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Le mécénat de compétences : pourquoi l’entreprise ne doit pas s’en passer !

Synthèses d’études

© Cedric Hesly
Il y a 5 ans, le groupe SNCF lançait, via sa fondation, le dispositif de mécénat de compétences, ouvert à tous les salariés du groupe. En 2018, après la parution du baromètre du mécénat de compétences, la Fondation SNCF a lancé un manifeste, signé par 17 entreprises et a créé une Alliance pour le mécénat de compétences. A l’occasion du Mécènes Forum 2019, retour sur les principaux enseignements du baromètre et témoignages d’entreprises qui ont choisi d’engager leurs collaborateurs dans cette voie.

 

20%. C’est la proportion d’entreprises mécènes en France en 2018 qui ont choisi de permettre à leurs salariés de dédier une partie de leur temps de travail à l’intérêt général (+9% par rapport à 2016)[1]. Mais est-ce le rôle de l’entreprise que de favoriser l’engagement sociétal des salariés ? Oui, c’est ce que pense Stéphane Rozès, président de la société de conseil Cap et enseignant à Sciences Po et HEC. En effet, si pendant longtemps, l’Etat a été la seule représentation du collectif et de la création de lien social, il ne faut pas sous-estimer la représentation symbolique des entreprises. Depuis 20 ans, l’Etat a tendance à se défausser de cette responsabilité et les entreprises semblent, aux yeux des Français, être des collectifs de travail beaucoup plus stables et ancrés dans le réel. L’entreprise n’est plus seulement vécue comme le lieu d’exploitation du capital. A ce titre, 63% des Français estiment légitime que l’entreprise propose à ses salariés de s’engager avec elle (75% chez les moins de 35 ans)[2]

Partager ses compétences, c’est aussi les développer

Ce constat est partagé par Stéphanie Lecerf, directrice des Ressources Humaines chez PageGroup. Dans son entreprise, le mécénat de compétences répond à une demande de sens au travail des collaborateurs. En tant que spécialiste des RH, Stéphanie Lecerf y voir également le moyen de montrer aux collaborateurs que leur métier peut avoir plusieurs facettes, ce qui est fondamental dans le développement des talents. Avec le mécénat de compétences, les salariés engagés sont amenés à être beaucoup plus flexibles car le milieu associatif est beaucoup moins normé que le monde de l’entreprise. Et ils sont nombreux à le reconnaître : 64% des salariés interrogés pour le baromètre voient dans le mécénat de compétences l’occasion d’acquérir de nouvelles compétences et 57% y voient une occasion d’évoluer.

L’entreprise engagée est attractive

Au-delà des bénéfices pour les salariés engagés, le mécénat de compétences a également des vertus pour l’entreprise elle-même. Dans un contexte difficile en matière de recrutement (conditions de travail difficiles, manque d’attractivité de certaines régions, compétition avec d’autres secteurs d’activité), le mécénat de compétences peut être un facteur différenciant pour la SNCF, comme le précise Marc Berthod, directeur adjoint de SNCF Réseau. Le fait qu’une entreprise soit engagée et permette à ses salariés de s’impliquer peut être un critère de choix pour les jeunes qui sont sensibles au travail réalisé par la fondation. Selon lui, le mécénat de compétences développe l’ouverture aux autres, il faut l’intégrer pleinement à la politique managériale car c’est un vrai levier de transformation.

 

Changer de regard sur l’entreprise

Enfin, le mécénat reflète les valeurs de l’entreprise. Pour Benoît Clocheret, directeur général d’Artelia, le mécénat ne peut pas fonctionner si les motivations ne sont pas nobles. Si une entreprise crée sa fondation, c’est d’abord pour venir en aide à ceux qui en ont besoin, et cela rejaillit nécessairement sur la réputation de l’entreprise. Un phénomène dont les salariés et dirigeants ont bien conscience, puisque 80% d’entre eux jugent que la mise en place d’un programme de mécénat de compétences a une influence positive sur l’image de l’entreprise.

Alors 20% d’entreprises mécènes qui ont choisi de pratiquer le mécénat de compétences, c’est bien, mais gageons que ce baromètre, ce manifeste et l’émulation collective d’une Alliance interentreprises pour le mécénat de compétences permettent de convaincre les 80% restants, comme l’appelle de ses vœux Marianne Eshet, déléguée générale de la Fondation SNCF.

 

Camille MARC

Pour en savoir plus :

 


[1] Baromètre Admical 2018 : Le mécénat d’entreprise en France

[2] Le baromètre du mécénat de compétences  SNCF réalisé par l’IFOP : « Quand l’entreprise s’engage avec ses salariés »

 

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