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Mécénat en Région : Un an après, quel bilan pour la manifestation artistique & culturelle Un Eté au Havre ?

Expertise

Catène de containers de Vincent Ganivet
Impossible que vous n’ayez pas entendu parler d’Un Eté au Havre, cette grande manifestation artistique et culturelle qui a eu lieu de mai à octobre 2017, et qui célébrait le 500ème anniversaire de la cité portuaire créée par François 1er en 1517.

Ce projet de géant à l’échelle de la ville toute entière, qui mêlait fêtes populaires, grandes expositions et œuvres d’art monumentales dans l’espace urbain, a été imaginé par Jean Blaise, directeur artistique de l’événement et déjà bien connu pour ses collaborations avec la ville de Nantes. Il a été porté par le Groupement d’intérêt Public (GIP) « Le Havre 2017 », qui rassemblait l’ensemble des acteurs publics locaux (la Ville du Havre, la Communauté d’Agglomération Havraise – CODAH, le Port – HAROPA, le département de la Seine-Maritime, la Région Normandie, l’Université du Havre et la CCI Seine Estuaire), mais aussi par de nombreux mécènes, petites, moyennes et grandes entreprises. Un an après, quel bilan pour Un Eté au Havre 2017 ?

 
Les chiffres fous de la mobilisation autour d’Un Eté au Havre

C’est un projet qui a nécéssité près de 3 ans de préparation. Au-delà du travail considérable réalisé par Jean Blaise et ses équipes sur la coordination artistique du projet, à l’image de la ville et qui a rassemblé des artistes havrais, français et internationaux, il faut tout d’abord saluer le tour de force réussi par Edouard Philippe, à l’époque maire du Havre, qui a mis autour de la table l’ensemble des acteurs publics locaux et qui les a embarqués avec lui pour débloquer un budget de 15 millions d’euros pour cette manifestation. Pour une ville de la taille du Havre, cela est colossal.

À cela s’ajoute la mobilisation du tissu économique privé, qui a été phénoménale. Près d’un quart du budget global de l’évènement est issu du financement privé et de l’engagement des entreprises. Cela représente plus de 5 millions d’euros! On peut identifier 4 grands groupes de mécènes d’Un Eté au Havre:

- 35 grandes entreprises au niveau national.
- 42 filiales de grands groupes et grandes PME implantées sur le territoire, qui se sont regroupées dans un club d’entreprises, le LH Club.
- 128 petites PME et TPE havraises et de la région, qui se sont regroupées dans un club d’entreprises, le Club TPE-PME.
- 1.200 commerçants, artisans, prestataires de services et professions libérales de la ville, regroupés sous l’association Les Ambassadeurs du Commerce.

L’ensemble de la ville a répondu présent pour participer à l’organisation de l’évènement. Et la pari a été gagnant, en témoignent les chiffres fous de la fréquentation.

 

Les retombées économiques liées à l’évènement

Une étude d’impact a été mené par la société GECE pour le compte du GIP « Le Havre 2017 », pour définir à la fois les profils des participants d'Un Eté au Havre, mais aussi leur provenance (visiteurs locaux, excursionnistes, touristes, français ou étrangers), leur ressenti sur la manifestation, et leurs dépenses moyennes (restauration, hébergement, transport, visites, sorties…etc). Cette étude, menée sur plus de 3.500 personnes, une fois croisée avec d’autres indicateurs (fréquentation des musées, sites culturels et touristiques havrais, chiffres de visites guidées, premiers indicateurs sur la taxe de séjour…etc) laisse apparaitre des résultats…bluffants! Les retombées économiques (dépenses effectuées par les participants + impact organisateur) sont évaluées à plus de 80 millions d’euros pour le territoire, soit 4 fois plus que le budget total de la manifestation. Le rapport de 1 à 4 est saisissant!

 

 

Les commerçants et entreprises en parlent…

« Pour moi, l’objectif était surtout le rayonnement de la ville et son attractivité. Le Havre a un déficit d’image certain et pourtant la ville a bien changé : elle bénéficie d’un cadre de vie agréable, elle est originale en France, elle est en bord de mer, avec des infrastructures portuaires qui lui permettent d’être une porte sur la façade Ouest… mais cela ne se sait pas suffisamment ! Après Un Été au Havre, je dirais qu’elle a changé. L’extérieur en a pris conscience, certains fournisseurs, certains clients, ou bien des amis m’ont dit qu’on entendait parler du Havre que de manière positive. » François-Edouard BRABANT, DISTILLERIE HAUGUEL

« C’est très bien en termes de visibilité, d’attractivité, de rayonnement sur la ville, de communication. […] Je trouve que les gens ont parlé du Havre, alors qu’habituellement ils n’en parlent pas. […] Je fais partie de ceux qui voudraient que certaines œuvres deviennent pérennes dans le temps. Notamment Catène de containers : elle a fait revivre la rue et les commerçants de la rue de Paris, maintenant, c’est presque des Champs Elysées ! […] C’est une image forte, elle pourrait devenir un peu la tour Eiffel du Havre. » Christophe BERNIER - Directeur de l’Ibis Style

« Il faut qu’il y ait une sorte de dynamique qui s’installe et que ce ne soit pas un one shot, afin de garder Le Havre implanté dans l’actualité artistique, et faire en sorte que peut-être, les gens qui sont venus en 2017 reviennent dès l’an prochain ! » Serge WANSTOK – Directeur de la librairie La Galerne

Il est clair que ce projet un peu fou n’aurait pu voir le jour et être autant une réussite sans l’implication considérable des entreprises et de leur financement privé. L’implication du tissu économique havrais, de la TPE à la grande PME, et le soutien important des grandes entreprises l’ont rendu possible. Evidemment, chacune de ces entreprises mécènes ne se sont pas engagées pour les mêmes raisons: elles répondaient toutes à des enjeux  et des envies bien différentes. En revanche, et ce qui est certain, c’est que le GIP « Le Havre 2017 » et l’ensemble d’entre elles ont bien compris en quoi le mécénat et la culture peuvent être un outil innovant, au service du rayonnement et de l’attractivité du territoire.

Trois questions à Thomas Malgras, directeur du Groupement d’Intérêt Public « Le Havre 2017 » 

 
 
 
 
 
 
 
 
(ThomasMalgras®QuentinDehais)
 
L’engagement des entreprises mécènes d’Un Eté au Havre a pesé près de 5 millions d’euros, représentant ¼ du budget de la manifestation. En tant que Directeur du GIP « Le Havre 2017 », vous avez été en relation avec beaucoup d’entre eux, aussi bien des mécènes nationaux que locaux, grandes entreprises, PME et TPE. Comment expliquez-vous un tel engouement des entreprises ? Quel accueil de la manifestation avez-vous ressenti chez chacun d’eux et pourquoi se sont-ils engagés selon vous?

L’accueil a été très positif et chaleureux dans la plupart des cas et l’engouement rapide. Outre les raisons propres à chaque entreprise, la qualité et la justesse de la programmation sont prépondérantes. Je dirais également que la diversité des propositions permet d’élargir le spectre des entreprises qui souhaitent s’associer au projet : pour Un Eté au Havre nous pouvions proposer à la fois des « signatures » d’œuvres dans l’espace public, d’expositions grands publics, mais aussi de rassemblements de grands voiliers, ou de grands événements festifs… La construction des œuvres pérennes présente aussi l’intérêt de mettre à profit des compétences et savoir-faire particuliers (BTP, chaudronnerie, son, lumière, levage), qui encourage les entreprises à proposer des mécénats techniques ou de compétences qui ont représenté près de la moitié du mécénat d’Un Eté au Havre ! De plus, il faut garder à l’esprit que le financement privé vient compléter un financement public initial très fort. Lorsque les 7 principaux acteurs publics d’un territoire investissent 15M€ dans un projet d’une telle ampleur, c’est beaucoup plus simple ensuite de persuader des mécènes privés, il faut bien le reconnaître. Et puis il y a des facteurs internes au projet comme l’anticipation, la qualité de l’équipe de prospection mobilisée, l’originalité des contreparties : lorsque vous pouvez proposer à vos mécènes une soirée sur un grand trois-mâts ou une visite dans les coulisses du Royal de Luxe, cela aide bien !

Mais si j’ai bien retenu une chose de ce projet, c’est que les raisons qui poussent une entreprise à soutenir et accompagner un projet culturel dans le cadre du mécénat sont aussi diverses que le tissu économique lui-même. Les grandes entreprises nationales recherchent davantage à associer leur image à une politique publique en particulier (éco-responsabilité, accessibilité, insertion, démocratisation de la Culture, développement de l’art dans l’espace public) ou à un type d’œuvre ou de matériaux par exemple (le béton, le métal). Les PME locales quant à elles, vont davantage être sensibles au changement positif de l’image de la Ville générée par les projets culturels et à l’amélioration de l’attractivité du territoire par la Culture qui rejaillissent à long terme sur la sociologie du territoire, l’emploi et la démographie. Dans tous les cas la personnalité politique qui incarne le projet et celle du Directeur artistique jouent également un grand rôle.

 
Deux clubs de mécènes locaux ont été créé pour soutenir Un Eté au Havre: Le LH Club et le Club TPE-PME. Quelle a été leur implication/impact sur Un Eté au Havre, et comment ont-ils évolué depuis la fin de la manifestation en octobre 2017 ? Sont-ils toujours actifs ?

Oui ils sont toujours actifs, et je dirai même plus que jamais ! Pour être honnête, ce sont d’ailleurs ces clubs, animés par la CCI Seine-Estuaire qui ont été parmi les plus fervents partisans d’une reconduction annuelle de la manifestation Un Eté au Havre[1]. Evidemment passés les 500 ans qui pour une partie d’entre eux constituaient une année exceptionnelle qui justifiait un mécénat ponctuel (40 membres au LH Club, 130 au Club TPE-PME tout de même), les effectifs des clubs se sont stabilisés à une vingtaine pour le LH Club et près de 70 pour le Club TPE-PME. Au regard des financements publics apportés et du changement d’échelle important opéré entre 2017 et 2018 (nous avons divisé notre budget global par 7…), cela reste en proportion un excellent ratio et cela stabilise un noyau dur d’entreprises sur la durée.

 

Le mécénat comme outil de développement du territoire, vous y croyez ?

Difficile de ne pas y croire après une telle expérience, aussi positive. Le mécénat présente un effet levier remarquable, surtout dans un contexte où les finances publiques se raréfient et où la Culture peut ne pas être toujours prioritaire. J’ai simplement envie de dire que comme tout dispositif, il doit s’intégrer dans une stratégie équilibrée entre apports publics, mécénat financier, partenariats techniques et recettes propres et qu’il nécessite un travail minutieux et personnalisé auprès de chaque entreprise sollicitée.


 

[1] Le projet initial d’Un Eté au Havre ne prévoyait pas de nouvelles éditions au-delà de 2017

Vous l’aurez compris, après ce succès retentissant, le Havre a décidé de prolonger le bail en 2018 pour un nouvel été sous le signe des arts et de la culture. A découvrir au menu, de nouveaux artistes et de nouveaux projets toujours plus fous, comme les magnifiques sculptures géantes de Fabien Mérelle Si vous avez par miracle manqué 2017 (et ce n’est pas bien !), on vous invite fortement à aller découvrir Le Havre cet été 2018. Vous le verrez…c’est furieusement tendance !

https://www.lemonde.fr/m-voyage/article/2017/01/08/voyages-le-top-20-des-destinations-en-2017_5059416_4497613.html

 

Léo Gaudin

Pour en savoir plus :

> Sur Un Eté au Havre 2017

> Sur Un Eté au Havre 2018

> Sur le Mécénat en Région

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