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[Paroles de mécènes] Gilles Vermot-Desroches, fondation Schneider Electric

Paroles de mécènes

Gilles Vermot-Desroches, directeur développement durable et délégué général de la fondation Schneider Electric
"Le mécénat est un mode d'action de l'entreprise pour une société plus inclusive". Entretien avec Gilles Vermot-Desroches, directeur du développement durable et délégué général de la fondation Schneider Electric.

Comment l'entreprise Schneider Electric s'engage-t-elle dans la société ?

Schneider Electric a inventé il y a quinze ans une dynamique qui est restée la même dans son positionnement stratégique : l’entreprise crée de la richesse pour ses actionnaires, ses clients, ses collaborateurs et la société civile dans laquelle elle opère. Elle a donc un intérêt objectif à contribuer à la santé de cette société, tout particulièrement dans les territoires où elle est présente, là où vivent ses collaborateurs, là où elle reçoit ses clients, là où elle réfléchit à son avenir et à ses innovations.

A cette vision, s’ajoute le fait que bien avant la naissance du mécénat d’entreprise, Schneider Electric s’est toujours
engagée auprès de la jeunesse pour la jeunesse. Depuis l’après-guerre, l’entreprise propose des solutions technologiques innovantes. Elle a donc besoin de compétences qui reposent sur une formation adaptée des jeunes. C’est pour cette raison que Schneider Electric a créé très tôt en son sein une école où des salariés de l’entreprise forment au BEP, au BTS et au Bac Pro des jeunes en situation d’exclusion. C’est une particularité de cette entreprise. Tous les grands capitaines de Schneider Electric ont toujours porté très haut les valeurs et les enjeux de l’apprentissage et de l’insertion des jeunes, à la fois dans leur engagement personnel et dans leurs stratégies entrepreneuriales.

De plus, Schneider Electric est devenue une entreprise mondialisée qui accompagne son développement d’une réflexion stratégique sur sa place dans la société. Planète, économie, société, quand vous cumulez tout cela, vous obtenez les engagements de Schneider Electric que ce soit dans le mécénat, dans le social business ou encore l’économie inclusive.

 

Comment se traduit ce modèle d'économie inclusive ?

A travers une démarche d’hybridation. Sur la base des points fondamentaux que je viens de citer, Schneider Electric établit une feuille de route qui est remise à jour tous les trois ans. Cette feuille de route regroupe les axes stratégiques de l’entreprise, ses objectifs de performance et d’engagement dans la société. Depuis 2004, nous appelons cette feuille de route le programme d’entreprise. Pas un seul n’a été écrit sans qu’une part soit liée à l’engagement de Schneider Electric dans la société. Cet engagement a évolué avec les visions successives de l’entreprise. On le retrouve dans un outil appelé le baromètre Planète et Société. Cet outil constitué de seize indicateurs - planète, économie, société - nous permet à la fois d’être transparents sur nos priorités et sur nos objectifs. C’est l’outil de pilotage et de management de l’entreprise.

Par ordre de priorité, notre premier objectif est de favoriser l’accès à l’électricité pour tous. Stricto sensu dans les pays où la population n’a pas accès à l’électricité. Cela représente encore aujourd’hui 20% de la population mondiale ! En luttant contre la précarité énergétique dans les pays où l’accès à l’électricité n’est pas un problème mais où certains n’ont pas les moyens de financer cet accès. Environ 10% des populations des pays développés sont concernés. Ces objectifs fixés, nous recherchons ensuite les moyens de les atteindre en essayant de construire un programme cohérent d’outils complémentaires technologiquement et économiquement adaptés aux populations visées.

Tout d’abord, le pilier business avec les métiers et les compétences de l’entreprise, en créant des solutions adaptées.
Nous considérons chez Schneider Electric que le développement d’un éco-système d’acteurs économiques est essentiel. On touche là le deuxième pilier de l’édifice : l’investissement. C’est pour le favoriser que Schneider Electric a créé un fonds solidaire auquel contribuent les salariés du groupe et qu’a été lancé en mars dernier un fonds d’impact dénommé Energy Access Ventures Fund.

Troisième étape de notre démarche, la formation et l’éducation. Nous sommes persuadés que nombre de personnes
– et tout particulièrement des jeunes – peuvent trouver dans les métiers de l’énergie l’orientation qui donnera un sens à leur vie. Professionnelle, sociale et familiale. C’est pour cette raison que nous nous sommes fixés l’objectif de former un million de personnes de milieux défavorisés aux métiers de l’énergie entre 2015 et 2025. Nous accompagnons les structures éducatives et des ONG impliquées sur ce secteur pour renforcer et développer leurs capacités à éduquer. Nous sommes clairement là, du côté du mécénat, auquel Schneider Electric et sa communauté consacre environ 10 millions d’euros chaque année.

Une autre dimension importante de l’engagement de Schneider Electric est de sensibiliser les esprits à la qualité du climat que nous laisserons aux générations futures. Cette dimension est essentiellement portée par la fondation Schneider Electric, sous l’égide de la fondation de France. Pour résumer, le principe d’hybridation repose sur
la complémentarité des outils au service de notre engagement : la R&D pour innover sur les produits, l’investissement
pour aider le tissu économique à se focaliser sur certains sujets et le mécénat pour les enjeux de formation.

 

Comment gère-t-on une telle démarche ?

Tous les engagements dont je viens de parler sont coordonnés par la direction du développement durable, qui veille en permanence à leur complémentarité et à leur enrichissement mutuel. Cela nécessite que les équipes se parlent, qu’elles échangent. Ce n’est qu’à ce prix que les collaborateurs d’une entreprise peuvent adhérer à un projet qu’ils trouvent lisible et cohérent par rapport à l’objectif de l’entreprise. Nous gagnons en cohérence et par là dans notre capacité à changer les choses.

 

La mesure de l'impact de vos engagements est-elle une préoccupation permanente ?

Il n’y a pas d’engagement sans évaluation. Nous avons mis en place un système d’engagement des salariés fondé sur le volontariat et l’incitation à s’impliquer. Des délégués de la fondation sont nommés dans nos filiales avec des missions officielles dont les objectifs sont fixés au même titre que ceux liés à la performance de l’entreprise. Le baromètre Planète et Société permet de suivre de façon trimestrielle l’évolution de ces objectifs sociétaux. Tous les résultats sont audités en fin d’année par un auditeur externe comme le sont les résultats de Schneider Electric.

 

Le contexte du mécénat devrait-il, selon vous, évoluer pour mieux épouser le développement de visions comparables à celle de Schneider Electric ?

Le contexte français est un contexte favorable pour inciter les entreprises à s’engager dans la société civile, notamment
à travers l’implication des collaborateurs. D’autres contextes incitent à se mobiliser différemment. C’est à nous de nous adapter. D’un point de vue international, la tendance est à l’hybridation.

 

Quels sont aujourd'hui les nouveaux enjeux et défis pour une entreprise qui veut s'engager socialement ?

Il y a une nécessité de cohérence et de transparence. De fait, le mécénat ne peut plus être pensé comme une action à part qui s’auto-définit séparément sans être en même temps une des contributions à la mobilisation du corps social de l’entreprise, à l’image que l’entreprise veut donner y compris dans sa générosité et au rôle qu’elle se donne dans la société. On a là un formidable outil pour symboliser ce rôle.

L’entreprise s’est donné des objectifs ambitieux : mettre l’excellence de nos savoirs et de notre patrimoine humain au service de l’accès à l’énergie et de la lutte contre la précarité énergétique. Etre un acteur qui prépare la transition climatique pour les jeunes de demain.

 

Propos recueillis par Yves Le Goff et Laure Chaudey

 

Article précédemment publié dans Mécènes, n°10, Juin 2015

 

 

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