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L’impact de l’engagement sur les étudiants et demandeurs d’emploi

Expertise

D’après le baromètre 2021 de l’APEC, 69% des jeunes diplômés Bac +5 de la promotion 2019 étaient en emploi 1 an après l’obtention de leur diplôme contre 85% de la promotion 2018 . Des chiffres révisés « à la baisse » qui témoignent d’un marché du travail plus précaire avec le contexte de la crise sanitaire. Les jeunes en concurrence cherchent à se démarquer, et pour certains, l’engagement est un bon moyen d’enrichir son curriculum. Quels sont les apports de l’engagement pour les jeunes et les demandeurs d’emploi en général ?

Une offre pro bono trop élitiste ?

L’aventure Pro Bono Lab a commencé en 2011 avec des Campus pro bono, des missions d’engagement sur des campus de grandes écoles et des universités où des étudiants accompagnaient des associations grâce à leurs compétences. Au fil des ans, le secteur des intermédiaires du pro bono a évolué, tout comme nous, facilitant l’accès au bénévolat et mécénat de compétences aux salariés d’entreprises, principalement des cadres qui travaillent sur des fonctions supports. La cible des étudiants et des demandeurs d’emploi a alors été délaissée par de nombreux acteurs, dépendants d’un modèle économique lié au secteur privé. Néanmoins, l’évaluation d’impact auprès de ces différents publics montre que les bénéfices du partage de compétences sont en grande partie similaires. Tout type de volontaires confondus, 98% ont apprécié l’expérience et 95% se sont sentis utiles en participant à une mission pro bono.

 

En 2020, 229 étudiants et 104 demandeurs d’emploi bénévoles ont pris part à des missions pro bono avec Pro Bono Lab.

Nous souhaitons ici zoomer sur l’impact de la participation à des missions pro bono pour des étudiants et demandeurs d’emploi, afin qu’ils ne soient pas les grands oubliés de la pratique. Nous sommes convaincus que c’est le mélange et la pluralité de ces publics qui permet de coconstruire des solutions pour le secteur associatif et in fine pour la société. Si nos volontaires n’ont pas tous le même niveau d’expérience, ils sont tous capables de faire preuve de bon sens et de mobiliser leurs compétences douces et transversales en plus de leurs compétences dures ou métier. Au-delà du sentiment d’utilité, le partage de compétences à destination de projet à finalité sociale et/ou environnementale permet de mettre en pratique son savoir dans un contexte différent, de s’adapter aux autres et donc développer différents types de compétences.

 

75% des étudiants bénévoles approfondissent leurs compétences professionnelles et/ou personnelles à l’occasion d’une mission pro bono.[1]

Tous les étudiants engagés disent avoir apprécié travailler avec des personnes d’horizons différents (100%) : c’est-à-dire d’autres jeunes qu’ils ne connaissent pas, des salariés d’entreprises ainsi que les représentants de l’association accompagnée. Lorsqu’on leur demande ce qu’ils ont trouvé de plus enrichissant, spontanément c’est ce qui revient : « Les riches échanges avec les autres volontaires et les représentants de l'association ! » ; « Les rencontres avec des professionnels, la découverte d’un nouveau secteur. » ; « La participation de profils très divers : étudiants, consultants, chercheurs d'emploi, stagiaires… » ; « Découvrir un projet naissant, pouvoir y contribuer et voir le pouvoir de l'émulation intellectuelle entre les membres. »[2].

 

Dans le cadre de cet environnement stimulant, 62% affirment avoir pu être source d’initiatives, voire force d’innovation ; et 88% ont su s’adapter aux situations et aux personnes impliquées. Ces soft skills sont valorisables pour la suite de leur parcours et ces jeunes en ont bien conscience. En effet, 75% affirment qu’ils pourraient valoriser cette expérience sur leur CV ou lors d’un entretien d’embauche ; ce chiffre monte à 94% en isolant les missions réalisées dans le cadre du BEESE Project (projet européen spécialement conçu pour impliquer des étudiants en partenariat avec des universités et grandes écoles).

Cette différence de résultats nous permet d’observer qu’il faut tout de même adapter nos méthodologies à ce public. L’adaptation de nos programmes aux étudiants, comme dans le cadre du BEESE Project, a permis d’obtenir des résultats plus satisfaisants. Les étudiants étaient encadrés par des salariés/personnes plus expérimentées qui avaient été briefées pour être mentors de ces jeunes durant la mission pro bono, et certains étudiants avaient été impliqués dans les phases de diagnostic des besoins de l’association par exemple.

 

94% des demandeurs d’emploi ayant participé à une mission pro bono disent avoir donné du sens à leurs compétences professionnelles[3].

Pour la cible des demandeurs d’emploi, l’approche est différente selon leur tranche d’âge et leur niveau d’expérience. S’ils ont déjà eu l’opportunité d’exercer un métier, qu’ils ont plusieurs années d’expériences professionnelles à leur actif, il ne sera alors pas nécessaire d’adapter les méthodologies. Au contraire, il est important de ne pas les traiter différemment s’ils sont mélangés à des personnes en poste pour qu’ils maintiennent ou (re)prennent confiance en eux. Pour une grande partie des demandeurs d’emploi impliqués dans nos missions, cette expérience leur a permis de donner du sens à leurs compétences professionnelles, et pour plus d’1/2 (58%), cette expérience a joué positivement sur leur estime de soi.

En effet, l’utilisation de ses compétences professionnelles et personnelles pour une organisation pour laquelle on ne travaille, que l’on vient seulement de découvrir, facilite le fait de se sentir capable de les mettre en pratique dans un contexte nouveau. Cela peut être une mission en lien avec son cœur de métier, ou une mission sur une compétence que l’on aimerait développer. Comme pour les étudiants, cette expérience est valorisable : 79% affirment qu’ils pourraient citer cette expérience sur leur CV ou lors d’un entretien d’embauche.

 

Démocratiser le pro bono pour décloisonner les mondes.

Durant la crise du COVID-19, de nombreux articles, tribunes et communications ont évoqué un « nouveau monde ». Contrairement à l’ancien, il serait plus juste, plus respectueux de son environnement avec une économie différente. Si à l’heure de la reprise des activités ces discours nous paraissent déjà loin, différents outils pourraient permettre de lancer la dynamique d’une nouvelle économie. Nous pensons que le pro bono est l’un de ces outils. Confronter des salariés de l’économie dite « classique » à l’économie sociale et solidaire pourrait faire changer les manières de penser en interne. De même, sensibiliser et faire participer des étudiants et demandeurs d’emploi à des missions pro bono pourrait faire naître de nouvelles vocations et ainsi faire changer les choses. 83% des volontaires, tout type de profils, affirment qu’avoir accompagné une association leur a permis d’apprendre sur le monde associatif. Le décloisonnement est l’un des impacts identifiés du pro bono et il pourrait ouvrir de nouveaux horizons en coconstruisant avec les associations qui en ont le besoin.

 

Anaïs Vincent Luce,

Responsable de l'Observatoire du Pro Bono,

Pro Bono Lab

 

 



[1] Evaluation d’impact 2020, Pro Bono Lab

[2] Verbatims des missions pro bono dans le cadre du BEESE Project : projet d’expérimentation européen pour développer des programmes pro bono au sein des universités et grandes écoles.

[3] Evaluation d’impact 2020, Pro Bono Lab.

 

 

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