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Le Bien Vieillir, une cause méconnue

Paroles de mécènes

Aude Letty, déléguée générale de la Fondation Korian pour le Bien Vieillir
Alors que la France est pointée du doigt pour ses difficultés à prendre en charge les seniors et à accompagner les personnes en fin de vie, la Fondation Korian fait le choix de s’impliquer largement sur ce sujet délicat et méconnu. Entre information, sensibilisation et actions de terrain grâce à des initiatives innovantes, elle est un acteur essentiel dans ce domaine de la solidarité. Aude Letty, Déléguée Générale de la Fondation Korian pour le Bien-vieillir, témoigne.
 
 
Korian est une entreprise européenne de gestion de maisons de retraite médicalisées, de cliniques spécialisées, de résidences services, de soins et d’hospitalisation à domicile. Vous avez récemment créé une Fondation d’entreprise. Pouvez-vous nous dire pourquoi et nous rappeler l’origine du projet ?

Prolongement de la démarche engagée depuis 3 ans avec l’lnstitut du bien vieillir, la Fondation marque la volonté de Korian de jouer pleinement son rôle d’intégration sociale, en mobilisant l’ensemble de son réseau et en construisant, avec l’ensemble des parties prenantes qui le souhaitent - nos collaborateurs, les résidents, patients et leurs familles, mais aussi la communauté scientifique et nos partenaires publics et privés - des projets fédérateurs contribuant à l’inclusion et au développement du lien social à l’échelle des territoires.


Quels sont les grands axes de vos actions ? Sur quels domaines d’interventions avez-vous décidé d’agir, et pourquoi ?

L’inclusion telle que nous la concevons, c’est le fait de permettre à toute personne, quels que soient son âge, sa situation de famille ou son état de santé, de jouer un rôle actif au sein de la société et d’être reconnue à ce titre. Pour cela, la Fondation intervient à travers des programmes de recherche appliquée, des études sociétales et un soutien apporté à des initiatives innovantes portées par les acteurs des territoires. Sur ce dernier point, des actions de mécénat de compétences au profit d’associations en lien avec les engagements de la Fondation sont mises en œuvre.

 

Dans cette perspective, et sous l’impulsion de notre conseil scientifique présidé par le sociologue Serge Guérin, la Fondation Korian privilégie les axes d’intervention suivants:

1. L’inclusion par l’utilité sociale, car pour se sentir partie prenante d’une collectivité ou d’une société, un individu a besoin de s’y sentir utile, quelle que soit sa condition physique ou son âge.

2. L’inclusion par le développement de l’autonomie, car les caractéristiques de nos sociétés contemporaines, basées sur la performance, la vitesse, l’individualisme, font que les personnes malades ou fragiles se sentent souvent exclues ou marginalisées. À ce titre, nous avons mis en œuvre un programme de recherche axé sur les thérapies non médicamenteuses et visant à encourager et accompagner les personnes en perte d’autonomie. Ces actions ont pour objectif de leur permettre, quels que soient leur situation et leur lieu de vie, de continuer à s’accomplir et de les aider à ne plus avoir peur du regard de l’autre, ou d’essuyer un échec.

3. L’inclusion par la solidarité, car les métiers du soin et de l’accompagnement des personnes fragiles ou en perte d’autonomie sont des métiers profondément humains, portés par une diversité d’hommes et de femmes qui mettent tout leur savoir-faire et leur engagement au service du bien-être des personnes accompagnées. Cette mission unique fait des soignants et des structures dans lesquelles ils évoluent, des acteurs privilégiés de l’accompagnement des familles mais aussi de l’intégration sociale, partout sur les territoires.

4. L’inclusion par la prévention, car dans un système où la chronicité de certaines maladies touche une part croissante de la population, il importe d’accompagner le patient et ses proches dans la préservation de la qualité de vie. Le défi est d’organiser le système de santé afin qu’il soit à même d’assurer des parcours d’accompagnement sur la durée, qui associent l’ensemble des acteurs.


La Fondation organise plusieurs évènements de rencontres/débats dans l’année, ouverts à tous. Vous allez prochainement publier un Livre Blanc. Quel rôle souhaitez-vous lui donner exactement ?

Sous l’impulsion des membres de son conseil scientifique et à l’écoute d’attentes de collaborateurs, la Fondation Korian a décidé d’engager une étude sur le thème de la fin de vie et de la mort en établissement. Ce 1er livre blanc de la Fondation Korian pour le Bien vieillir est une synthèse de tous les travaux et réflexions menés pendant une année (enquête, groupes de travail avec des soignants, conférences).

Nos travaux ont porté sur des thèmes différents afin de croiser les regards, d’approfondir les pistes de réflexion et de multiplier les exemples concrets de pratiques mises en œuvre. Ainsi ont pu être abordé le déni de la mort et l’intérêt à « Oser en parler », l’hommage au défunt, le deuil blanc, l’accompagnement des derniers instants…

Ce livre blanc pose d’abord un constat de l’existant puis envisage des pistes de réflexion et des initiatives qui illustrent comment, sur le terrain, se mobilisent tous ceux qui combattent le silence, refusent une certaine facilité et travaillent de toute leur énergie à humaniser la fin de vie en établissement. Leurs propos, forts, sont aussi interpellant que porteurs d’espoirs. Notre parti pris a été de les valoriser par une retranscription fidèle.

Ce livre constitue une étape importante du cheminement engagé par la Fondation Korian. Les rendez-vous pour sensibiliser et croiser les regards se poursuivent, les travaux pour généraliser les bonnes pratiques et déployer une culture palliative dans les établissements également.

 

Vous venez récemment de remettre le Prix de la Fondation Korian pour le Bien Vieillir. Pouvez-vous nous en dire plus sur les lauréats ?

Le 12 avril, la Fondation Korian, en partenariat avec La Fonda, a dévoilé le lauréat de son premier appel à projets aux associations, dédié à l’intergénérationnel au cœur des territoires. Le jury a remis une dotation de de 15 000 euros au centre culturel « Aveyron Ségala Viaur », pour soutenir son projet Oreilles en balade. Il s’agit d’un projet exemplaire qui fait appel à la mémoire des anciens pour valoriser et faire connaître le patrimoine local à travers un parcours sonore dans lequel les aînés du village racontent leurs souvenirs. Les écoles ont également été mises à contribution pour construire ces parcours. Korian mettra son réseau et celui de ses partenaires à la disposition des initiateurs de ce beau projet pour leur permettre de poursuivre son développement à plus large échelle.

La Fondation a également attribué un coup de cœur à l’association Bras dessus, Bras dessous, un réseau de voisinage solidaire bruxellois au profit des aînés.

Elle a aussi salué l’action du groupe des Liberty Jens, accompagné par le Bistrot Mémoire Rennais, et sa contribution volontaire à faire de Rennes une ville accueillante pour les personnes vivant avec des handicaps cognitifs.

Ces trois projets ont été choisis parmi les 90 soumis à la Fondation, dont 11 pré-sélectionnés pour leur qualité remarquable.

 

Et pour l’avenir, quels sont vos prochains défis ?

La Fondation a réalisé une vaste étude sociétale sur la reconnaissance et la valorisation de l’utilité des aînés avec le sociologue Stéphane Hugon et l’Institut Ipsos. Les résultats de cette étude seront communiqués fin septembre 2018 et un nouveau cycle de conférences en région sera lancé pour mobiliser toutes les parties prenantes autour de cette question cruciale.

 

Propos recueillis par Léo Gaudin

Pour en savoir plus sur le sujet, retrouvez aussi le témoignage d'Elisa Jungers, responsable de l'animation de la Fondation Adrea : "Comment communiquer autour du sujet délicat de la fin de vie ?"

 

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