le Mag

Où en est le mécénat sur l’île de la Réunion ?

Expertise

Rencontre avec la déléguée régionale Admical, Alice Pagneux, basée à la Réunion qui nous livre sa vision sur l’état du mécénat dans son île.
 
 
Quel est votre ressenti sur l’état du mécénat à la Réunion ?

La Réunion est un petit territoire de l’Océan Indien avec ses 2500 km2 et ses 860 000 habitants. Le tissu économique est dynamique et varié. Le potentiel est là, mais les acteurs sensibles au mécénat sont isolés et trop peu nombreux. Mon ressenti est que le mécénat est encore très mal connu sur le territoire réunionnais. Cependant, les acteurs rencontrés, mécènes potentiels et porteurs de projets, me donnent la conviction que La Réunion est prête à s’engager dans cette belle aventure ! L’esprit et l’envie sont présents, reste à structurer.

 

Quels sont les principaux freins qui bloquent encore les entreprises à se lancer ?

Le premier frein est, tout simplement, la méconnaissance du mécénat. Un important travail de sensibilisation et de pédagogie reste à faire sur le territoire réunionnais. Certaines entreprises ne connaissent pas du tout le mécénat et encore moins ses diverses facettes ; Et s’il est un peu connu par certains, l’image reste celle d’un mécénat financier essentiellement réservé aux grandes entreprises. L’idée à transmettre est que le mécénat est un engagement citoyen à portée des PME, et qu’il peut prendre plusieurs aspects : mécénat en nature ou mécénat de compétences par exemple.

Le second frein à mon avis, est l’insécurité juridique et fiscale ressentie par les dirigeants d’entreprise ; ils ne savent pas forcément comment rédiger une convention de mécénat ou comment traiter l’avantage fiscal dans leurs comptes sociaux. 

 

Selon vous, quels sont donc les leviers à activer pour continuer à développer l’engagement des entreprises réunionnaises ?

Pour plus d’engagement, il faut valoriser les entreprises qui se sont déjà illustrées dans cette voie, même s’il s’agit d’actions ponctuelles : il faudrait sensibiliser les acteurs, les médias, les réseaux sur le mécénat pour que l’on puisse en parler facilement dans la presse, à la télévision. Les idées et les initiatives suivront, je pense.

De plus, nous allons essayer de regrouper régulièrement les acteurs principaux déjà identifiés, pour des échanges concrets et des retours d’expérience. En créant une dynamique entre les acteurs du mécénat, ils ne peuvent que se sentir moins isolés et confortés dans leur démarche.

 

Et les associations locales, sont-elles nombreuses à se tourner vers le mécénat pour diversifier leurs ressources ?

Malheureusement, les chiffres précis portant sur le développement du mécénat à la Réunion sont rares, et même quasiment inexistants. C’est une des problématiques locales ; il faudrait arriver à dresser une cartographie des acteurs du mécénat : mécènes, porteurs de projets, pouvoirs publics…

Les associations locales, sont précarisées, comme sur le territoire métropolitain, par la baisse des subventions publiques. Afin d’assurer leur pérennité, elles sont de plus en plus convaincues de la nécessité de diversifier leurs sources de financement et notamment le financement privé via le mécénat d’entreprise.

Là encore, un travail important de pédagogie est à faire, pour accompagner les associations ; comment définir leurs besoins ? Quel discours tenir pour convaincre les dirigeants d’entreprise ? L’association peut-elle émettre des reçus fiscaux ? Autant de questions qui se font de plus en plus courantes.

 

Il est encore tôt pour mesurer l’impact du Covid mais quel est votre sentiment sur les conséquences de la crise sur l’engagement des entreprises locales ?

La crise sanitaire liée au Covid, entraine une crise économique importante sur le territoire réunionnais ; l’activité du tourisme est fortement attaquée ; cette année, les lagons et palmiers ont bien moins attirés les touristes, et pour cause ; il est encore bien contraignant de prendre l’avion.

Le Grand Raid, « La diagonale des fous », épreuve sportive internationale se déroulant habituellement à La Réunion en octobre, a été tout simplement annulée cette année. Le festival de musique Le Sakifo, également. Plus généralement, de nombreuses entreprises, artisans ou commerçants, rencontrent de grandes difficultés de trésorerie. Il est alors certain que là, le mécénat est bien loin d’être une priorité…

Mais, paradoxalement, la crise Covid, en accentuant la fragilité et la précarisation de certaines populations, révèle aussi un véritable élan de solidarité, entre les personnes ; et là, le mécénat peut trouver un nouvel éclairage, en permettant à l’entreprise de s’inscrire de manière positive et concrète dans son territoire, en permettant à l’entreprise de s’interroger sur ses valeurs, sa raison d’être et finalement sur sa responsabilité sociétale. De nombreuses « petites » actions sont réalisées de manière éparse.

L’envie de s’engager existe, et c’est ce qui devrait permettre au mécénat de se développer sur le territoire réunionnais !  

 

Propos recueillis par Marion Baudin

> Retrouvez le premier article de notre dossier su le mécénat en Outre-Mer :  "Le mécénat en Outre-Mer : escale en Nouvelle-Calédonie"

 

 

Ce site est réalisé grâce au mécénat de fondation sncf