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Les solutions de financement pour la sauvegarde du patrimoine italien

Expertise

En 2018, l'Italie compte 54 sites inscrits au patrimoine mondial, dont 49 culturels et 5 naturels, ce qui en fait le pays comptant le plus de sites référencés par l'UNESCO. Sites archéologiques grecs, étrusques et romains, villas et palais de la Renaissance, jardins historiques, châteaux et couvents, dont la qualification et la quantification sont difficiles. Réelle identification nationale et enjeux touristiques pour le gouvernement italien, la protection et surtout la rénovation de ce patrimoine nécessite un financement très lourd. Quelles sont les initiatives de financement engagées par l’Italie pour son patrimoine ? Petit tour d’horizon sur les solutions de financement trouvées par nos voisins européens.

 

Un bonus pour le financement du patrimoine

En 2014, le Ministre de la Culture italien, Dario Franceschini, s’inspire de la loi Aillagon en France et met en place l’Art Bonus. Bénéficiant aux entreprises comme aux particuliers, l’Art Bonus vise à développer le mécénat culturel en Italie. Ce bonus pour l’art a été introduit dans le cadre des mesures d'urgence pour la protection du patrimoine culturel, le développement de la culture et la relance du tourisme. Il consiste en un avoir fiscal pour encourager les dons au bénéfice de la culture, représentant 65% du don, et est déductible sur trois ans.

Dès la première année, trente quatre millions d’euros de dons ont été éligibles pour 773 mécènes. Depuis 2014, on recense près de 9.000 mécènes pour un total de dons s’élevant à plus de deux cent millions d’euros. Des grandes marques de luxes italiennes comme Fendi, Tod's ou encore Bulgari se sont engagées pour le financement du patrimoine culturel italien. Pour ces géants du luxe, le mécénat culturel peut permettre de mettre en avant leur italianité et une certaine légitimité culturelle.

 

Un patrimoine à 1€

L’Italie regorge de bijoux architecturaux, témoins d’une riche histoire, que ce soit dans les grandes villes ou dans les localités plus isolées. Or, aujourd’hui, de nombreux villages italiens sont désertés. Des infrastructures datant du Moyen-âge ou de la Renaissance sont totalement abandonnées. C’est ainsi que depuis plusieurs années, les médias relaient les propositions innovantes pour la sauvegarde du patrimoine bâti hors des circuits touristiques. Ainsi en a-t-il été de Gangi, dans la province de Palerme, élue en 2014 plus belle ville d'Italie, alors même que le centre tombait en ruine. Afin de récupérer et de valoriser le cœur de cette ville, il a été décidé de céder les anciens bâtiments pour 1 € symbolique, à des fins touristiques ou de logement. En posant toutefois une condition : les restaurer dans un délai de trois ans.

Fort de son succès cette initiative a été reprise par une dizaine de municipalités italiennes, comme le village d’Ollolai en Sardaigne. « Nous avons des origines préhistoriques, a déclaré à CNN, Efisio Arbau, le maire d’Ollolai. Le but de ma croisade est de sauver nos traditions avant qu’elles ne tombent dans l’oubli. La fierté de notre passé est notre force. Nous avons toujours été des gens durs et ne permettrons pas à notre ville de mourir ». Les propriétaires qui décident de restaurer leur maison eux-mêmes pourront demander des subventions qui financeront jusqu’à 60 % du coût des travaux, selon le projet. Ainsi, cet engagement pour la rénovation du patrimoine est devenu une réelle tradition en Italie.

 

Un crowdfunding international pour tous les amoureux de l’Italie

En 2015, la plateforme numérique Loveitaly est lancée par une association italienne afin de participer à la restauration du patrimoine. Elle récolte des fonds pour la préservation du patrimoine italien en s’appuyant sur les amoureux du patrimoine italien en Italie et dans le monde. « Grâce à la puissance des nouvelles technologies, les touristes et italiens pourront apporter leur contribution à la sauvegarde du patrimoine du pays comptant le plus grand nombre de sites classés à l’Unesco », explique Luigi Capello, l’un des fondateurs de cette association à but non lucratif. Cette initiative nationale et internationale permet de pallier aux faibles subventions publiques destinées au patrimoine italien.

Sans grande surprise, le premier projet de financement de la plateforme était destiné à la restauration de l’une des maisons du site archéologique de Pompéi. La dernière campagne vise à financer la restauration du petit cloitre de la Chartreuse de Capri, dont les travaux sont estimés à 18.725€.

 

La loterie nationale, une longue tradition italienne

Si en France la mise en place d’une loterie consacrée à la sauvegarde du patrimoine a fait beaucoup parler d’elle, on constate qu’en Italie, la loterie nationale en faveur de la restauration du patrimoine fait partie d’une longue tradition héritée du XVIème siècle.

Cette loterie a permis aux communes libres italiennes de financer la construction d’œuvres publiques et de soutenir la culture. L’une des grandes constructions réalisées grâce à cette loterie est la Fontaine de Trevi réalisée avec le concours du Pape Clément XII, qui a pour cela rétabli l’autorisation des jeux de loterie à Rome.

Cette tradition s’est par la suite pérennisée et, depuis 1996, généralisée à toute l’Italie avec la Lottomatica. Une partie des sommes jouées à la loterie nationale est destinée aux gestionnaires des musées ou à des monuments historiques. Selon le MiBAC, (le Ministère italien des Biens Architecturales et Culturels), tous les trois ans, environ cinq cent millions d’euros sont ainsi versés à la restauration du patrimoine artistique et culturel italien. Cela a permis notamment à réhabiliter le palais ducal de Mantoue ou les fresques de Giotto à Padoue.

 

Julie-Joy AGAËSSE

 

Retrouvez aussi l'article sur le financement du patrimoine en France en cliquant ici.

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