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Mal-logement : les entreprises veulent contribuer à résoudre la crise

Expertise

La Maison de Coluche à Nantes
Alors que les conditions de vie se sont nettement améliorées en France depuis les années 50, la crise du mal-logement continue de progresser et touche encore 4 millions de personnes en France dont 143 000 sans-abris. Face à ce problème de société qui s’aggrave les entreprises s’engagent pour aider les associations locales qui agissent quotidiennement pour redonner dignité et confort aux personnes mal logées.

 

Depuis l’après-guerre les conditions de logement s’améliorent nettement en France selon l’Insee. La taille moyenne des logements augmente et les conditions de construction et d’isolation progressent. Objectivement les Français sont donc nettement mieux logés qu’il y a quelques décennies.

Pour autant, quatre millions de personnes sont encore considérées comme mal logées par la Fondation Abbé Pierre dont 811 000 qui n’ont pas de domicile personnel et 91 000 vivent dans une habitation de fortune toute l’année.[1]

Ces chiffres recouvrent des réalités très différentes : logements minuscules, manque de confort avéré, incapacité à quitter le logement familial ou plus préoccupant encore : pas de logement du tout.

Comment les pouvoirs publics et les partenaires privés s’engagent-ils aux côtés des acteurs de terrain pour trouver des solutions concrètes ?

 

Le mal-logement : des réalités diverses 

Être « mal-logé » prend généralement trois formes différentes qui peuvent être cumulables.  

Premièrement, être mal logé, c’est vivre dans un habitat dégradé, de très mauvaise qualité : 2,4 millions de personnes sont concernées. Parmi elles, la plupart ne bénéficient pas des conditions de confort minimales pour vivre dans un logement décent : pas de coin cuisine, moyen de chauffage rudimentaire ou façade très dégradée quand ce n’est carrément pas d’eau courante, pas de douche ou pas de WC intérieur. Sont concernés également les gens du voyage et les personnes qui vivent dans des habitats de fortune, type cabane ou camping.

Deuxièmement, être mal logé, c’est manquer d’espace.
Selon l’Insee, un logement décent devrait être composé d’au moins une pièce pour le ménage (le séjour), plus une pour un couple (une chambre), plus une pour les célibataires de 19 ans et plus, une pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de sept ans, sinon une supplémentaire par enfant. Un logement qui ne répond pas à ces caractéristiques est dit « surpeuplé ». Le surpeuplement est « accentué » s’il manque deux pièces ou plus par rapport à la norme de peuplement de l’Insee. 934 000 personnes sont dans ce cas[2].

Troisièmement, être mal logé, c’est ne pas disposer de logement à soi. 143 000 personnes sont sans-abris ou vivent à l’hôtel, dans un hébergement social ou sont logées par une association. 643 000 personnes sont contraintes de vivre chez un tiers faute de pouvoir prendre son indépendance, dont un grand nombre de personnes de plus de 25 ans ou de personnes âgées de plus de 60 ans ayant connu un accident de la vie (deuil, problème de santé, etc.)

Il faut noter en plus que les personnes qui vivent dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les foyers de travailleurs et en prison ne sont pas compris dans ces formes de mal logement. Par ailleurs, on pourrait remettre en cause les critères du mal logement qui sont définis en termes de pièce par habitant et non en termes de superficie. Ainsi, une personne seule dans une minuscule chambre de bonne n’est pas comptabilisée comme « mal logée ». En parallèle de nombreuses personnes sans-abris continuent d’échapper aux radars du mal logement.

 

Un mal qui s’ancre dans le paysage social français 

Pourquoi malgré tous les progrès sociétaux, le mal logement persiste-t-il en France ?

Tout d’abord le logement coûte de plus en plus cher en France. La part du logement est passée de 11 à 25 % du budget des ménages entre 1960 et 2011 en raison de l’augmentation des loyers, notamment dans les grandes villes[3]

En parallèle, si les conditions globales de logement pour la moyenne des français s’améliorent, les inégalités s’accentuent aux extrémités. Le nombre de sans-domicile a augmenté de 50 % entre 2001 et 2012. Par ailleurs, le nombre de personnes de plus de 25 ans contraintes de revenir habiter chez leurs parents a augmenté de 20 % entre 2002 et 2013.[4]
Au contraire, les conditions de logement s’améliorent nettement pour les plus riches, capables d’accéder à la propriété.

De ces constats découlent des indicateurs inquiétants et des chiffres qui choquent : 143 000 personnes sans-domicile en France : c’est très peu par rapport aux années 1950, mais inconcevable compte tenu de notre niveau de vie actuel.

Par ailleurs, la Fondation Abbé Pierre dresse un constat peu optimiste pour l’avenir concernant la prise en charge de milliers de personnes qui sortent d’institutions sans solutions de logements. Qu’il s’agisse de jeunes majeurs de l’Aide sociale à l’enfance, de personnes sortant de détention ou d’hospitalisation psychiatrique, la plupart d’entre eux sont laissés pour compte lors de la fin de leur prise en charge. Ainsi, au moment où l’État tente d’un côté de reloger les personnes sans domicile, de l’autre il continue à créer de nouvelles exclusions tous les jours[5].

 

Que proposent les pouvoirs publics pour lutter contre ce fléau ?

Le 31 janvier 2017, le candidat Emmanuel Macron annonçait les grandes lignes de son programme consacré au logement des personnes défavorisées, suivant une ligne directrice proposée par la Fondation Abbé Pierre : le Logement d’abord. Il proposait des attributions HLM plus transparentes et mieux ciblées vers les plus précaires, la production de 40 000 logements très sociaux par an, la création de 40 000 places d’intermédiation locative et de 10 000 pensions de famille en 5 ans. Il lançait le 11 septembre 2018 le « Plan quinquennal pour le Logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme, 2018- 2022 ».

 
Des perspectives encourageantes dont il est encore trop tôt pour faire le bilan. La Fondation Abbé Pierre reste cependant sceptique quant aux réels effets de ce plan d’action dans son rapport 2019. Elle déplore « des objectifs modestes, sans moyens à la hauteur et portés par des équipes motivées mais rarement avec un portage politique au plus haut niveau ».

En parallèle, on constate également un manque de moyens des collectivités locales en matière de lutte contre l’habitat indigne comme en témoignait récemment l’effondrement en novembre 2018 de deux immeubles vétustes rue d’Aubagne en plein centre-ville de Marseille, faisant 8 victimes.

 

Et les mécènes dans tout ça ?

Nous ne disposons malheureusement pas de chiffres précis sur cette thématique-là. En effet, dans le baromètre Admical-CSA 2018, le mal-logement est compris dans la grande catégorie « social » qui regroupe la lutte contre l’exclusion et les discriminations, l’ac­cès au logement, aux transports et à la mobilité, l’inser­tion et la réinsertion sociale et professionnelle, l’accompag­nement vers l’emploi et le développement de l’égalité des chances. Malgré une baisse du nombre d’entreprises qui financent ce secteur, le budget qu’elles y consacrent reste le premier en France en 2017, devant la culture/patrimoine (25 %) et l’éducation (23%). Ce budget est notamment porté par les entreprises de taille intermédiaire et les grandes entreprises qui sont plus nombreuses que les TPE et PME à financer cette thématique sociale.

 

Quelques exemples concrets de lutte contre le mal-logement portés ou soutenus par des mécènes
 
  • La plateforme de crowdfunding les Petites Pierres lancée par la Fondation Somfy

« Le mal-logement est un sujet sur lequel la Fondation Somfy travaille depuis plusieurs années. Avec Les Petites Pierres, nous avons voulu aller plus loin dans notre engagement. Nous croyons en la générosité. Nous appliquons cette pensée de Confucius qui affirme que l’homme qui déplace une montagne commence par déplacer les Petites Pierres. » Vincent Defrasne, Directeur de la Fondation Somfy

La Fondation Somfy a souhaité réunir citoyens, entreprises et associations autour d'une plateforme de crowdfunding solidaire afin de leur permettre d'agir ensemble auprès des personnes vulnérables pour donner accès à un habitat décent au plus grand nombre. Les Petites Pierres démultiplient l'impact du don solidaire et permettent de venir en aide à toujours plus d'associations grâce à des milliers de donateurs et à l'abondement des entreprises. Ainsi, lorsqu’une association mène une campagne de crowdfunding sur lespetitespierres.org, elle bénéficie de la générosité du public dont chaque don est doublé par la Fondation Somfy ou l’un de ses partenaires tels que la Fondation Schneider Electric. La plateforme ne prélève aucun frais bancaire, ni aucune commission, afin de reverser l'ensemble des dons générés par les campagnes aux associations. Depuis sa création en novembre 2013, la plateforme a récolté 10 653 dons, permis de soutenir 195 projets et récolté 2 237 060 d’euros au profit des associations œuvrant pour le mal-logement.

 

  • La MAIF aux côtés des acteurs de terrain

Aux côtés de la Fondation MAIF qui apporte des connaissances issues du monde de la recherche sur les causes et les conséquences des risques de toutes natures encourus par les personnes, l’entreprise s’est également lancée dans le soutien aux associations qui œuvrent contre le mal-logement. Focus sur quelques-unes de ses actions.

Rangement, peinture, nettoyage… A Bordeaux, la MAIF accompagne la rénovation des logements de seniors qui souhaitent accueillir des jeunes gens. Un projet de cohabitation intergénérationnelle porté par l’association « Vivre avec » qui met en relation des étudiants ou de jeunes professionnels aux ressources modestes et des personnes plus âgées, souffrant de solitude. Elle les guide ensuite pour leur apprendre à bien vivre ensemble. L'essentiel des travaux a été réalisé par des structures locales œuvrant pour l'insertion professionnelle, avec la volonté d’impacter le moins possible l’environnement.

A Nantes, grâce à des travaux de peinture et à l'achat de nouveau mobilier pour les chambres, la MAIF a également soutenu la rénovation de la Maison de Coluche, un centre d’hébergement d’urgence géré par les Restos du Cœur. La maison accueille une trentaine de femmes et d’hommes isolés et en grande difficultés. Plus qu’un hébergement d’urgence, elle leur offre des services essentiels comme une laverie, un vestiaire ou encore l'accès à des outils informatiques. Elle organise aussi pour eux des ateliers (lecture, écriture, chant) et des services infirmiers.

Marion Baudin

@MarionBdin

 


[1] 24e rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre sur l’état du mal logement en France – 2019

[2] Observatoire des inégalités : Quatre millions de mal-logés : de quoi parle-t-on ?

[3] Observatoire des inégalités : Mal-logement aux racines de l’inquiétude

[4] Observatoire des inégalités : Mal-logement aux racines de l’inquiétude

[5] 24e rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre sur l’état du mal logement en France – 2019

 

 

 

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