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Les femmes : la plus belle façon de rendre le monde meilleur

Paroles de mécènes

© Desailly
Alors qu’il reste encore de nombreux efforts à réaliser pour améliorer la condition féminine dans le monde et obtenir l’égalité Hommes-Femmes, Admical a souhaité donner la parole à Mercedes Erra, femme forte et engagée qui incarne une grande voix pour la défense du droit des femmes.

Le mécénat est fait pour aider le monde. À se réinventer en mieux, en plus juste, en plus beau. Dès lors, posons-nous un peu, et demandons-nous en quel sens agir pour être sûrs de faire du bien au monde.

Peu ou prou, il ne me vient qu’une réponse, de plus en plus ferme au fil du temps : les femmes.

On me rétorquera que les femmes ne peuvent être la solution à tous les maux. Et je dirais : toutes choses étant égales par ailleurs, si. L’amélioration de leur situation dans le monde est sûrement l’axe le plus contributif à l’amélioration globale. Parce que la vie passe par elles, les enfants passent par elles, les générations futures passent par elles, et in fine le futur passe par elles. Les femmes sont la moitié qui agit sur le tout, et décider de ne pas actionner ce levier c’est priver l’humanité de bienfaits évidents. Si je devais ne choisir qu’un seul combat, ce serait celui-là.

Les femmes sont la moitié qui agit sur le tout, et décider de ne pas actionner ce levier c’est priver l’humanité de bienfaits évidents.

 

Le récent phénomène #metoo a braqué le projecteur sur les violences et abus commis sur des femmes qu’on pensait pourtant émancipées, libres, les actrices d’Hollywood et d’ailleurs. On a soulevé un coin du drap. Sur un bout du problème.  Mais en fait le panorama global de la domination masculine est affligeant, et les violences sont un aspect du sujet, pas le seul.

 

Prenons la chronologie d’une vie de femme.

Cela commence, dans certains endroits du monde, avant leur naissance. En Inde, les avortements sélectifs de petites filles sont légion, tant une fille, avec l’obligation traditionnelle de la dot, est un fardeau pour ses parents. Le plus simple est encore de la supprimer avant qu’elle n’arrive, avec la complicité des grands mondiaux de l’appareillage médical qui ont mis au point des échographes portables qui sillonnent les campagnes et traquent les embryons féminins. Et la pénurie de filles, qui devrait leur donner une rareté, donc une valeur et un pouvoir supérieurs, est en fait dévastatrice. Arrivés à l’âge adulte, les jeunes hommes en surnombre (il manquerait 43 millions de filles en Inde d’après l’ONU) vivent un désoeuvrement et une frustration sexuelle intense qui génèrent violences et trafics en masse. Les viols dénombrés en Inde s’avèrent en augmentation constante.

Comment ne pas évoquer, toujours à la racine, l’éducation ? Certes, l’égalité en matière d’éducation a progressé, et ce jusqu’au seuil des études supérieures, dans de nombreux pays. L’index de parité femmes/hommes de l’alphabétisation est passé de 83,2 en 1975 à 96,9 en 2016. Il n’en reste pas moins que partout où l’éducation est déficiente, elle l’est davantage pour les petites filles, plus nombreuses à être privées d’école (plus de 63 millions de filles) et à en sortir plus tôt. Pourtant, l’éducation est la première chance des filles. Une fille éduquée ne supportera pas que ses propres enfants, garçons ou filles, ne le soient pas. Elle pèsera de tout son poids pour que la même chance leur soit donnée. Une fille éduquée rompt le cycle fatal de l’ignorance qui produit et entretient la soumission. Si son éducation lui a permis d’accéder à un métier, elle y acquerra des moyens de subsistance dont elle fera profiter sa famille. Elle dispensera autour d’elle - Mohammed Yunnus l’a très bien compris dès ses premières expérimentations de micro-crédit - les bénéfices de son amélioration de niveau de vie.

Dans la destinée des filles, ensuite, la puberté est un moment critique, celui de tous les dangers : viol, grossesse précoce, mariage forcé. Celui où sévissent encore les traditions, presque toujours défavorables aux femmes. Existe-t-il un pays au monde dans lequel on inflige massivement aux jeunes hommes le mariage non consenti ? Que penser des fondamentalismes qui voilent dès l’adolescence le visage des femmes, et de l’hypocrisie qui revendique le port de la burqa comme une liberté ? Il semble pourtant que celles qui meurent ou sont vilipendées pour ne pas l’avoir portée n’aient pas eu, elles, le choix de s’en dispenser. Pourquoi n’ose-t-on pas faire l’inventaire des pays dans lesquels une femme pouvait sortir tête nue il y a trente ans et ne le peut plus aujourd’hui ? Pourquoi ne dit-on pas qu’il est des géographies où l’on a régressé ?

Dans les pays développés, on ne va pas assez vite.

Le champ scientifique, par exemple, demeure terriblement sous-investi par les filles. Elles embrassent peu les carrières d’ingénieures, pénètrent peu dans la IT, les Big Data, dont on sait aujourd’hui qu’ils sont les nouveaux champs du pouvoir et de l’influence. À South by Southwest à Austin en 2018, le grand rendez-vous mondial de l’IT, les jeunes hommes blancs diplômés de Stanford qui tiennent la tech mondiale se sont émus du caractère « biased » (biaisé) des algorithmes qu’ils créent. Le futur (intelligence artificielle, robots, humanité augmentée…) sera-t-il donc à leur image ?

Cette année, en France, l’affiche du Women’s Forum for the Economy and Society prenait pied sur l’inégalité criante des femmes dans les Comex, ces instances de direction des entreprises : un petit 12% de femmes pour diriger nos entreprises ? Quelle est cette farce ? Et le gap salarial qui flirte toujours, bon an mal an, malgré les « gender policies », avec les 20%... ?

Pourtant les simulations économiques de ce que serait un monde vraiment égalitaire convergent toutes vers les mêmes conclusions : nous passons à côté d’une opportunité de croissance forte (5800 milliards de PIB de croissance d’ici 2025, 3,9% de PIB mondial générés par cette simple mise à niveau selon l’OCDE). Avons-nous de la croissance à revendre au point d’ignorer cet énorme gisement ?

 

Mon espoir est immense : le monde serait tellement meilleur s’il y avait égalité. Je ne doute pas que nous en tirerions tous plus de justice, d’éthique, de paix, d’équilibre. Que les femmes apprendraient des hommes et les hommes des femmes. Que le risque de guerre baisserait d’un cran et que le développement des killer robots aurait davantage de chances d’être gelé.

Je rêve du jour où un président, découvrant et examinant son jeu, tombe sur cette carte, la belle carte « Egalité », et à la manière du bridgeur conscient de dégainer un atout maître, ait l’audace et le courage de la jouer, franchement.

 

Mercedes Erra

Fondatrice de BETC – Présidente Exécutive de Havas Worldwide

 

Pour porter haut la voix des femmes et leur vision sur le monde, Anastasia Mikova a co-réalisé le film "Woman". Cliquez sur l'image pour découvrir son témoignage.

 

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