|    04 Novembre 2026

Portrait d’adhérent - Fondation OCIRP

Cap sur la Fondation OCIRP : faire de l’autonomie un projet collectif

Créée en 2009, la Fondation d’entreprise OCIRP a progressivement élargi son action, initialement consacrée aux orphelins, à l’ensemble des enjeux liés à l’autonomie. Aujourd’hui, elle entend contribuer à faire évoluer les pratiques, rapprocher les acteurs des territoires et diffuser des solutions adaptées aux besoins et aux aspirations des personnes. Une approche du mécénat qui dépasse le soutien financier pour faire de la coopération un véritable levier de transformation sociale. Nous avons échangé avec Cécile Delhomme, responsable mécénat : elle nous raconte les singularités de la Fondation.

De la cause des orphelins à l’autonomie des personnes

 

L’OCIRP est une union d’institutions de prévoyance à but non lucratif et à gouvernance paritaire. Bien que peu connue du grand public, elle a une mission importante pour nos concitoyens : protéger les salariés et leurs familles face aux « risques longs », qu’il s’agisse du décès, du handicap, des maladies ou encore des situations d’aidance.

 

Créée en 2009, sa fondation d’entreprise s’est d’abord consacrée à une cause peu visible à l’époque : la situation des orphelins de moins de 26 ans. Pendant dix ans, elle a mené des études, organisé des colloques et soutenu les acteurs de terrain pour mieux faire connaître les conséquences du deuil pendant l’enfance et l’adolescence. « Perdre un parent ne bouleverse pas seulement la vie affective : cela peut aussi fragiliser les parcours scolaires, professionnels, matériels et psychologiques », nous détaille Cécile. 

En 2019, la Fondation OCIRP élargit son champ d’action à l’autonomie au sens large, en cohérence avec la mission de l’OCIRP. Ce changement traduit également une volonté de mettre à profit l’expérience acquise sur la cause orpheline pour agir sur un ensemble plus vaste de vulnérabilités.

 

Pour la fondation, l’autonomie ne se résume pas à la perte de capacités physiques ou cognitives. Elle renvoie à la possibilité, pour chacun.e de conserver son pouvoir d’agir, son autodétermination et sa place dans la société. Un accident, une maladie chronique, un handicap ou le vieillissement peuvent ainsi avoir des répercussions bien au-delà de la santé : logement, emploi, ressources financières, relations sociales, mobilité ou encore accompagnement des proches. Cécile résume : « Les enjeux et les besoins des personnes sont bien au-delà d’un soutien financier par l’Assurance maladie ». C’est cette lecture globale des situations de vulnérabilité qui structure aujourd’hui l’engagement de la fondation.

 

Au-delà du financement, accompagner la transformation des pratiques

 

La Fondation OCIRP soutient des projets d’intérêt général, et ne se positionne pas uniquement comme un financeur. Elle cherche à accompagner les acteurs de l’autonomie dans la transformation de leurs offres, de leurs métiers et de leurs pratiques, afin de construire des réponses plus adaptées aux besoins réels des personnes concernées.

 

Cette ambition se traduit notamment par le recours au design social : une démarche qui consiste à réunir les personnes accompagnées, leurs proches et les professionnels pour identifier ensemble les difficultés et imaginer des solutions concrètes.

La fondation a ainsi accompagné Nexem, organisation professionnelle du secteur social et médico-social, dans l’expérimentation de ces méthodes en établissement. En EHPAD, les travaux ont notamment permis de repenser l’arrivée des nouveaux résidents, souvent vécue comme une rupture. Visites à domicile en amont, rencontres avec les autres résidents, meilleure prise en compte des habitudes de vie : des ajustements parfois simples peuvent contribuer à rendre cette transition plus humaine. Cécile explique : « L’enjeu est de partir de l’expérience des personnes plutôt que de concevoir les réponses uniquement depuis les organisations. Il s’agit de mieux prendre en compte leurs aspirations et leur capacité à décider pour elles-mêmes. »

 

Cette approche se retrouve aussi dans le partenariat avec Arbitryum, cofinancé avec Klesia – membre de l’Union OCIRP, autour de l’ouverture des EHPAD sur leur environnement. L’objectif : faire de ces établissements des lieux de vie plus ouverts sur la vie de la cité. Des espaces de coworking peuvent ainsi accueillir des entrepreneurs, des indépendants ou des jeunes entreprises, tout en favorisant les échanges avec les résidents.

Ces expériences soulèvent des questions très concrètes : comment faire cohabiter les usages ? Comment organiser les espaces et les activités pour créer de véritables rencontres ? Comment adapter le dispositif aux réalités de chaque territoire ? La fondation contribue à documenter ces expérimentations et à diffuser les enseignements qui en sont tirés.

 

Le dispositif « Graines d’autonomie » ou comment favoriser la coopération à l’échelle territoriale

 

L’un des axes structurants de l’action de la fondation est le développement des coopérations entre acteurs publics et privés à but non lucratif. Un enjeu essentiel pour répondre à des besoins qui ne s’arrêtent ni aux frontières administratives, ni aux périmètres d’intervention des organisations. Le dispositif « Graines d’autonomie » vise justement à identifier les besoins prioritaires des territoires, à mieux connaître les acteurs présents et à accompagner des projets de coopération sur le long terme.

 

La fondation copilote notamment avec l’Avise le programme « Coopérations et territoire ». Avec l’appui d’accompagnateurs territoriaux, elle travaille avec les départements pour affiner le diagnostic des besoins et sélectionner des projets d’intérêt général autour de l’autonomie. Les coopérations retenues bénéficient ensuite d’un accompagnement d’un an.

L’approche ne consiste donc pas à mettre en relation des structures ou à financer une initiative. Il s’agit de construire les conditions d’une action commune : clarifier les rôles de chacun, définir une gouvernance partagée, réfléchir au modèle économique et identifier les outils nécessaires pour faire vivre le partenariat.

 

En Gironde, par exemple, une commune a acquis un ancien hôtel-restaurant pour imaginer un lieu répondant à plusieurs besoins locaux. Au-delà de logements adaptés et à loyer modéré, la réflexion porte sur les usages possibles des espaces communs : café solidaire, pôle de ressources pour les personnes âgées ou encore activité valorisant les productions d’un établissement et service d’accompagnement par le travail (ESAT) voisin. « L’intérêt réside dans cette capacité à penser ensemble un lieu, ses usages et les acteurs qui pourraient le faire vivre, plutôt que de juxtaposer des réponses sectorielles », résume Cécile.  

La démarche demande du temps, de l’expertise et une méthode éprouvée. La coopération entre acteurs publics et privés ne va pas de soi : elle suppose de dépasser une relation limitée au financement pour construire un projet partagé, dans lequel chaque partie prenante trouve sa place.

 

Produire des connaissances pour faire évoluer les réponses

 

Au fil de ses partenariats, la Fondation OCIRP souhaite également renforcer sa contribution à la connaissance des mutations sociétales et à la diffusion des innovations sociales.

Les projets accompagnés, les travaux de recherche et les expérimentations produisent des enseignements qui méritent d’être partagés au-delà des seules structures impliquées. La fondation travaille à la capitalisation des connaissances acquises en produisant des ressources, des méthodes et des outils susceptibles d’aider d’autres acteurs à s’emparer des solutions expérimentées.

 

Le programme « Coopérations et territoires » doit d’ailleurs donner lieu en 2027 à une publication consacrée aux coopérations entre acteurs publics et privés. L’objectif est de rendre les enseignements accessibles et de fournir des repères concrets à ceux qui souhaitent faire évoluer leurs pratiques.

Cette ambition de diffusion rejoint une dimension plus politique de l’engagement de la fondation : apporter des éléments tangibles pour nourrir la réflexion et contribuer à faire évoluer les politiques liées à l’autonomie et à la protection sociale. Dit autrement : la fondation ne cherche pas seulement à soutenir des projets qui fonctionnent ; elle veut aussi comprendre pourquoi ils fonctionnent, identifier les conditions de leur réussite et permettre à d’autres de s’en inspirer.

 

La fondation mobilise aussi les collaborateurs

 

Depuis 2023, la fondation développe l’engagement des collaborateurs de l’OCIRP auprès des partenaires de terrain. Cela prend plusieurs formes : participation à des événements solidaires, missions ponctuelles, journées d’immersion ou encore contribution à la sélection des projets soutenus. Lors des appels à projets, des salariés volontaires participent ainsi à des comités de lecture. Ils découvrent les initiatives candidates, échangent sur les critères d’évaluation, apportent leurs arguments et comprennent mieux les raisons qui conduisent la fondation à retenir certains projets.

 

Des immersions sont également organisées dans des établissements sociaux et médico-sociaux. Les collaborateurs peuvent découvrir le quotidien des résidents et des professionnels, tandis que ces derniers bénéficient de temps d’échange et de travail avec les équipes de l’OCIRP. « La réciprocité est au cœur de la démarche », précise Cécile. Par exemple, des travailleurs en ESAT sont venus rencontrer les salariés de l’OCIRP et découvrir leurs métiers et méthodes de travail dans leurs locaux. En retour, des collaborateurs ont participé à une journée d’immersion en ESAT, et ont été formés par les travailleurs à la composition florale, une des activités commerciales de l’établissement. 

 

Pour la fondation, ces expériences constituent une opportunité de mieux comprendre les réalités vécues par les personnes accompagnées. Elles permettent également de donner davantage de sens au travail quotidien des collaborateurs de l’OCIRP qui, bien que parfois éloignés du terrain, contribuent pleinement à la mission d’un acteur de protection sociale à but non lucratif.

 

Un mécénat fondé sur la coopération et la durée

 

À travers ces différentes initiatives, la Fondation OCIRP défend une conception du mécénat qui articule méthodes d’intervention et valeurs. Écologie du soin, éthique de la vulnérabilité, autodétermination, approche capacitaire ou accessibilité universelle : ces principes orientent les choix de partenariats et la manière de les conduire.

 

La fondation privilégie des relations dans lesquelles le partenaire n’est pas simplement un bénéficiaire de financements, mais un acteur avec lequel construire une réponse. Sa présence dans les comités de pilotage doit permettre d’apporter une expertise, une lecture des mutations sociétales et des méthodes utiles au projet. Cette posture suppose une exigence partagée, mais aussi une capacité à s’adapter et à co-construire dans la durée.

Pour la Fondation OCIRP, l’enjeu est désormais de renforcer cette dynamique : mieux comprendre les besoins émergents, faire coopérer les acteurs, documenter les expérimentations et diffuser les solutions qui permettent aux personnes de préserver ou de retrouver leur autonomie. Une façon de concevoir le mécénat non comme une succession de soutiens isolés, mais comme un levier pour faire émerger des réponses collectives aux vulnérabilités contemporaines.

 

Un grand merci à Cécile qui nous a accordé de son temps pour expliciter la démarche particulière de la Fondation OCIRP, et à bientôt pour découvrir un des nombreux visages du mécénat en France. 

 

 

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