques. L’adhésion répond aujourd’hui à un besoin d’ouverture et de structuration du mécénat. 

« Le projet Art & jardins | Hauts-de-France est complexe, transversal, mêlant art, mémoire, environnement, insertion et participation citoyenne. Il nécessite du temps pour être compris. Le réseau Admical peut accompagner cette montée en puissance, faciliter les mises en relation et ouvrir de nouveaux champs d’action. » témoigne-t-il.  

 

Les prochaines années seront consacrées à la consolidation du modèle, à la diversification des mécènes et à l’internationalisation des coopérations. Les projets continuent de se multiplier, portés par une dynamique territoriale solide et une reconnaissance croissante, et c’est tout ce que nous souhaitons à Art & Jardins | Hauts-de-France ! Ce projet démontre qu’un projet culturel peut être à la fois artistique, social, environnemental et économique. Et que le mécénat, lorsqu’il s’inscrit dans la durée et la confiance, devient un véritable levier de transformation des territoires. 

Un grand merci à Gilbert Fillinger de nous ouvrir une fenêtre d’espoir sur une Terre vivable, où l’action juste et la vision long-terme prédominent 

 

À dans un mois pour un prochain portrait d’acteur du mécénat, riche en nuances et potentiels pour le futur ! 

 

 

Ce site est réalisé grâce au mécénat de