|    12 Janvier 2021

Les voeux 2021 de François Debiesse

Fin 2019, j’avais intitulé mon message de vœux 2020 « Le mécénat en danger ? » 2020 aura été l’année de tous les  dangers !

Quelle année particulière nous venons de vivre ! 2020 aura impacté la vie quotidienne de chacun d’entre nous comme nous ne l’avions jamais connue auparavant ; crise sanitaire avec tant de familles dramatiquement touchées, crise économique avec la montée du chômage et des risques de faillite, ainsi qu’une crise sociale précipitant une immense cohorte vers la pauvreté et l’exclusion.

Mais cette crise d’une ampleur inconnue aura aussi révélé une solidarité toujours bien vivante au sein de notre société pourtant fracturée, « archipélisée » comme la qualifie Jérôme Fourquet dans son récent ouvrage, et aussi un renforcement de la volonté d’engagement des entreprises face aux   problématiques sociales d’une gravité sans précédent.

Déjà, lors de la grande crise financière de 2008, les entreprises ont joué un rôle essentiel en contribuant à amortir le choc social, elles ont participé de façon continue au financement de la solidarité en réorientant massivement leurs programmes vers le social.

Cette année, elles se sont montrées à nouveau à la hauteur des enjeux en soutenant les secteurs de l’intérêt général les plus touchés, y compris des structures publiques En effet, d’après notre étude de juin 2020 sur les premiers impacts de la crise sur l’engagement des mécènes, 61% des entreprises mécènes ont préservé leur budget initial de mécénat, et 31% d’entre elles l’ont augmenté, en diversifiant pour la plupart leurs domaines d’action[1]. Mais, par-delà ces réactions nées de l’urgence de la situation, la crise a aussi suscité des réflexions de fond, puisque près de la moitié des entreprises mécènes pensent faire évoluer leurs axes d’intervention ou investir dans de nouveaux domaines.

La crise qui se prolonge fait grandir chaque jour l’inquiétude du monde associatif et du secteur de la générosité. Déjà fragilisés par plusieurs réformes qui ont affecté leurs modalités de financement, les plus grands acteurs risquent de voir leur volume d’action limité par cette nouvelle séquence, et beaucoup de plus petits pourraient disparaître. Pris en tenaille entre un cadre fiscal brutalement durci et une récession historique, les prochains mois seront cruciaux pour l’avenir du modèle de « philanthropie à la française », à l’heure même où les besoins des associations et de la société tout entière n’ont jamais été aussi importants.

A court terme, l’engagement des entreprises est essentiel pour affronter la crise sociale. A moyen terme, cet engagement doit être encouragé et sécurisé pour permettre la mise en œuvre de projets d’intérêt général, inscrits dans la durée et aujourd’hui indispensables aux territoires : pour cela, le déploiement de politiques publiques volontaristes et ambitieuses sera plus que jamais la condition du changement. Notre Mécènes Forum, en format digital, a bien montré, tant par son succès d’audience que par la qualité des échanges, l’ampleur des enjeux, le niveau de risque encouru, mais aussi la volonté d’engagement des entreprises, et le potentiel d’efficacité sociale que porte le mécénat sous toutes ses formes.

Notre tout récent Baromètre du mécénat d’entreprise en France[2] l’a confirmé en mettant en lumière la place très importante que tiennent les entreprises dans le financement de l’intérêt général, notamment les Grandes Entreprises et les ETI (76% du volume total de mécénat), mais aussi les plus petites , en nombre croissant ( 96% du nombre total de mécènes)avec un horizon intentionnel stable 2 ans, ce qui est très rassurant pour le grand secteur du social , qui demeure la cible plus que jamais prioritaire des mécènes. Il ne faut cependant pas oublier les autres domaines de l’intérêt général comme la culture, le sport ou l’environnement, tout aussi essentiels. Autre signe d’engagement très encourageant, la montée du mécénat de compétences (21% des mécènes le pratiquent ) , qui permet aux collaborateurs de l’entreprise « d’accompagner » les projets d’intérêt général qu’elle finance ou les associations qu’elle soutient, et l’on sait à quel point cet accompagnement est gage du qualité et d’efficacité.

 

Alors, dans ce paysage complexe, contrasté et plein d’incertitudes, dans quelles dispositions aborder cette nouvelle année attendue par tous avec impatience pour mettre fin à la rude année 2020 ? Vigilance, mobilisation et coordination devront être au rendez-vous : vigilance sur les dangers qui planent et sur les risques de dérive, mobilisation pour y faire face et coordination de tous les acteurs, y compris publics, pour l’optimisation des ressources pour un plus grand impact social.Fortement mobilisée auprès de ses Adhérents pour parer aux conséquences les plus urgentes de la crise, Admical a aussi profité de cette année « à part » pour se réinventer, et de grandes transformations prendront effet en 2021: équipe renouvelée, nouvelles formations, nouveaux formats événementiels, activité toujours plus présente en régions, développement d’une expertise sur la thématique du mécénat collectif et territorial et lancement d’un incubateur de projets collectifs... Admical travaille à rendre toujours plus professionnel, plus efficace ce formidable levier de progrès social qu’est le mécénat.

Nos ambitions, autour desquelles s’articuleront nos actions 2021, se concentrent sur 4 thèmes :

  • Déploiement d’une véritable stratégie nationale pour le mécénat, inscrite dans une vision politique née d’une réflexion de fond, et concertée sur un véritable projet de société
  • Développement d’un mécénat territorial et collectif, reposant sur des partenariats au service de projets à impact social fort
  • Stabilisation et clarification du cadre législatif et réglementaire pour favoriser un engagement à long terme des entreprises, notamment les grandes et moyennes.
  • Définition d’un cadre déontologique ambitieux pour le mécénat afin de renforcer substantiellement la confiance en lui aujourd’hui entamée, celle des Pouvoirs Publics, celle des médias, celle même des mécènes et des bénéficiaires 

Ce programme est à la hauteur des enjeux de notre société en crise ; des attentes de notre écosystème bouleversé par la violence du choc subi ; de la volonté d’engagement et de la solidarité qu’a mis en évidence l’année écoulée. Ce programme est enfin à la mesure du rôle qu’Admical entend jouer pour participer aux indispensables transformations sociales.

Après le bouleversement de 2020, 2021 doit être l’année de la renaissance, de la marche en avant au service du progrès social : la route sera longue sans doute, mais le point de départ doit être clair, et nous nous y emploierons avec vous, avec nos Adhérents, avec nos partenaires de la Coordination Générosités, avec enfin, je l’espère, le soutien de Pouvoirs Publics plus ouverts à une approche concertée et collective des problèmes de notre société.

Belle Année 2021 à toutes et tous, Belle Année 2021 pour le mécénat !

 

Francois Debiesse, Président d’Admical

 

 

 

 

 

 

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