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La Fondation Mérieux : 50 ans de lutte contre les maladies infectieuses

Paroles de mécènes

Serge Guillot
Fondation familiale indépendante créée en 1967 et reconnue d’utilité publique, la Fondation Mérieux lutte sur le terrain contre les maladies infectieuses qui affectent les populations vulnérables, en particulier les mères et les enfants, en renforçant les capacités locales des pays en développement ; la Fondation Mérieux agit plus particulièrement en Afrique de l’Ouest, Asie du Sud Est, à Madagascar, en Haïti et au Brésil. Elle développe également de nombreux programmes afin de favoriser le partage des connaissances et l’accès au diagnostic, renforcer les capacités de recherche et contribuer aux initiatives de santé publique. Monsieur Serge Guillot, Partnerships, Legal & Quality Director de la Fondation Mérieux, nous explique l’importance de l’engagement de cette Fondation pour la santé.

 

Notre dernière étude révèle que les Français attendent des mécènes qu’ils agissent en priorité dans le domaine de la santé, devant celui du social et de l’environnement. Selon vous, quelles sont les raisons pouvant expliquer ces choix ?

Pour les Français, comme pour la plupart des ressortissants des pays dans lesquels nous intervenons, la santé est, par définition, le bien le plus précieux. C’est un bien et une valeur universellement partagés qu’il faut s’attacher à défendre. Et il en va de même pour l’environnement. Si, comme l’étude Admical le montre, les Français sont également sensibles aux problématiques environnementales, c’est qu’une réelle prise de conscience est en marche. Auparavant, ce sujet n’apparaissait pas comme  primordial, mais à présent, la population réalise que les changements climatiques ont un réel impact sur la santé et sur l’organisation des sociétés.

Ainsi, la Fondation Mérieux a pu constater au cours de ses interventions que les changements climatiques ont déjà affectées de nombreuses populations, et que santé, social et environnement étaient finalement des domaines étroitement liés et imbriqués.

Dans le monde, il existe de plus en plus de réfugiés climatiques, ce qui engendre des bouleversements géopolitiques. Ces bouleversements, en plus de modifier le paysage social des pays affectés, ont également des conséquences sanitaires sur les populations déplacées ainsi que les population autochtones des Etats qui les accueillent. C’est en ce sens que l’environnement a un impact sur les organisations sociales.

 

La Fondation Mérieux est reconnue d’utilité publique et a un impact important à l’échelle internationale. D’autres fondations privées sont également connues pour leur rôle majeur dans le soutien à la recherche médicale, à l’accès aux soins, au traitement des handicaps, etc … Pensez-vous qu’elles tiennent une place particulière dans le monde médical ?

Si les grandes fondations actives dans le domaine médical sont toujours aussi présentes, c’est bien parce qu’il reste aujourd’hui ce besoin primaire de poursuivre l’effort d’un accès universel à la santé, non seulement dans les pays développés mais aussi et surtout dans les pays à plus faible revenu, qui sont en outre le plus souvent les pays les plus touchés par la guerre ou les dérèglements climatiques. Les Fondations privés comme les grandes ONG  ont donc toutes un rôle à jouer dans la mesure où elles sont complémentaires des actions gouvernementales locales et viennent renforcer les mesures déjà prises par les autorités.

Du fait de leur existence historique, elles disposent d’un savoir-faire reconnu qui leur permet d’intervenir rapidement, de gérer des urgences et d’accompagner les autorités locales dans la gestion des problèmes sanitaires.

 
Selon vous, pourquoi les fondations privées ou ONG sont-elles particulièrement reconnues par le Grand Public ?

Une hypothèse serait que les donateurs ont le sentiment que lorsqu’ils soutiennent les fondations privées, leurs dons permettent d’agir directement sur le terrain auprès des populations affectées, de manière plus rapide et plus efficace. Ces organisations essaient dans la mesure du possible de limiter au maximum leurs dépenses de fonctionnement pour flécher la quasi-totalité des ressources qu’elles reçoivent sur la mise en œuvre des projets sur le terrain.

 

De nombreuses entreprises sont également mécènes de projets liés à la santé , souvent au travers de fondations d’entreprises. Selon vous, quels sont les points de convergence et les spécificités des fondations d’entreprises et des autres fondations privées ? Comment la Fondation Mérieux travaille-t-elle avec ces fondation d’entreprises ou entreprises partenaires ?

La différence majeure entre notre fondation familiale et les fondations d’entreprise repose sur son statut de fondation reconnue d’utilité publique. Cela implique que tout argent qui rentre dans la Fondation Mérieux devient publique. A ce titre, nous devons nous assurer de la bonne utilisation de ces fonds et établir une gouvernance nécessairement neutre (un membre du gouvernement est d’ailleurs de droit, membre du conseil d’administration). Lorsque nous faisons un arbitrage sur les projets à soutenir, nous suivons toujours ce principe de neutralité : les projets doivent s’inscrire dans la mission générale de la fondation, être à l’initiative des pays, régions, ou villes concernés, et être réalisés avec les autorités publiques de santé locales.

Au contraire, la gouvernance des fondations d’entreprise peut suivre la politique de l’entreprise qui est à l’origine de sa création. La politique de mécénat directe d’une entreprise ou via sa fondation peut suivre différentes orientations : par exemple elle peut permettre de répondre à des besoins non traitées par l’entreprise car non économiquement viables pour cette dernière ou encore qui sortent de l’objet social de celle-ci, auquel cas elle les adresse via sa fondation.

La Fondation Mérieux travaille depuis très longtemps avec des entreprises privées mécènes dont le cœur d’activité concerne la santé. Certaines, comme Sanofi Pasteur, soutiennent sur le long-terme les actions de la fondation. Nous travaillons également avec des entreprises actives dans la santé qui financent des projets ponctuels, notamment des cours ou conférences sur des thématiques particulières (par exemple les cours ADVAC sur la vaccination ou encore le cours ACDX sur le diagnostic). 

En tout état de cause, nous nous assurons systématiquement qu’il n’y a pas de conflit d’intérêt avec notre partenaire. Pour ce faire nous veillons toujours à poursuivre des actions dont la finalité est l’intérêt général et nous nous assurons également que nos partenaires entreprises n’utilisent pas le canal de la fondation pour promouvoir leurs produits. Par ailleurs, nous veillons au respect de la loi Bertrand sur la transparence (et ses équivalents à l’étranger) qui oblige toutes les entreprises à déclarer sur un site public les accords et le contenu des accords qu’elles passent avec les fondations.

 

Propos recueillis par Diane ABEL

 

Ce site est réalisé grâce au mécénat de