|    14 Janvier 2020

Le Mécénat en danger ?

 

Les voeux de François Debiesse, Président d'Admical, pour cette année 2020

Nous avions terminé 2018 sur un espoir, celui d’éviter que la Loi Aillagon ne soit amendée négativement, que le dispositif fiscal qui soutient le mécénat ne soit revu à la baisse...espoir déçu...malgré la multiplication de nos contacts avec de nombreux représentants du Gouvernement, de l’Assemblée Nationale, du Sénat, de la Cour des comptes, malgré les heures passées en auditions tant par Admical que par nos partenaires de la Coordination Générosités engagés dans la défense du mécénat, malgré toutes les tribunes, éditoriaux, communiqués, malgré les émissions le plus souvent positives qu’ont consacré tant les radios que diverses chaînes de télévision, malgré enfin l’engagement affiché clairement dans le programme de campagne du Président de la République en 2017, le couperet est tombé en décembre à l’Assemblée, et désormais les « grands mécènes », ceux qui consacrent plus de 2M€ annuels à leurs actions de mécénat ( hors dons « loi Coluche » ) verront le taux de défiscalisation appliqué baisser de 60 à 40% au delà de ce plafond.

Décision regrettable, pire, nuisible...

On nous dit, au plus haut niveau, que cela ne changera rien à la générosité des grands groupes : c’est faire fi de la pression économique qui pèse sur les entreprises et les contraint,dans une économie en faible développement, à compresser toutes les dépenses surtout quand elles ne sont pas obligatoires, et le mécénat, bien sûr, ne l’est pas. On nous dit, au plus haut niveau, que la « franchise » accordée aux plus petites entreprises viendra compenser ce qui pourrait manquer sur les plus grandes : mais combien de temps mettent les petits ruisseaux à faire de grandes rivières ? Rappelons que 91% des entreprises ne font pas encore de mécénat. La décision qui a été prise est néfaste, parce qu’elle fait courir un risque bien réel au volume annuel du mécénat des entreprises, mais surtout parce qu’elle est un signal désastreux, à l’heure où les besoins liés à l’intérêt général, aux problématiques sociétales, au monde associatif qui assume une grande partie de la charge correspondante, n’ont jamais été aussi importants et ne cessent de croître tandis que la ressource publique stagne ou régresse.
 

Notre société traverse une crise profonde, peut-être la plus profonde depuis la fin de la guerre. La colère et le désordre répandus dans les rues de nos villes en sont la triste illustration quotidienne, et ne nous y trompons pas, c’est bien d’une crise systémique qu’il s’agit. Or les entreprises auront un rôle de plus en plus important à jouer dans cette société qui souffre et se fracture, et elles sont prêtes à le jouer, poussées par une prise de conscience grandissante de leur responsabilité à ce niveau, et par une jeune génération de collaborateurs qui demande à s’engager pour le bien commun. Alors pourquoi s’en prendre à un outil qui a fait la preuve de son efficacité, et n’a cessé de se développer et de se professionnaliser ? Certes, des améliorations sont possibles, souhaitables même, en matière d’éthique notamment, pour éviter des excès ou des dérives qui ont pu ( rarement ) se produire. Certes, il faut renforcer la concertation entre Public et Privé, entre les mécènes et philanthropes et les représentants de l’Etat, lequel est (et doit rester) le garant final de l’intérêt pour s’assurer que chacun œuvre bien dans le sens du bien commun. Mais point n’était besoin pour autant de revoir le dispositif, en assortissant de plus ce réaménagement d’un soupçon généralisé sur le mécénat des grandes entreprises, volontiers taxé d’être abusif, intéressé, voire malhonnête et c’est vraiment méconnaître la réalité du terrain !

 

 

Nous avons donc perdu une bataille en 2019, mais le combat va continuer, et Admical continuera d’y tenir une place majeure car en dehors de cette regrettable « défaite fiscale », 2019 aura été pour nous une année intense et plus que positive. Nous avons achevé la 1ère phase de notre plan de développement du mécénat à travers le Tour de France des Mécènes, œuvre au long cours de sensibilisation et de mise en perspective auprès de très nombreuses entreprises en régions. S’il est trop tôt pour en mesurer l’impact, l’accueil reçu partout a été unanimement favorable, au-delà même de nos espérances grâce à ce tour complet de nos territoires, nous avons pu constituer un véritable réseau de Délégués Régionaux bénévoles (plus de 25 désormais) qui couvrent l’ensemble des régions et viendra relayer, diffuser les actions d’Admical, et accompagner les mécènes émergents. Notre Mécènes Forum au Collège de France, sous le titre provocateur «  Faut-il en finir avec le mécénat ? » a, pour la 1ère fois, dû clôturer sa billetterie en refusant du monde et la qualité des contenus a été unanimement soulignée. Nous avons enfin lancé notre référentiel de projets à impact dont les analyses sont attendues avec impatience.

 

 

Une belle année 2019 donc... et 2020 ne démentira sûrement pas cette intense activité. Les conversations avec la puissance publique vont se poursuivre, et nous continuerons, avec nos partenaires de la Coordination Générosités, notre inlassable travail de plaidoyer. Nous intensifierons notre présence et nos actions en régions, appuyés par nos Délégués, parce que c’est là, dans les territoires, que se situe l’essentiel de l’avenir du mécénat. Nous allons travailler, plus particulièrement avec le Don en confiance, à créer un véritable référentiel de déontologie du mécénat, héritier de la Charte Admical d’autrefois, mais adapté aux réalités d’aujourd’hui, pour garantir à long terme une éthique renforcée du mécénat. Nous rééditerons en octobre notre Mécènes Forum au Collège de France, devenu pour nous un précieux partenaire. Et puis nous continuerons de construire, avec l’appui des nos Administrateurs et de nos Adhérents, ce « nouvel Admical », plus ancré encore dans le monde mouvant qui est le nôtre, plus enraciné dans le monde des entrepreneurs, des dirigeants mécènes et philanthropes, plus ouvert aux nouvelles formes d’engagement en faveur de l’intérêt general, un Admical innovant, rassembleur et acteur, un Admical lanceur d’initiatives.

 

 

Le mécénat a plus que jamais besoin d’être défendu, promu et expliqué pour que de plus en plus d’entreprises l’utilisent comme un outil efficace d’exercice de leur responsabilité sociétale, un outil au service de ce bien commun qu’elles cherchent a davantage prendre en compte, un moyen pour elles de participer à la construction d’une société moins inégalitaire, plus harmonieuse, plus humaine finalement.

C’est cela, l’objectif premier du mécénat, c’est cela qui a été ignoré en 2019 par le législateur, mais nous saurons le lui rappeler, avec force !

 

Bonne année 2020 à vous tous, et longue vie au mécénat !

 

François Debiesse

Président d'Admical 

 

 

 

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