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L’action philanthropique des entreprises

Synthèses d’études

Lors de son dernier LAB organisé en mars dernier, Admical a souhaité revenir sur la responsabilité sociale des organismes sans but lucratif. Comment mesurer leurs performances en se basant sur les critères ESG ? Ou encore analyser leur prise en compte des ODD ? A cette occasion, Pascal Bello, directeur général de l’agence ESG Score, a dévoilé les résultats d’une étude de grande ampleur menée auprès de fondations et fonds de dotation sur leurs actions philanthropiques. Nous vous en présentons ici une synthèse des conclusions.

Avant-propos méthodologique

Le présent document est la synthèse de l’étude 2020 des actions philanthropiques menées par les entreprises en France. L’univers de l’étude est celui des fondations d’entreprises, des fonds de dotation, des fondations hébergées et des actions de mécénat des entreprises cotées au SBF 120. A ces entreprises s’ajoutent 10 entreprises aux capitaux publics dont la place dans l’environnement socio-économique est d’importance.

L’information traitée est issue des bases de données établies par l’agence ESG Score. Il s’agit des fiches de notation des fondations destinées aux sociétés de gestion et aux investisseurs de l’ISR. L’Indice de Performance Ethique des Fondations (FEPIX) est la consolidation d’une série d’indicateurs quantitatifs ou qualitatifs. Les sources d’information sont publiques : sites internet dédiés, rapports d’activités et communications institutionnelles.

Le parti pris de l’étude est de considérer que la performance de la fondation d’entreprise (ou ses équivalents) ne peut s’appréhender en dehors d’une lecture combinée avec l’identité et le fonctionnement de l’entreprise de tutelle.

 

La fondation a trouvé une place stratégique dans l’organisation de l’entreprise

Les fondations d’entreprises constituent des supports pertinents du dialogue avec les parties prenantes des entreprises.  Elles sont une interface utile entre, d’une part, des organisations qui disposent de ressources importantes (budgets, capital humain, temps et compétences) et d’autre part, des interlocuteurs de la société civile qui expriment des attentes légitimes, qu’une mission d’intérêt général se doit de servir.

Porteuse de tout ou partie de la politique RSE de l’entreprise, la fondation doit fonctionner de façon exemplaire. Dans un monde devenu particulièrement complexe, où des ambitions contradictoires se croisent, elle doit opposer une rigueur de gestion et une vigilance.

La solidarité, le respect de la dignité de chacun, la préservation de l’environnement et l’équité de traitement sont plus que jamais sur le devant de la scène. Il est donc utile de veiller à ce que l’allocation des moyens mis à disposition soit faite avec transparence et responsabilité. Le capital image que fournit une fondation à son entreprise de tutelle induit de nouvelles obligations et le respect de certains principes de fonctionnement pour l’une et l’autre des entités.

Ces principes sont au nombre de quatre. En mesurant la distance entre les résultats visés et les objectifs obtenus, FEPIX fournit une base empirique à l'évaluation comparative des politiques et positionne la fondation dans un classement global.

  • Le principe de la légitimité d’action est capital pour pouvoir apprécier les missions des fondations. Parce que les budgets et les ressources alloués à la fondation sont le résultat d’un arbitrage fait au détriment d’autres parties prenantes de l’entreprise (salariés, partenaires contractuels ou clients), il est nécessaire d’en garantir la saine et efficace affectation. Les projets qu’elles financent doivent être sous le contrôle d’une équipe compétente et expérimentée. Au travers de sa fondation, il est préférable que l’entreprise ne s’engage pas dans des projets pour lesquels elle ne présenterait qu’une autorité partielle. Pour ces raisons, il est responsable et souhaitable de définir la mission de la fondation sur les bases des compétences des métiers de l’entreprise.
  • Le principe de saine gouvernance et de transparence des informations est essentiel au dialogue avec les bénéficiaires des projets de la fondation. Pour éviter le « fait du Prince » et les choix arbitraires, le fonctionnement du conseil d’administration et sa composition doivent satisfaire les critères de la saine gouvernance. Une communication ouverte et un reporting systématique viennent compléter le dispositif.
  • Le principe d’efficience des actions menées complète celui de l’intention « charitable » habituellement dévolue à la fondation. Il s’agit ici de respecter la dignité de l’ensemble des acteurs concernés et de la totalité des parties prenantes de l’entreprise. La fondation ne doit pas « dépenser sans compter » mais plutôt tirer un résultat maximal des allocations effectuées. Il est donc important et souhaitable de gérer les projets de la fondation avec rigueur et efficacité, en intégrant l’ensemble des impacts associés, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux.
  • Le principe de mesure des impacts sociaux et environnementaux est celui qui permet d’évaluer la satisfaction des bénéficiaires des projets engagés et la qualité de la mission de la fondation. Les impacts sociaux des projets expliquent la réputation de la fondation, ainsi que ses impacts environnementaux.

L’analyse typologique indique une grande variété de fonctionnements

Plusieurs groupes de fondations (4 groupes) sont identifiés présentant des caractéristiques communes de fonctionnement, d’identité et de projets.

  • Un premier groupe, relativement épars, est composé de fondations considérées comme légitimes pour agir sur les missions qui sont les leurs et dont les impacts des projets sont jugés comme importants. Ce sont les "Légitimes Utiles".
  • Un deuxième groupe, plus concentré et moins représenté, est celui des fondations ayant une bonne connaissance et une expérience des missions menées, mais dont les impacts sociaux des projets sont limités. Ce sont les "Expérimentées Décalées".
  • Un troisième groupe, également concentré, est composé des fondations dont les projets servent véritablement l’intérêt général. Toutefois, elles ne disposent pas toujours, en interne, de toutes les compétences et expériences utiles à la bonne mise en œuvre de leurs projets et font appel à des spécialistes ou des autorités avisées. Ce sont les "Généreuses Hardies".
  • Enfin, un quatrième groupe est composé de fondations dont la mission principale ne s’inscrit pas dans un axe bénéficiant de l’expérience des métiers et des savoir-faire de l’entreprise et dont les impacts sociaux des projets sont limités ou peu reconnus. Ce groupe, très épars, est celui des "Marginales Sélectives".

 

A titre d’illustration, quatre exemples issus de l’analyse typologique

  • La fondation 01 a pour mission de faire évoluer durablement les comportements dans un domaine essentiel de la vie des citoyens. Elle peut s’appuyer sur des collaborateurs de l’entreprise de tutelle qui exercent des métiers en lien direct avec les projets engagés. Elle entend pour cela développer les connaissances scientifiques, et encourager leur application concrète dans la vie de tous. Cette fondation offre le double avantage de mettre à disposition des compétences objectives et reconnues et de servir un intérêt général à fort impact social.
  • La fondation 02 a pour mission de répondre à un besoin fondamental, mais imparfaitement satisfait, de la vie des citoyens, et en particulier des enfants. Elle dispose des savoir-faire et des expériences de l’entreprise dont le métier quasi-unique est de répondre à ce besoin. Les projets mis en œuvre facilitent l’accès économique à ses produits considérés comme de première nécessité tout en garantissant les meilleures caractéristiques techniques. Cette fondation satisfait pleinement les principes de légitimité d’action et de forts impacts sociaux.
  • La fondation 03 finance des projets pour favoriser la culture de l’innovation et s’appuie sur des équipes de collaborateurs dont la formation et le métier sont techniques et adaptés à sa mission. Les impacts sociaux et sociétaux qui existent bel et bien ne sont pourtant pas directement visibles et sont insuffisamment partagés. Son positionnement est médian sur le principe d’impact social.
  • La fondation 04 s’est fixé comme mission de servir une cause éminemment utile dont les impacts sociaux sont majeurs. Les projets mis en œuvre pour défendre la dignité des populations concernées sont accompagnés de moyens conséquents. La mission de la fondation et les projets mis en œuvre n’ont pas de lien direct avec les métiers de l’entreprise de tutelle.

 

Conclusion : l’action philanthropique et nouvelles responsabilités sociales et environnementale (ESG)

Le milieu des fondations voit ses valeurs historiques issues de la culture judéo-chrétienne bousculées par les principes ESG. Elles sont ainsi poussées à une révision de leurs modes de fonctionnement et de leurs critères de sélection des projets financés. L’étude révèle qu’il existe une forte corrélation entre la légitimité à agir de la part de la fondation et la qualité des impacts sociaux que cette dernière peut tirer de ses projets.

 

ESG Score – étude FEPIX 2020 – Pascal Bello Directeur Général

 

 

 

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