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Culture et environnement : mécènes, croisons les deux !

Expertise

Les domaines culturel et environnemental sont loin d’être investis dans les mêmes proportions par les mécènes, la Culture bénéficiant d’une large mobilisation. Pour autant, il existe de nombreux liens à nouer entre ces deux univers qui peuvent s’enrichir mutuellement. Convaincue de l’intérêt de cette démarche, Monique Barbaroux, qui vient de quitter ses fonctions de Haute fonctionnaire au développement durable du ministère de la Culture, prend la plume pour nous éclairer sur ce sujet encore peu abordé.

Le mécénat consacré à l’écologie, c’est 7% des sommes récoltées, soit moins que les 25 % au bénéfice de la culture. Pourtant le respect de l’environnement aujourd’hui est indispensable pour vivre demain ; la pandémie qui nous menace est une conséquence du réchauffement climatique et de la chute de la biodiversité ; les jeunes générations ne s’y trompent pas, l’environnement est la cause qui les mobilise ! Etre une entreprise citoyenne et mécène en 2020, c’est désormais lier engagements culturel et écologique.

 

La démarche RSO que mènent de nombreuses entreprises pose l’interaction entre social, environnemental et sociétal, soit les 3 piliers du « développement durable » répondant aux 17 Objectifs de Développement Durable de l’ONU.

De même, le ministère de la Culture et ses opérateurs en charge des politiques de conservation, création et diffusion voient leur mission s’élargir au champ environnemental avec une stratégie RSO qui impulse les liens entre culture et écologie. Car la culture est un enjeu de civilisation, un choix de mode de vie, une manière partagée de penser le monde, de le représenter et de le façonner. Elle ne peut donc pas se tenir à l’écart des défis environnementaux et par la voix des artistes, elle doit occuper une place primordiale dans ces sujets mettant en jeu l’avenir de la planète.

Concrètement des institutions comme le festival d’Aix, le théâtre de Chaillot, les Ecoles d’art, le Louvre, la Cinémathèque… mènent des opérations écoresponsables. Des artistes aussi, chorégraphes tel Jérôme Bel, metteurs en scène comme Stanislas Nordey, plasticiens tel Olivier Darné, chanteurs comme Camille, designers comme Matali Crasset … considèrent que leur responsabilité est à la fois de raconter des imaginaires nouveaux et que ces récits soient durables dans leur façon d’être produits ; leur engagement sera sincère si contenu et mode de fabrication se rejoignent.

 

Les fondations ont tout à gagner à devenir acteurs du lien à nouer entre culture et environnement et à initier des programmes qui croisent soutien artistique et respect de l’écologie.

Ainsi pour des fondations soutenant des initiatives du champ culturel, aider un plasticien par une bourse de création ou une association de pratique amateur, développer un mécénat de compétence.., c’est bien. Mais c’est encore mieux si la bourse est conditionnée au respect d’un processus écologique, si le travail de l’association n’induit pas des voyages lointains, si le mécénat de compétence n’est pas fondé sur un recours excessif au numérique si lourd en empreinte carbone…. Bref, que tout geste artistique et toute action culturelle aidés par les mécènes portent en eux l’attention écologique ! Quant aux fondations ciblant des objectifs environnementaux, ne serait-ce pas plus porteur, notamment en termes de communication interne et externe, si un artiste y est associé ? Ainsi une opération de reboisement peut être accompagnée du geste d’un peintre ou d’un cinéaste, de la présence d’un conteur ou d’un écrivain qui en feront le récit en couleur, image et son …Telle fondation promouvant l’économie circulaire peut s’associer à une école d’art …Bref, que tout soutien en faveur de l’environnement se double d’un axe artistique !

Quel est l’intérêt pour une fondation de croiser culture et environnement ?  Les deux champs s’enrichissent réciproquement de leurs valeurs propres. La fondation engage les professionnels de la culture à être écoresponsables ; elle partage avec ses partenaires « le plus » qu’apportent les gestes ou la présence de l’artiste. Les bonnes pratiques écologiques étant souvent menées à l’échelle du territoire, lier culture et environnement permet aussi d’impliquer des fondations de taille plus modeste avec des initiatives culturelles inscrites dans des dynamiques locales comme l’éducation artistique ou les festivals.

Chaque champ du développement durable peut être accompagné par la culture : les consommations d’énergies et d’eau ; le réemploi ; les mobilités ; l’utilisation des plastiques ; l’alimentation ; la place de l’animal et la biodiversité. La force de conviction des artistes, des œuvres, des associations culturelles est réelle et apporte un bénéfice en terme de communication pour les publics, les clients et les équipes des entreprises.

Tous les champs culturels ont une empreinte écologique : la création, le patrimoine et les industries créatives. Pour les festivals de plein air, on citera les modes de transport des artistes et publics, la restauration, le réemploi des scénographies... Pour les spectacles vivants, l’écoconception des décors et costumes, les consommations électriques de la scène… Pour la diffusion des expositions, l’itinéraire de tournée… Pour le cinéma, l’écriture du scenario avec des personnages écoresponsables et le choix de matériels de tournage sobres, le placement de produits bio… Pour la création plastique, le recyclage des matières… Pour le patrimoine et l’architecture, les méthodes économes de réhabilitation, les panneaux solaires et la végétalisation des toits… Pour la formation dans les écoles d’art ou les conservatoires, l’introduction d’un enseignement du développement durable…

 

Le message est simple : c’est inciter les fondations engagées sur la culture à conditionner leurs programmes de soutien au respect de critères durables, et vice versa, à celles centrées sur l’environnement, à y inviter art et culture. Un monde en mutation appelle de nouveaux récits et a besoin des forces de l’imaginaire pour modifier des usages et des comportements qui peuvent mener à sa disparition. C’est bien avec les artistes que les mécènes soutiendront les défis du XXIème siècle liés à l’écologie ; c’est répondre avec eux aux enjeux forts de civilisation, enjeux qui sont donc éminemment culturels.

 

Monique Barbaroux

 

Administratrice générale honoraire, Monique Barbaroux vient de quitter ses fonctions de Haute fonctionnaire au développement durable du ministère de la Culture ; elle a été auparavant directrice générale d’établissements publics dédiés aux spectacles vivants et aux arts visuels : Comédie-Francaise , Centre Pompidou , Parc et grande Halle de la Villette, Centre national du cinéma, Centre national de la danse. Passionnée par les liens entre culture et écologie, elle est convaincue que les artistes et les institutions culturelles ont un rôle à jouer dans la construction d’un monde plus durable. 

 

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