|    07 Janvier 2026

PORTRAIT D'ADHERENT - Agence des Nations Unies pour les réfugiés

© UNHCR/ Kamrul Hasan

Derrière chaque projet de mécénat, il y a des convictions, des choix et des visages. Nous mettons à l’honneur celles et ceux qui font vivre l’engagement sur le terrain : nos adhérents. À travers leurs témoignages et leurs parcours, découvrez comment le mécénat devient un levier d’action concret, durable et profondément humain.

Les adhérents d’Admical reflètent la grande diversité de l’écosystème du mécénat en France. Entreprises, fondations, PME, ETI, acteurs publics, associations internationales ou structures très spécialisées : chacun apporte sa vision, ses contraintes et ses engagements. Dans ce cycle de portraits, nous souhaitons donner à voir cette pluralité. 
À ce titre, le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, occupe une place singulière. Peu d’acteurs conjuguent à ce point urgence humanitaire, solutions durables et partenariats d’envergure globale. Marilisa Fantacci travaille au département de la collecte de fonds (qui traite entre autres le mécénat d’entreprise et la philanthropie privée) et nous a présenté les enjeux, défis et perspectives d’un mécénat international qui évolue rapidement et impacte directement les actions du HCR. 

 

Le HCR : un mandat international et une mission à 360 degrés 

Le HCR est l’Agence des Nations Unies chargée de protéger les personnes déracinées en raison des conflits, des violences généralisées et, de plus en plus, des catastrophes climatiques. Présente dans près de 130 pays, l’organisation intervient à toutes les étapes du parcours des personnes réfugiées, apatrides ou déplacées internes. 

Le champ d’action est complet, allant de l’aide humanitaire d’urgence dans les premières 72 heures jusqu’à des solutions durables : accès à l’éducation, à l’emploi, à la santé, au droit, accompagnement psychosocial, intégration durable dans le pays d’accueil, réinstallation dans des pays tiers ou, quand les conditions de sécurité et dignité le permettent, le retour dans leur pays d'origineMarilisa insiste sur un point clé : « le HCR n’est pas seulement une organisation d’urgence, mais un acteur de long terme, engagé sur toutes les dimensions de la vie des personnes déplacées ». 

Les chiffres illustrent l’ampleur du défi : 

  • Fin 2024, 122 millions de personnes étaient déplacées. A la mi-2025, on en compte déjà 117 millions. « Cela équivaut à 1 personne sur 70 dans le monde », souligne Marilisa. 
  • 90 % des équipes du HCR travaillent sur le terrain. 

Le secteur privé est devenu stratégique pour le HCR 

Historiquement financé par les contributions volontaires des États membres, le HCR connaît ces dernières années une baisse rapide de ces ressources. Le désengagement récent des États-Unis a renforcé la nécessité d’une diversification financière. 

Aujourd’hui : 

  • 85 à 90 % des ressources proviennent encore des États, mais diminuent. 
  • 10 à 15 % viennent d’autres sources, dont le secteur privé. 
  • Selon les années, le mécénat d’entreprise et la philanthropie représentent entre 25 et 50 % des ressources collectées en France par le HCR. 

Au HCR, le mécénat s'est véritablement structuré au niveau international depuis une vingtaine d’années, avec des partenariats globaux et durables, notamment avec Uniqlo (depuis 2007) ou IKEA (depuis 2010) mais en France seulement depuis une dizaine d’années. Parmi les partenaires les plus fidèles nous y retrouvons par exemple, la Fondation L’Oréal.  
 

Les grands groupes restent les partenaires naturels, notamment en raison de la capacité à agir à l’international. Mais le HCR souhaite mieux toucher les entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui ont été au rendez-vous à l’occasion de la guerre en Ukraine pour soutenir les actions humanitaires et qui montrent un intérêt et une compréhension croissants pour les enjeux mondiaux.  

 

A noter : le HCR, dans l’identification de ses partenaires, est tenu d’appliquer les règles de due diligence en phase avec les valeurs onusiennes. En France, une autre exigence domine : l’envie du mécène de s’engager véritablement à l’international. 

 

Une vision du mécénat articulée en trois volets
Le HCR développe des collaborations à 360 degrés, fondées sur un équilibre entre trois types d’engagements : 

  • Financier : le financement direct reste essentiel pour répondre aux besoins humanitaires et aux urgences, mais le mécénat peut aussi être en nature (in-kindou de compétences. Ces deux derniers apports sont aussi essentiels à condition d’être suffisamment substantiels pour justifier leur traitement logistique. 
  • D’influence : les entreprises peuvent jouer un rôle clé sur plusieurs sujets portés par le HCRLeur voix peut être entendue pour changer le narratif sur les personnes déracinées et le rendre plus positif. Le HCR et les entreprises partenaires portent ensemble des sujets comme : le recrutement inclusif des personnes réfugiées, la lutte contre le déclassement professionnella sensibilisation des citoyens via la mise en place de programmes de sensibilisation pour les collaborateursAvec certaines entreprises partenaires, le HCR peut construire des plaidoyers communs et organiser des espaces d’influence via des agendas communs au niveau local et global. Par exemple, prendre la parole ensemble à des occasions telles que les COP, Davos, les G20 ou l’Assemblée Générale de Nations Unies à laquelle nous invitons nos partenaires, etc. 
  • Pour les solutions durables : l’objectif du HCR est celui de co-construire avec ses partenaires et grâce à leur expertise, des solutions durables pour les personnes réfugiées, déplacées internes ou apatrides. Et cela dans plusieurs domainestels que l’impact environnemental (avec certains partenaires, des matériaux recyclés pour les camps ont été développés ainsi que des systèmes de solarisation, ou encore des solutions de cuisson propres, etc.). Mais aussi dans le domaine de l’inclusion socio-économique au travers des politiques de recrutement inclusif de personnes réfugiées. Un autre exemple: le HCR a créé grâce au soutien de la Fondation IKEA le hub « UNHCR Innovation », avec pour objectif de trouver des solutions innovantes pour les réfugiés. 

A travers tous ces exemples, on s’en rend compte : le mécénat ne se limite jamais à un apport financier. Il s’inscrit dans une démarche globale de transformation et de changement systémique. 

Les leviers d’un partenariat réussi 
« Les partenariats de longue durée sont les plus efficaces », explique Marilisa. Ils permettent : 

  • D’avancer ensemble sur des périodes suffisamment longues pour en apprécier les impacts. 
  • De s’aligner sur une logique « program based » propre au HCRbasée sur des programmes holistiques et non pas sur de projets court durés. 
  • De co-construire des actions ciblées correspondant aux besoins prioritaires d’une situation. 

Le HCR ne fonctionne pas par projets isolés. Les partenariats s’inscrivent dans une dynamique globale d’aide, à laquelle les mécènes peuvent contribuer selon un champ défini ensemble ou globalement. 
 

L’implication des mécènes dans les opérations du HCR est importante et peut se faire à plusieurs niveaux. Certaines visites terrain sont possibles lorsque la sécurité le permet, comme cela a déjà été le cas en Ukraine, en Éthiopie ou au Bangladesh et sur d’autres terrains. Le HCR met aussi en place des webinaires, des échanges réguliers et l’accès à des informations actualisées. La baisse récente des effectifs (d’environ 30% au niveau globalrendra plus difficile, à l’avenir, la création de dispositifs entièrement sur-mesure pour les mécènes, mais la qualité de la relation reste une priorité. 

 

Les bénéfices que les entreprises retirent de leur engagement sont multiples : 

  • Contribuer aux enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux en tant qu’acteurs à part entière de l’intérêt général ; 
  • Un impact à grande échelle pour leurs politiques RSE ou les axes prioritaires de leurs outils philanthropiques, étant donné l’amplitude de l’action du HCR ; 
  • Une visibilité accrue de leur engagement ; 
  • Rendre fier et fidéliser leurs collaborateurs en pouvant les mobiliser sur les actions du HCR de plusieurs façons ; 
  • Contribuer à des actions de sensibilisation auprès de leurs salariés-citoyens et ainsi à la cohésion sociale ; 
  • L’intégration des enjeux d’inclusion de la diversité dans leurs politiques RH ; 

Le HCR apporte aussi une information chiffrée, experte et régulière, très attendue par les mécènes.  

 

Les défis croissants d’un mécénat humanitaire international 

Le HCR fait face à plusieurs défis. Le premier défi est d’ordre sociétal. Le sujet des réfugiés est souvent confondu avec celui des migrations, alimentant des amalgames et des discours clivants. Convaincre nécessite un travail constant d’information et de pédagogie. 

Un autre enjeu est la rapidité d’intervention : en situation d’urgence, les besoins ne permettent pas d’attendre un appel à projets, des modalités de financement flexibles peuvent être nécessaires. Les fonds non affectés à des opérations spécifiques (un pays, une action, une catégorie de bénéficiaires) et mobilisables selon les priorités du momentsont trop rares mais essentiels pour intervenir dès les premières heures. 

 

Enfin, les exigences croissantes de redevabilité des entreprises demandent un équilibre entre précision, transparence et flexibilité opérationnelle.  

De manière plus générale, pourquoi les entreprises françaises devraient-elles s’engager davantage sur les enjeux internationaux ? Pour Marilisa, la réponse est assez simple « ce qui se passe loin d’ici finit toujours par nous concernerL’exemple de ce qui a été appelée la crise migratoire de 2015 l’a montréL’arrivée soudaine d’un million de personnes fuyant des crises et des conflits au Moyen Orient et en Afrique a provoqué une crise de la solidarité entre Etats européens. Pourtant dix ans après, certaines interventions d’urgence se sont pérennisées, ce qui a permis de réagir différemment à l’arrivée en 2022 d’environ 8 millions des réfugiés d’Ukraine par exemple » ». Aujourd’hui, la réduction des financements internationaux crée un risque réel de retrait humanitaire, avec des conséquences humaines et politiques sévères. Le HCR estime que plus de 11 millions de personnes dans le monde risquent de ne plus avoir accès à son aide humanitaire. Investir dans la stabilité mondiale, c’est réduire les risques futurs. L’engagement international est un moyen très important pour assurer cette stabilité propice au développement économique et social.  

Un grand merci à Marilisa Fantacci pour son temps précieux. Prochain portrait à venir le mois prochain ! 

 

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