Étude COVID 19 : Premiers impacts sur l’engagement des mécènes

Face à la crise sanitaire et sociale, les entreprises se sont montrées à la hauteur des enjeux en soutenant massivement les secteurs de l’intérêt général les plus touchés. Pour pallier l’urgence, elles ont fortement eu recours au mécénat, sous toutes ses formes (financier, en nature et en compétences), ont su travailler en collectif et innover en utilisant l’ensemble des ressources à leurs dispositions. Admical, association assurant le développement du mécénat en France, a sondé un échantillon d’entreprises et réalisé des entretiens qualitatifs afin de décortiquer l’engagement de ces dernières dans le cadre de la crise. Elle constate notamment que malgré l’impact du Covid-19 sur leurs activités économiques, 31% des répondants de l’enquête ont décidé d’augmenter leur budget mécénat.

 

 

Une mobilisation générale à la hauteur de la crise

Malgré leurs propres difficultés, les entreprises se sont largement mobilisées auprès du monde associatif et hospitalier. 95 % des entreprises interrogées se sont engagées : 86 % ont réalisé des actions de mécénat spécifiques au COVID et 9% ont l’intention de le faire. De la grande entreprise faisant des dons de plusieurs millions d’euros, à la PME se mobilisant auprès des acteurs de son territoire, les nombreux exemples témoignent d’un engagement inédit. Pour la majorité des entreprises interrogées les budgets alloués aux actions d’intérêt général sont restés stables (63%). On note cependant que 31% d’entre elles ont décidé d’augmenter leur enveloppe pour répondre à l’urgence.

Dans cette crise, le mécénat s’est affirmé comme un des canaux d’engagement prioritaires. Les entreprises ont eu recours au mécénat sous toutes ses formes (58% des interrogées ont utilisé au moins 2 formes de mécénat). Les dons financiers ont évidemment afflué, mais on constate également une montée en puissance du mécénat en nature (masques, gels hydroalcooliques, denrées alimentaires…) et de l’engagement des collaborateurs via du bénévolat ou du mécénat de compétences.

Contrairement aux attentes, c’est l’aide d’urgence aux populations vulnérables qui arrive en première place des secteurs les plus soutenus, avec 67% des mécènes engagés. Viennent ensuite le soutien scolaire et la lutte contre le décrochage scolaire (47%) suivi de l’aide aux hôpitaux et autres établissements de santé (40%). Ainsi, les entreprises ont agi de façon très complémentaire aux actions de l’Etat. La recherche médicale, secteur traditionnellement peu soutenu par les mécènes [1] , a vu sa côte de popularité remonter en flèche : un tiers des entreprises interrogées ont fait des dons pour ce secteur. 

Au-delà du mécénat, qui a été un formidable levier pour lutter contre la pandémie et accompagner les plus vulnérables, les entreprises ont démontré leur capacité à se mobiliser dans des délais très courts, en utilisant tous les moyens à leur disposition. 87% des entreprises sondées ont déclaré s’être engagées via d’autres moyens que le mécénat. Ainsi, la mobilisation des ressources de l’entreprise (47%), le renforcement de la communication sur les besoins des associations (42%) et la mobilisation du réseau (40%) sont des actions essentielles, difficilement valorisables, mais qui ont grandement contribué à répondre à l’urgence. Parallèlement, de nombreux efforts financiers ont été réalisés : 33% des entreprises sondées ont renoncé aux aides publiques, 25% ont pris en charge le chômage partiel, 22% d’entre elles ont diminué la rémunération de leurs dirigeants.

 

La force du collectif en temps de crise

Pour mutualiser leurs ressources et gagner en efficacité, de nombreuses entreprises se sont fédérées autour de collectifs déjà existants ou créés au début de la crise. Passant outre les enjeux de concurrence et les rivalités habituelles, elles ont joué la carte de la coopération entre acteurs privés, tout en s’appuyant sur les associations, les ONG et les institutions publiques.

« Avant même la crise sanitaire, la puissance du mécénat collectif était de plus en plus reconnue, parce qu’il rassemble les ressources, renforce l’efficacité et accroît l’impact sociétal des actions. Avec la crise, il a démontré qu’il est aussi un formidable créateur de lien et un ciment social. La société ne peut se construire que dans l’union des forces : le mécénat de demain, de plus en plus collectif, jouera un rôle essentiel dans cette reconstruction », selon François Debiesse, président d’Admical.

 

Quel avenir pour le mécénat dans « le monde d’après » ?

Si le renforcement du rôle sociétal des entreprises était déjà à l’œuvre, la crise a accéléré la prise de conscience et bouleversé les pratiques. Parmi les évolutions potentielles, les entreprises interrogées sont nombreuses à vouloir renforcer les ressources structurelles de leurs partenaires associatifs. « En sortant de la logique « projet » et en décidant de financer les besoins structurels des acteurs de terrain (salaires, investissements stratégiques…), les mécènes contribueront directement à la pérennité de leurs partenaires et au renforcement de leur impact », souligne Sylvaine Parriaux, déléguée générale d’Admical. 

Malgré cet engagement massif des acteurs privés, l’ampleur présumée de la crise économique à venir interroge leur capacité à poursuivre leurs actions sociétales. Si les budgets des fondations sont sanctuarisés jusqu’à la fin de leur mandat, les fonds alloués pour les actions « en régie directe  » [2] ne sont pas garantis et pourraient diminuer. On peut craindre que les entreprises qui ont subi la crise de plein fouet (et plus particulièrement les PME) mettront l’essentiel de leurs ressources au service de leur pérennité plutôt que de leurs actions de solidarité En parallèle, des secteurs de l’intérêt général jugés moins prioritaires dans le contexte actuel (comme le sport ou la culture) pourraient également souffrir d’une réorientation des budgets des entreprises vers d’autres causes.

« La crise du Covid a eu pour effet immédiat de déclencher un élan de solidarité spontané et inédit. Mais la crise économique qui s’annonce rendra formidablement difficile le défi qui nous attend : capitaliser sur ce mouvement de mobilisation exceptionnelle pour que le monde de demain soit définitivement durable » conclut Sylvaine Parriaux.

 

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[1] Selon le baromètre 2018 Admical-CSA « le mécénat d’entreprise en France », la recherche médicale était rattachée à l’item « santé » qui ne représentait que 11% du budget total du mécénat alloué par les entreprises en France.

[2] Une entreprise peut choisir de faire du mécénat à travers un véhicule juridique dédié (fondation, fonds de dotation en général) mais elle peut aussi effectuer des dons en « régie directe », via l’entreprise elle-même.

 

 

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