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L’Ecole de la Philanthropie, ou comment mettre l’engagement à portée des enfants

Expertise

La dernière étude menée par France Bénévolat en juin dernier révèle qu’en 6 ans, le nombre de jeunes engagés dans des actions bénévoles est passé de 16 à 21 %. Cette croissance n’est qu’un exemple d’une tendance de fond chez les jeunes qui se réapproprient progressivement leur citoyenneté et souhaitent de plus en plus s’engager dans la vie de la cité. Mais qu’entend-on par « jeunes » ?

Alors que la plupart des études portent sur les générations en passe d’entrer dans la vie active ou récemment intégrées au monde professionnel (18-30 ans), il semble nécessaire de s’interroger plus largement sur la jeunesse, et notamment les enfants : comment éveiller dès le plus jeune âge le désir de s’engager ? Comment transmettre les valeurs de l’engagement pour éduquer les citoyens de demain ? C’est autour de ces questions que les Fondations Edmond de Rothschild et la Fondation de France ont créé l’Ecole de la Philanthropie afin d’accompagner les enfants dans la découverte de l’action philanthropique.

 

L’éducation et l’engagement, porteurs de valeurs similaires

Avant de se concentrer sur les implications de l’engagement chez les jeunes, il est important de se rappeler ce qui le définit. Initialement, l’engagement signifiait « mettre en gage, faire une promesse sur l’avenir ». Ainsi, dès l’origine, la notion de contrepartie est présente, et cette idée n’aura de cesse de progresser jusqu’à  la révolution industrielle, où on « engagera son capital ». La seconde guerre mondiale marque un tournant avec l’apparition de la philanthropie comme repère pour définir l’engagement ; les existentialistes iront plus loin dans leur approche, le définissant comme « un acte ou attitude d’une personne qui, prenant conscience de son appartenance au monde, abandonne une position de simple spectateur et met sa personne ou sa pensée au service d’une cause. »

Au regard de ces différentes définitions, il semble que l’éducation et l’engagement portent des valeurs similaires, telles que l’ouverture aux autres, l’empathie, ou encore les promesses sur l’avenir... Dans ce contexte, l’école apparaît comme l’institution la plus propice à favoriser l’épanouissement des citoyens de demain. Mais comment aller au-delà et préparer le terrain de l’engagement ? Celui-ci peut-il, à l’instar des savoirs de base, être enseigné ?

 

Apprendre le sens de l’engagement par la pratique

 Afin d’appliquer dans la vie les valeurs citoyennes enseignées à l’école, l’École de la Philanthropie propose un programme pédagogique organisé autour de deux axes que sont la sensibilisation et la mise en action de la philanthropie pour les enfants de 8 à 11 ans.

D’octobre à décembre, les enfants suivent un  premier parcours de sensibilisation, au cours duquel les enseignants et bénévoles de la Fédération de Paris de la Ligue de l’enseignement préparent des activités visant à découvrir et à comprendre la notion de philanthropie, et à faire prendre conscience aux enfants de certains enjeux, par exemple grâce au théâtre ou des quizz les poussant à mettre des mots sur leurs émotions. Une fois la notion de philanthropie intégrée, d’autres activités ont pour objectif de leur faire comprendre dans quels domaines la philanthropie a un rôle à jouer.

De janvier à mai, place à la mise en action ! Afin de soutenir un projet de manière cohérente et efficace, les élèves suivent un véritable parcours : discussions pour choisir la cause à défendre et le partenaire philanthropique, rencontres avec l’association, présentation du projet devant le reste de la classe, travail en équipe pour organiser le projet et établir un calendrier. En prenant à bras le corps le projet, les enfants sont poussés à être curieux de leur environnement et à porter un œil nouveau sur leur quartier en y incluant les problématiques sociales. Enfin, afin d’avoir une vision d’ensemble de leur action et mieux réaliser son impact, les élèves dressent le bilan de leur année qu’ils présentent ensuite lors de journées spéciales organisées par la Ligue de l’enseignement.

C’est donc progressivement, par étape, que les enfants s’engagent dans les projets philanthropiques, le bilan en fin d’année leur permettant de revenir sur ce parcours pour mieux saisir le sens de ce qui a été réalisé.

Ainsi, c’est a posteriori, à partir de leurs expériences, que les enfants peuvent exprimer ce que signifie pour eux la philanthropie.

 

« Sortir de sa bulle et agir », l’essence de la philanthropie

Pour en savoir plus sur ces philanthropes en herbe, nous avons rencontré lors du dernier Mécènes Forum Antoine et Alice, deux enfants participant au programme de l’école. Alors que les questions théoriques sur le sens de l’engagement leur paraissaient quelque peu obscures, c’est lorsqu’ils ont évoqué plus spontanément leurs actions avec les associations La Mie de pain  (qui accueille et répond aux besoins des personnes en situation de précarité ou d’exclusion sociale) et l’Eau est le pont (qui intervient pour multiplier les points d’accès à l’eau potable dans les villes) que nous avons compris que la philanthropie était bel et bien entrée dans leur vie.

Que signifie la philanthropie pour Alice ? « C’est quand on agit plutôt que de penser ». Et quand on lui  demande d’expliquer comment elle vit la philanthropie au quotidien, elle développe : « dans la cour, je me demande si j’ai fait une action philanthropique aujourd’hui. Et si mes copains en ont fait aussi. » Ainsi, le rôle qu’elle occupe dans la société et la relation aux autres sont deux aspects essentiels de l’engagement qu’elle expérimente inconsciemment. Antoine précise à son tour que la philanthropie, c’est « quand on ne reste pas dans sa bulle ». On voit donc que le fait de ne plus être simple spectateur mais acteur de la société est une valeur que les deux enfants portent avec enthousiasme, et que la philanthropie, du grec philanthropia « amour de l’humanité », est plus que jamais présente dans leur démarche.

 

Alors que l’engagement citoyen est une des nouvelles grandes problématiques de la société d’aujourd’hui, nous pouvons être optimistes concernant l’implication des futures générations pour porter des projets d’intérêt général. Le phénomène est déjà amorcé auprès de la génération Y, mais l’Ecole de la Philanthropie nous rappelle que cette conscience de l’autre, de la société et de ses propres capacités d’action sont des notions qui peuvent s’acquérir dès le plus jeune âge et qui constituent un véritable potentiel pour le développement de la philanthropie.

 

Diane ABEL

@Diane_Abel1 

 

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