Portrait d’adhérent – Habitat & Humanisme

Qui a dit que le mécénat n’avait qu’un seul visage ? Il est pourtant protéiforme, complexe, ingénieux. Depuis plusieurs mois, nous voyageons à la découverte de la diversité des acteurs qui font vivre l’intérêt général grâce au mécénat, pour vous inspirer, nous ouvrir les chakras. Ce mois-ci, nous vous emmenons à la rencontre d’un acteur incontournable de la lutte contre le mal-logement : Habitat et Humanisme. Depuis quarante ans, le Mouvement développe des solutions d’habitat adaptées aux personnes les plus fragiles, tout en défendant une vision humaine de la ville et du vivre-ensemble. Une mission pour laquelle le mécénat, notamment extra-financier, joue aujourd’hui un rôle de plus en plus structurant. Morgane Caire, responsable du développement du mécénat, et Delphine Philip de Laborie, responsable mécénat & partenariats, toutes deux à la Fédération Habitat et Humanisme, ont répondu à nos questions.
Loger, accompagner, réinsérer : une approche globale de l’insertion
Fondé en 1985 à Lyon par Bernard Devert, Habitat et Humanisme est né d’une conviction : le logement constitue une condition essentielle de l’insertion sociale. Depuis ses débuts, le Mouvement agit pour permettre à des personnes en situation de précarité d’accéder à un habitat adapté à leurs ressources, mais aussi à leur parcours de vie.
Son action repose sur trois piliers complémentaires : loger bien sûr, mais aussi accompagner les personnes et favoriser la mixité sociale. Loin de développer uniquement des logements dans les périphéries urbaines, Habitat et Humanisme privilégie des implantations au cœur des villes, dans des quartiers dit « équilibrés », afin de permettre aux personnes accompagnées de retrouver une place dans la vie sociale, économique et citoyenne.
Aujourd’hui, le Mouvement est présent dans 87 départements français, à travers 58 associations territoriales, ainsi qu’en Belgique et au Luxembourg. À ses activités historiques de logement accompagné, se sont progressivement ajoutées des actions complémentaires dans le champ du grand âge, avec Habitat et Humanisme Soins, et de l’hébergement d’urgence et accueil de personnes réfugiées, via Habitat et Humanisme Urgence. De nouvelles initiatives autour du handicap et de la protection de l’enfance vont également venir enrichir ce modèle en constante évolution. « Notre présence territoriale permet nous d’adapter ses réponses aux réalités locales, tout en conservant une vision nationale de ses enjeux grâce à la Fédération », affirme Morgane.
La culture du partenariat est ancrée dans l’ADN du Mouvement
Chez Habitat et Humanisme, le dialogue avec les entreprises ne date pas d’hier. Dès l’origine, Bernard Devert souhaitait réconcilier le monde économique et le monde social. Cette ambition s’est notamment traduite par la création de produits d’épargne solidaire, parmi les premiers développés en France.
Le mécénat d’entreprise s’est ainsi imposé progressivement comme un prolongement naturel de cette démarche. Dès 2005, alors que l’association comptait encore peu de salariés, un premier poste entièrement dédié au mécénat d’entreprise est créé au sein de la Fédération nationale. Vingt ans plus tard, cette intuition apparaît plus pertinente que jamais. « Le mécénat nous permet d’aller plus loin dans nos projets, d’expérimenter, d’innover et de tester de nouveaux dispositifs », soutient Delphine Philip de Laborie.
Si les financements publics demeurent majoritaires dans le modèle économique de l’association, les ressources privées occupent une place croissante. Dans un contexte marqué par l’augmentation des besoins sociaux et la pression sur les budgets publics, elles constituent un facteur essentiel de diversification et d’indépendance. Mais pour Habitat et Humanisme, le mécénat ne se résume pas à une source de financement supplémentaire. Il est envisagé comme un véritable levier de transformation sociale.
Au-delà du don financier, il s’agit de construire des partenariats de confiance
La Fédération recherche avant tout des entreprises partageant une vision commune de l’impact social. Le soutien financier demeure indispensable, notamment pour accompagner des projets immobiliers complexes, mais l’ambition va bien au-delà. « Nous cherchons des partenaires avec lesquels nous pouvons construire une relation durable, fondée sur la confiance, le dialogue et la co-construction », poursuit Delphine
Cette approche se traduit par une grande diversité de formes d’engagement : mécénat financier bien sûr, et également extra-financier : mécénat de compétences, dons en nature, mobilisation de collaborateurs ou encore apport d’expertise stratégique.
L’un des exemples les plus emblématiques est celui du partenariat noué depuis près de vingt ans avec Altarea. Au-delà de son soutien financier, le groupe Altarea mobilise ses expertises immobilières sur plusieurs projets structurants, notamment autour de la réhabilitation de la Cour des Voraces à Lyon, bâtiment emblématique du patrimoine lyonnais. Des comités d’investissement réunissent régulièrement les équipes et les experts des deux structures afin de partager analyses, retours d’expérience et réflexions techniques. Une démarche qui illustre parfaitement la volonté de faire du mécénat un espace d’intelligence collective. Les partenariats prennent également la forme de dons en nature ou de journées solidaires mobilisant les collaborateurs de l’entreprise aux côtés des équipes locales.
Le mécénat de compétences, un accélérateur de professionnalisation
Parmi les formes d’engagement les plus appréciées par Habitat et Humanisme, figure le mécénat de compétences de longue durée. Pour un réseau qui s’appuie encore largement sur l’engagement bénévole, l’arrivée temporaire de collaborateurs issus de grandes entreprises représente un apport considérable. « Ces personnes apportent des méthodes, de la structuration et des compétences dont nous avons parfois besoin pour franchir une nouvelle étape », soutient Morgane.
Des salariés issus d’entreprises comme Orange, BNP Paribas ou Leroy Merlin ont ainsi accompagné différentes structures du Mouvement sur des missions de développement, d’organisation ou de communication. Ces expériences dépassent souvent le simple transfert de compétences. Certaines donnent naissance à des engagements durables. Plusieurs collaborateurs poursuivent leur implication après leur mission, en devenant bénévoles ou administrateurs au sein des associations locales.
Le mécénat de compétences apparaît ainsi comme un bel outil de rencontre entre deux univers qui se connaissent parfois encore trop peu.
Les journées solidaires, ou comment sensibiliser - sans se faire happer !
Les journées solidaires constituent un autre volet important des partenariats développés par Habitat et Humanisme. Préparation de repas dans les Escales Solidaires, travaux d’entretien, actions collectives dans les structures d’accueil : ces moments permettent aux collaborateurs de découvrir concrètement les réalités du terrain.
L’association reste toutefois vigilante à ce que ces dispositifs répondent avant tout aux besoins des structures locales. « Nous ne sommes pas une agence événementielle. Une journée solidaire doit être utile à l’association locale et aux bénéficiaires », souligne Morgane.
Lorsqu’elles sont bien préparées, ces expériences produisent des effets durables. Elles sensibilisent les collaborateurs aux enjeux du mal-logement, favorisent l’engagement bénévole et renforcent le sentiment d’appartenance des entreprises partenaires. Elles participent également à faire connaître une réalité sociale souvent invisible, et renforcent la notoriété d’Habitat et Humanisme. Les bénéfices indirects sont nombreux, pour tout l’écosystème.
Un mécénat de plus en plus territorial : un défi à relever
Si la fédération nationale dispose aujourd’hui d’une équipe mécénat structurée, l’un de ses principaux défis consiste désormais à accompagner la montée en compétence des associations territoriales.
En effet, le mécénat se développe de plus en plus à l’échelle locale, au plus près des besoins des territoires et des entreprises qui y sont implantées. Or, dans la plupart des associations Habitat et Humanisme locales, la recherche de partenariats repose encore largement sur des bénévoles, qui ne maîtrisent pas nécessairement les enjeux et leviers du mécénat d’entreprise. Pour répondre à cet enjeu, la Fédération déploie des formations dédiées à la prospection, à la fidélisation ou encore à la réponse aux appels à projets. L’objectif est clair : permettre à chaque territoire de développer ses propres partenariats en valorisant la connaissance fine de ses enjeux locaux. « Le mécénat est aujourd’hui de plus en plus territorialisé. Pour être crédibles auprès des entreprises locales, nous devons nous appuyer sur ceux qui connaissent réellement leur territoire », explique Delphine.
Parallèlement, l’équipe mécénat nationale de la Fédération travaille à la construction d’offres de mécénat multi-territoriales, permettant aux entreprises de soutenir des projets similaires déployés dans plusieurs régions.
Une vision du mécénat tournée vers l’avenir
Habitat et Humanisme porte un regard particulièrement optimiste sur l’évolution du mécénat. Face aux défis sociaux croissants, les entreprises disposent selon l’association d’un rôle majeur à jouer dans la construction de solutions innovantes et durables. Les besoins restent considérables : développement de nouveaux projets immobiliers, digitalisation des outils de formation, accompagnement organisationnel ou encore mesure d’impact. Autant de sujets pour lesquels les entreprises peuvent apporter bien davantage qu’un soutien financier.
L’expérience acquise par Habitat et Humanisme montre qu’un partenariat réussi repose avant tout sur la confiance, la compréhension mutuelle et la volonté de construire ensemble des réponses concrètes aux fragilités de notre époque. À travers son action, le Mouvement démontre que le mécénat peut devenir un véritable moteur d’innovation sociale, capable de rapprocher les mondes économique et associatif au service d’une société plus inclusive.
Un grand merci à Morgane et Delphine pour leur disponibilité et leurs témoignages transparents : une nouvelle illustration de la richesse des partenariats entre entreprises et acteurs de l’intérêt général. On se retrouve dans un mois pour un nouveau portrait d’adhérent, à la découverte d’autres initiatives inspirantes qui font avancer le mécénat partout en France.

