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Soutenir les artistes : un engagement essentiel

Expertise

© Cedric Helsy Kaori Ito, Chorégraphe & directrice artistique de la Compagnie Himé, Jean-Jacques Goron, Délégué général de la Fondation BNP Paribas, Sandrina Martins, Directrice générale du Carreau du Temple, Serge Rangoni, Directeur général du Théâtre de Liège, et Emmanuel Bex, compositeur et pianiste, au Mécènes Forum, lors de l’atelier consacré au soutien artistique
Alors que la culture représente un quart du budget global du mécénat en France, et est soutenue par 38% des entreprises mécènes, qu’en est-il précisément du soutien à la création artistique ?

Un sous-domaine d’intervention historique aujourd’hui délaissé

Historiquement, le soutien à la création est à l’origine même du mécénat. En effet, les premiers mécènes, hommes politiques ou hommes d’affaires, aident les artistes qui leur sont contemporains. Le mécénat doit d’ailleurs son nom au premier d’entre eux, Caius Cilnius Mæcenas, homme politique romain, qui a consacré sa fortune à la promotion des arts et des lettres, en soutenant par exemple Virgile, Properce ou encore Horace. Autre figure remarquable de cette pratique, Laurent de Médicis dirigea Florence au XVe siècle, et, à la suite de son grand-père Côme, participa à faire de Florence une ville majeure de la Renaissance italienne en finançant architectes, sculpteurs et peintres.

Aujourd’hui, la culture bénéficie toujours d’une place de choix parmi les domaines d’intervention des mécènes : avec 38% d’entreprises engagées en 2017, elle est le deuxième domaine le plus choisi. Cependant, le soutien aux artistes est aujourd’hui délaissé par les mécènes, qui lui préfèrent l’éducation artistique et culturelle, la démocratisation de l’accès à la culture ou la rénovation et l’entretien du patrimoine. Pourtant, à l’heure où les artistes rencontrent de plus en plus de difficultés dans leur recherche de financement, le soutien des mécènes à la création artistique est plus que jamais un engagement essentiel.

 

Financements publics et financements privés : un équilibre à trouver

Dans un contexte de réduction des aides publiques, les artistes sont amenés à diversifier leurs sources de financement et se tournent vers les acteurs privés. Cette diversification comporte plusieurs avantages. En effet, si les aides publiques sont parfois conditionnées par de nombreux critères, le mécénat est plus horizontal, et accorde une plus grande liberté dans l’utilisation des fonds alloués. Emmanuel Bex, compositeur, pianiste, organiste, en témoigne : « La relation avec le mécène est comme une page blanche que l’on va écrire ensemble ».

Toutefois, le monde des entreprises est parfois vu avec méfiance par les artistes, qui s’interrogent sur les attentes des mécènes. Afin d’établir une relation de confiance, il est donc nécessaire d’adopter une démarche de co-construction. La question de la médiation en est une bonne illustration. Certains mécènes ayant parmi leurs objectifs la démocratisation de l’accès à la culture, ils proposent aux artistes qu’ils soutiennent d’effectuer un travail de médiation. Il est alors essentiel d’être à l’écoute des envies de l’artiste, comme le souligne la chorégraphe Kaori Ito : « La relation au mécène ne peut fonctionner que sur la base du choix ».

 

La collaboration entre entreprise et artiste en pratique

Du simple financement à la résidence au sein de l’entreprise, quels sont les moyens d’accompagnement des artistes pour l’entreprise ? Les possibilités sont nombreuses. Il peut s’agir de l’attribution de bourse ou de prix, l’achat œuvre, le soutien aux lieux de diffusion, ou aux programmes de création artistique menés par des institutions culturelles, sans oublier les programmes de résidence. Une résidence est la mise à disposition d’un lieu de création, souvent accompagné de moyens financiers, techniques ou humains, pour qu’un ou plusieurs artistes effectuent un travail de recherche ou de création[1].

Ainsi, Le Carreau du Temple, établissement public culturel et sportif, a lancé en 2017 le programme PACT(e), un programme innovant de résidences d’artistes en entreprises. Ce programme permet à une dizaine d’artistes par an de créer leurs œuvres en immersion au sein d’une entreprise. Les artistes passent plusieurs semaines dans l’entreprise afin de découvrir son activité, et d’échanger avec les salariés. Il s’agit véritablement d’une élaboration conjointe des projets. C’est également cette coopération des secteurs artistique et industriel que met en œuvre le Théâtre de Liège à travers le projet IMPACT (International Meeting in Performing Arts and Creative Technologies), qui accompagne les porteurs de projets innovants dans les domaines des nouvelles technologies et des arts de la scène. Par exemple, l’artiste performeur Eric Arnal Burtschy a conçu son installation "Vortex" en s’appuyant sur les compétences des ingénieurs de l’entreprise Safran Aero Boosters.

 

Un enrichissement collectif

Le processus de création, comme toute innovation, représente une prise de risque qui pourrait à première vue faire peur aux chefs d’entreprises et mécènes. C’est pourquoi il est indispensable de créer une relation de confiance entre les parties prenantes pour permettre l’accompagnement., comme l’exprime Sandrina Martins, directrice générale du Carreau du Temple : « La rencontre entre l’artiste et l’entreprise doit être préparée, mais si la rencontre humaine se fait, alors le mécène suit ».

La dimension humaine est assurément une composante essentielle du mécénat, qui permet la rencontre d’un artiste, d’une œuvre, avec une entreprise et ses salariés. Il s’agit véritablement de créer du lien social entre des mondes qui se connaissent peu. Ce que le directeur général du Théâtre de Liège, Serge Rangoni, résume ainsi : « Faire société c’est pouvoir dialoguer avec des gens qui ont des pensées différentes, d’où l’intérêt du mécénat ».

 

 

Juliette Arnault

 



[1] D’après la définition du Ministère de la Culture (www.culture.gouv.fr)

 

 

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