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Les déplacés climatiques, un nouveau défi pour le monde

Expertise

Alors que les mécènes sont de plus en plus nombreux à investir le champ du soutien aux réfugiés, Admical se penche au travers d’un dossier spécial sur une autre facette de la question migratoire, c’est-à-dire celle des déplacés climatiques. Moins connus et pourtant tout aussi victimes, ils traversent aujourd’hui des situations d’urgence auxquelles la sphère publique mais aussi privée doivent répondre. Petit état-des-lieux de la situation.

 

De plus en plus de signaux montrent qu’une prise de conscience générale est en cours sur la problématique environnementale. Les grandes marches citoyennes se multiplient, les partis politiques écologistes remportent des victoires, les réflexes éco-responsables deviennent courants, les entreprises font évoluer leurs pratiques… Mais est-ce assez rapide et efficace face aux changements climatiques en cours qui affectent la vie de populations entières ? En effet, selon l’UNHCR[1], près de 26 millions de personnes sont déplacées par an à cause d’événements météorologiques extrêmes, dont trois quarts sont liés aux changements climatiques, et l’ONU estime à 280 millions le nombre de « réfugiés climatiques » en 2050.  Un constat inquiétant mais qui, pour autant, ne mobilise pas particulièrement les politiques et les médias. Changement climatique et flux migratoires constitueraient-ils un cocktail explosif et un sujet tabou sur lequel il vaudrait mieux ne pas s’exprimer ? Pour autant, n’y a-t-il rien à faire, notamment du côté des mécènes ?

 

Déplacés climatiques : les oubliés du droit international

Si un véritable travail juridique est engagé pour définir les lois concernant les réfugiés et demandeurs d’asile, il en est tout autrement pour les déplacés climatiques. En effet, la Convention de Genève signée en 1951 et toujours en vigueur définit le statut de réfugié comme « toute personne faisant l’objet d’une crainte bien fondée de persécution », excluant de fait les migrants liés aux bouleversements climatiques.

Pour répondre à ce flou du droit international, l’ONU propose en 1985 une première définition : « toute personne forcée de quitter son habitation traditionnelle d’une façon temporaire ou permanente à cause d’une dégradation nette de son environnement qui bouleverse son cadre de vie et déséquilibre sérieusement sa qualité de vie ». Ne faisant pas consensus au sein de la communauté internationale, cette définition n’aboutira à aucune application concrète.

Plus tard, le nouveau projet proposé par la Suisse et la Norvège, avec l’Initiative Nansen lancée en 2012 et adoptée en 2015 par 110 Etats, lance une nouvelle dynamique. Celle-ci définit un Agenda de Protection, c’est-à-dire des mesures permettant la meilleure prise en charge possible des déplacés climatiques. Pour sa mise en œuvre, une plateforme cogérée par les Etats signataires a été développée avec, parmi les objectifs affichés, la valorisation et l’appropriation par les pays des bonnes pratiques identifiées et la conceptualisation d’une approche globale des déplacements liés aux catastrophes et changements climatiques.

Bien que très positive, cette initiative ne constitue qu’une étape dans la prise de conscience générale, et notamment des politiques, de la nécessité urgente d’agir de manière concertée et cohérente pour l’environnement et pour une meilleure gestion des changements climatiques et de leurs effets. Preuve que le chemin est encore long, l’accord de Paris, pourtant considéré comme l’un des premiers textes substantiels en matière d’environnement, reste très vague sur le sujet et n’impose aucun objectif contraignant. Les pays signataires reconnaissent néanmoins la notion de justice climatique, c’est-à-dire que les pays du Nord et du Sud ont des « responsabilités communes mais différenciées » dans le changement climatique et que leurs « capacités respectives » à y faire face sont inégales. L’accord prévoit également qu’ « un appui doit être apporté aux pays en développement » par les pays les plus riches. En revanche, le texte exclut toute « responsabilité ou compensation » pour les pertes et dommages des pays les plus impactés par ces changements climatiques.

 

Des conséquences environnementales… mais pas seulement

Outre les conséquences directes sur l’environnement, le changement climatique a d’autres impacts considérables, notamment en termes économiques et politiques. En effet, il peut être la cause d’une aggravation de situations déjà précaires, notamment en Afrique subsaharienne, Asie du Sud et Amérique latine, les trois zones reconnues comme étant les plus impactées jusqu’à présent. Il peut également être à l’origine de nouveaux conflits, comme avec l’assèchement du Lac Tchad qui provoque des affrontements transfrontaliers. La disparition d’Etats insulaires pose aussi une réelle question : peut-on laisser des habitants devenir apatrides ? Et plus globalement, comment gérer des flux massifs de migrations ? Car si le cadre juridique actuel pour les « réfugiés classiques » est centré sur les individus, dans le cas des migrations liées au changement climatique, il est nécessaire de passer à une autre échelle en considérant des groupes et des populations entières.

Pour cela, les chiffres communiqués par l’ONU donnent un premier aperçu de l’ampleur du problème. Mais au-delà de la quantification, il reste difficile de qualifier toutes les personnes qui devront migrer pour survivre à ces changements. En effet, lorsqu’une île se retrouve sous les eaux et que ses habitants doivent trouver un nouveau lieu d’habitation, leur statut de déplacés climatiques semble évident. En revanche, qu’en est-il d’un éleveur africain qui, face à la raréfaction des eaux et ne pouvant plus nourrir son bétail, s’installe en ville pour essayer de trouver du travail et, ne réussissant pas à gagner sa vie, décide de tenter sa chance en Europe ? Doit-on le considérer comme un migrant économique ou climatique ?

 

De la nécessité d’une approche systémique : s’attaquer aux causes tout en accompagnement les exilés

On le voit donc, bien que dans certains cas la cause environnementale des migrations soit évidente, dans d’autres, il existe des motifs interdépendants qui rendent le phénomène plus complexe : il devient alors plus difficile de démêler les causes de départ pour isoler le motif environnemental. Cela prend du temps et exige une action commune de tous les Etats.

Ainsi, en attendant qu’un consensus politique se dessine, les entreprises mécènes s’engagent pour lutter contre le changement climatique et aider ceux qui en sont déjà victimes : accompagnement des exilés, soutiens de la recherche sur le climat, développement de l’agriculture durable, accès aux ressources naturelles, lutte contre la précarité énergétique, aides humanitaires en cas de catastrophes naturelles, etc…

 

 

Finalement, tous ces domaines sont liés au changement climatique et à ses conséquences, notamment migratoires… alors pourquoi ne pas communiquer directement sur ce thème ? D’abord car une entreprise mécène cherche à donner du sens à son engagement, que ce soit au travers de ses valeurs, de son histoire ou de ses activités. Ainsi, il est important de garder un axe clair permettant de cadrer la politique de mécénat, et il est plus aisé de le faire avec des domaines d’actions bien identifiés. Par ailleurs, cette question est si complexe et implique tellement d’acteurs qu’il est difficile d’avoir une vision claire de tous les enjeux pour communiquer correctement. Ainsi, même si elles ne le revendiquent pas, les entreprises mécènes jouent pour autant un rôle déterminant dans l’aide aux déplacés climatiques.

 

Diane Abel,

Responsable éditorial et des études

Pour aller plus loin :

Découvrez la Platform on Disaster Deplacement  créée suite à l’Initiative Nansen

 


[1] The Office of the United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR ; en français, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés)

 

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