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[Mécénat coll. en régions] A plusieurs, on est plus fort : les clubs de mécènes en région

Expertise

Admical poursuit son observation des différentes formes de mécénat territorial à l’œuvre dans le pays. Après les pôles mécénat régionaux et les fondations territoriales, nous vous proposons aujourd’hui de nous pencher sur les clubs de mécènes en région.

« Seul on va vite, mais à plusieurs on va plus loin », le constat ne date pas d’hier et il est particulièrement prégnant dans le domaine du mécénat territorial où nombreuses sont les TPE et PME qui souhaitent s’engager localement mais dont les budgets mécénat sont souvent limités. Alors plutôt que d’éparpiller les ressources et les énergies, pourquoi ne pas se regrouper pour donner plus et mieux ?

 

Mutualiser ses ressources pour augmenter son impact

Les entreprises locales l’ont vite compris, les atouts du mécénat collectif sont nombreux : mutualisation des ressources budgétaires et des réseaux, maximisation de l’impact de son action. Oubliée la paperasse qui est gérée par le collectif, les mécènes n’ont plus qu’à se soucier de l’objet de leur action. Et en plus, c’est plus convivial !

En voilà de bonnes raisons pour rejoindre un club de mécènes, notamment pour les petites entreprises qui n’auraient pas su par où commencer si elles avaient dû se lancer toute seule. Le club agit alors comme un facilitateur et représente une porte d’entrée vers un engagement collectif, avant de mettre en place éventuellement sa propre stratégie mécénat en interne.

On constate donc un foisonnement de ces clubs régionaux aux contours variés.
Association, fondation, fonds de dotation… tous les véhicules juridiques sont valables pour ces regroupements d’entreprises créés pour des motifs différents.

Certains, les plus nombreux, sont créés à l’initiative d’un porteur de projet qui souhaite regrouper autour de lui son « pool » d’entreprise. Ainsi on ne compte plus les clubs de mécènes de tel Opéra, musée ou club sportif local. Dans ce schéma de développement territorial, les porteurs de projets tous voués à rentrer en concurrence entres eux et souvent à solliciter les mêmes mécènes.

Plus rares sont les cas de clubs de mécènes crées à l’initiatives des entreprises elles-mêmes et souvent portés par un ambassadeur charismatique au carnet d’adresse bien rempli. Mécènes Ardèche, Mécènes du Sud, Mécènes&Loire, le Club Entreprise et mécénat Bourgogne Franche-Comté ou encore les nombreux clubs de mécènes de la Fondation du patrimoine, sont autant de regroupements créés dans le but d’augmenter le rayonnement d’un territoire donné.

Pour autant il n’en existe pas encore dans tous les territoires. Voilà donc un rapide mode d’emploi pour pouvoir se lancer.

Les étapes clés pour créer un club de mécènes sur son territoire

  • Etape n°1 : Fédérer les énergies - Pour cette étape rien de mieux qu’un ambassadeur passionné, qui n’hésite pas à passer quelques coups de fil pour s’entourer d’un premier noyau dur d’entreprises engagées.
  • Etape n°2 : Trouver son modèle - Quel véhicule juridique ? Quelles actions soutenir ? Selon quels critères ? Avec quel budget ? Pour quelle durée ?
    Autant de questions à se poser tous ensemble avant de se lancer. Ici il faut bien sûr partir des besoins identifiés sur le territoire et consulter les envies des mécènes qui ont répondus présents à l’appel.
  • Etape n°3 : Se doter d’un animateur du club - Etape cruciale, le club ne fonctionnera que s’il y a un opérateur qui l’anime, lance les appels à projets, réunit les membres régulièrement, en bref fait tourner la machine.
  • Etape n°4 : Lancer les premières actions -  Une fois les critères définis, vous pouvez lancer votre premier appel à projets, à moins que vous ne crouliez déjà sous les dossiers de partenariats. L’idéal étant en amont d’avoir établit quelques critères d’évaluation du partenariat.
  • Etape n°5 : Faire un reporting régulier auprès des mécènes - Sans suivi, les mécènes ne pourront pas voir l’impact de l’action et auront tendance à se désintéresser du sujet. Il est donc essentiel de communiquer régulièrement sur les projets.

Focus sur quelques exemples concrets 

> Didier Janot, fondateur du club de mécènes Prisme, qui regroupe une vingtaine d'entreprises locales au service de la création contemporaine en Champagne-Ardennes.
> Estelle Rabiller, chargée de mission pour la Fondation Emergences à Lyon, qui rassemble une trentaine d'entreprises qui accompagnent les entrepreneurs sociaux dans la structuration de leur projet via le mécénat de compétences.
Ils nous en disent plus sur leur démarche.

1 – Quelles sont les raisons qui ont motivé la création de votre regroupement de mécènes ?

Estelle Rabiller : Trois raisons principales ont été à l’origine de la création de la Fondation.

- Transmettre notre expérience et nos compétences de chefs d’entreprise dans le but d’accélérer la professionnalisation des entrepreneurs sociaux qui débutent afin qu’ils évitent les écueils que l’on a connu.

- Aider l’émergence de projets répondant aux besoins sociétaux mal couverts sur notre territoire

- Faire bénéficier à de jeunes créateurs d’un réseau construit de dirigeants sensibles au « Mieux-vivre ensemble »

Didier Janot : Le club est né en 1989 à la faveur d’un projet d’œuvre monumental porté par des entrepreneurs. Il s’agissait de témoigner auprès de la collectivité de l’implication des entreprises au profit de l’intérêt général. A la suite de ce projet réussi, le club s’est organisé et structuré pour réaliser de nouveaux projets monumentaux, accompagner la jeune création contemporaine et former ses membres à la création contemporaine.

 

2 – Selon vous, quel est l’impact de votre club de mécènes sur votre territoire ?

E.R. Nos actions permettent de consolider des projets à vocation sociale en les accompagnant de leur 1ère à leur 3ème année de création et donc de pérenniser l’impact sur leurs 30 000 bénéficiaires. A ce jour, 80 % des entreprises et associations accompagnées par la Fondation sont pérennes après les 3 ans d’accompagnement. Par ailleurs, notre collectif permet de mailler l’action des pouvoirs publics avec celle des entreprises privées à destination des projets touchant les publics défavorisés.

D.J. : Le club bénéficie d’une existence de près de 30 ans sur le territoire ce qui lui confère une notoriété certaine. Il est ainsi associé à la plupart des projets de mécénat porté par la collectivité et le club est très sollicité par les porteurs de projets et les médias. Nous pensons que nos actions nourrissent certaines initiatives spontanées et enrichissent la compréhension et les bienfaits du mécénat d’entreprise sur notre territoire.

 

3 – Selon votre expérience, quels sont les éléments clés pour qu’un club de mécènes fonctionne et perdure dans le temps ?

 E.R. : Ici, 4 éléments nous paraissent déterminants pour le succès d’un collectif de mécènes :
- L’attachement de chacun à la mission d’intérêt général que s’est donné notre collectif
- L’engagement humain des dirigeants et de leurs collaborateurs dans la mise en œuvre de cette mission
- Des temps dédiés à l’échange entre mécènes
- Des temps dédiés à l’immersion dans les projets soutenus

D.J. : Un club doit être porté par un animateur qui comprend les entrepreneurs et leurs motivations. La qualité de l’animation, son rythme, sa densité, le nombre de projets portés par le club, son organisation interne, sont autant de sujets qui motivent et fidélisent les membres du club.

La volonté de former les membres à l’art contemporain, les rencontres avec des professionnels de la culture, des visites d’ateliers d’artistes et une volonté de partager de bons moments ont permis au club de se développer et de motiver les membres.

 

 

Marion Baudin

@MarionBdin

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