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Break Poverty Foundation : Une dotation d’action territoriale pour mobiliser contre la pauvreté des jeunes

Paroles de mécènes

Créée par Denis Metzger, Président de Chequers Capital, l’un des plus grands fonds d’investissement européens, la Fondation Break Poverty Foundation met l’innovation, la rigueur, la mesure de l’impact et le pouvoir de démultiplication au cœur de sa mission. Pour mieux la comprendre, découvrez l’interview de Valérie Daher, directrice de la fondation.

Comme son nom l’indique, la Break Poverty Foundation a pour mission d’en finir avec la pauvreté des jeunes, de l’enfance à la jeune vie d’adulte. Parce que chaque enfant et chaque jeune doit avoir les mêmes chances de vivre et de s’épanouir, la fondation identifie et soutient des solutions innovantes contre l’extrême pauvreté, avec un seul objectif : offrir un avenir meilleur à tous les jeunes, en France et dans le monde. Son action repose sur trois piliers : la sélection et le financement de programmes à fort potentiel, la recherche et la mobilisation pour des solutions innovantes contre la pauvreté. Ses programmes ciblent en priorité les 4 domaines suivants :

  • Soutien à la petite enfance
  • Prévention du décrochage scolaire
  • Accès au premier emploi
  • Soutien des mères

 

Décryptage des enjeux liés à ces domaines avec Valérie Daher, directrice de la fondation.

 

Pouvez-vous nous rappeler le contexte et les chiffres clés de la pauvreté des jeunes aujourd’hui en France ?

La pauvreté des jeunes a subi une évolution dramatique au cours des vingt dernières années. L’Observatoire des inégalités souligne que le nombres d’enfants de pauvres et de jeunes adultes pauvres a cru de 700 000 entre 2004 et 2015, soit une augmentation deux fois supérieure (+36%) à celle de l’ensemble des plus de 30 ans[1]. Au final le taux de pauvreté des enfants et des jeunes adultes est d’environ 20% alors qu’il s’élève à près de 14% pour l’ensemble de la population[2]. Ce constat ne doit pas occulter de réelles différences entre deux populations très hétérogènes, les enfants et les jeunes adultes, qui ne souffrent pas des mêmes maux. La pauvreté des enfants est particulièrement liée à la forte augmentation du nombre de familles monoparentales, très touchées par la pauvreté[3]. La pauvreté des jeunes adultes est, quant à elle, le fruit de l’augmentation du chômage les concernant, un taux multiplié par 4 entre 1975 et 2015 et qui touche près de 22,3% des jeunes actuellement. 

 

En quoi la pauvreté est-elle devenue une urgence particulière ? 

Au-delà d’un impératif moral, la lutte contre la pauvreté touche à deux enjeux majeurs au sein de la société française : la crise de confiance à l’égard de notre modèle de développement et l’effritement de notre modèle de cohésion sociale. La crise de confiance se caractérise par une crainte particulièrement marquée des français de tomber dans la pauvreté : un baromètre européen récent rappelait que la France avait la plus forte proportion d’habitants pensant qu’il pouvait arriver à n’importe qui de tomber dans la pauvreté – 86% contre 51% en Belgique par exemple. Lutter contre la pauvreté, c’est faire le pari d’endiguer les déterminismes sociaux qui font qu’un enfant pauvre devient souvent un adulte pauvre. Mais c’est aussi, comme nous le rappelle les récents évènements, contribuer à réduire les inégalités qui mettent en péril la cohésion sociale.

 

Vous avez créé un dispositif innovant de lutte contre la pauvreté : la dotation d’action territoriale. Pouvez-vous nous en expliquer le fonctionnement ?

L’objectif de la dotation d’action territoriale (DAT) est de permettre aux entreprises de s’engager auprès de leur territoire pour lutter contre la pauvreté. Très concrètement, la DAT prend la forme d’une allocation volontaire pouvant aller jusqu’à 2 % du résultat net de l’entreprise, affectée à des programmes de lutte contre la pauvreté et contre l’exclusion des jeunes. La particularité de cette dotation est que l’entreprise décide elle-même de son allocation sur des projets de son choix, sur son territoire : soutien à la petite enfance, prévention du décrochage scolaire, accès au premier emploi, etc. La fondation apporte son expertise en garantissant une sélection de projets présentant un réel potentiel d’impact social et assure un suivi régulier de la mise en place des projets. Ce dispositif présente un grand intérêt pour l’entreprise. Tout d’abord, cette dotation bénéficie des avantages fiscaux prévus par la loi Aillagon qui permet aux entreprises de profiter d’une réduction d’impôt de 60 % du montant de leur don. En outre, il contribue à renforcer l’ancrage de l’entreprise au sein de son territoire, la rapprochant des populations locales et des acteurs sociaux. Enfin, il représente un moyen de mobilisation des salariés, permettant leur implication sur des projets locaux et contribuant à renforcer la marque employeur de l’entreprise. 

                      

Vous avez testé votre programme pour la première fois en 2018 à Romans-sur-Isère dans la Drôme, qui a fait office de ville pilote. Pouvez-vous nous détailler les grandes étapes de la mise en œuvre du programme ?

La première étape, basée sur un diagnostic quantitatif et qualitatif de la pauvreté sur le territoire, a permis d’identifier les principaux besoins sociaux et de caractériser la pauvreté des enfants et des jeunes. Dans un second temps, la fondation a réalisé une sélection de projets à même de répondre aux problématiques posées. Dans un troisième temps, les entreprises mobilisées avec le soutien de la Mairie de Romans-sur-Isère ont été sollicitées pour financer les projets qui leur semblaient les plus pertinents. Les résultats de ce projet pilote ont dépassé nos espérances : sur les 21 entreprises contactées, 15 se sont engagées à soutenir un ou plusieurs programmes parmi ceux qui leur ont été proposés. En quelques semaines, près de 220 000€ ont été collectés pour financer 6 projets œuvrant à la réduction de la pauvreté à Romans-sur-Isère. Sur 3 ans, avec le concours de la Mairie, c’est un million d’euros qui vont être levés pour offrir une chance à plus de 1 000 jeunes parmi les plus vulnérables.

 

Et pour l’avenir, quelles sont les ambitions de la Break Poverty Foundation ? Quels bilans pouvons-nous espérer ?

A court terme, la priorité de la fondation est le déploiement de la DAT. Trois nouvelles expérimentations sont en cours en Loire-Atlantique, Seine et Marne et Pas-de-Calais. L’objectif de ces expérimentations est de faire la preuve de l’efficacité du dispositif afin de l’inscrire dans la loi en 2020 en généralisant l’incitation des entreprises à allouer, sur une base volontaire, jusqu’à 2% de leurs résultats à des programmes de lutte contre la pauvreté et l’exclusion des jeunes. Nous estimons qu’un tel dispositif permettrait de mobiliser près d’un milliard d’euros par an afin d’endiguer la pauvreté. Au-delà de ce dispositif, la fondation souhaite poursuivre son rôle de défricheur en matière de lutte contre la pauvreté par la recherche, l’identification et le soutien de projet innovants et transformants. Notre combat n'aura de cesse que lorsque l’on aura constaté une véritable inflexion des chiffres scandaleux de la pauvreté chez les enfants et les jeunes.

 



[1] https://www.inegalites.fr/La-pauvrete-augmente-chez-les-plus-jeunes-mais-n-epargne-pas-les-plus-ages, à noter que le seuil utilisé est de 50% du revenu médian par unité de consommation 

[2] INSEE, 2018

[3] Leur taux de pauvreté s’élève à près de 35% en 2016


 

 

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