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Le fait associatif au cœur des nouveaux métiers

Expertise

Sous l’effet d’une multiplicité de facteurs, le travail se transforme. Les acteurs du tissu associatif, et plus largement de l’intérêt général, sont confrontés à ces transformations, qu’il s’agisse de les intégrer dans les modèles de fonctionnement ou de les anticiper, voire d’être à l’avant-poste de leur émergence. Quelles sont les évolutions que l’on peut observer à grande échelle et comment se retrouvent-elles dans les associations ? Sur un autre versant, quels sont les signaux faibles observables en association qui en font des précurseurs de transformations ?

 

Mobilité et recomposition des compétences

La financiarisation de l’économie, l’accroissement de la concurrence avec l’ouverture des marchés  ou encore le passage à un capitalisme cognitif figurent parmi les facteurs de changements organisationnels du travail. Parmi les traits récurrents de ces transformations, la progression de la flexibilité conduit notamment, dans un double mouvement, à externaliser les activités et à encourager les mises en réseau entre structures. Le travail ne s’exerce par conséquent plus dans un lieu aux contours bien définis mais se situe à l’intersection de structures et d’activités. Pour les individus, ce phénomène se traduit par une porosité croissante entre vie privée et vie professionnelle, le travail s’effectuant en des lieux et contextes divers, avec une multiplication des zones grises.

Ces évolutions traduisent cependant une autre dynamique, celle de la recherche de sens au travail et plus largement dans les activités que l’on mène. Prise sous cet angle, la nouvelle articulation des temporalités est un outil pour concilier vie professionnelle, engagement, contraintes familiales… Le travail se pense comme une réalisation de soi : porteur de sens, revêtant une dimension d’utilité sociale peut devenir  un vecteur de l’engagement. De ce point de vue, les associations, en renouvelant leur modèle, sont pionnières de l’expérimentation d’un nouveau rapport au travail, qui passe par des logiques collaboratives de « faire ensemble ». 

Le numérique joue comme un accélérateur de ces évolutions. Avec le développement des plateformes il simplifie la mise en lien entre individus et entre structures et amplifie les phénomènes de mise en réseau des activités. Le développement d’une connexion permanente encourage également une plus grande porosité entre activités personnelles et professionnelles, ainsi que la structuration de nouveaux espaces de travail, avec la multiplication des espaces de co-working ou de tiers lieux. Il contribue également à la transformation des métiers.

Il importe donc de parler de recomposition des compétences, avec un rôle clef alloué aux compétences transversales, et la nécessité de favoriser la mise en place de véritables parcours d’apprentissages.

 

Adaptations et impulsions au sein du monde associatif

Avec cette dynamique d’évolution des métiers et de recomposition des compétences, un enjeu fort est à souligner pour les associations : celui de la valorisation de l’emploi non-marchand dans nos sociétés. Les emplois de l’ESS sont en effet appelés à jouer un rôle structurant dans les années à venir, à la fois en tant que garant du lien social et par son inscription au cœur des dynamiques de transformation du travail.

Dans les années à venir, les métiers dit du care, ainsi que les métiers de la médiation et de l’accompagnement sont appelés à jouer un rôle important. En effet, la mobilité des personnes oblige à les doter d’outils, d’une écoute et de ressources pour les rendre à même de construire leur parcours sans en subir les soubresauts, au niveau professionnel en premier lieu, et par extension dans leur formation, mais aussi dans d’autres dimensions (santé, engagement…).

Les activités déployées par les associations, qui outillent et accompagnent les individus dans leur parcours, pour développer leurs capacités mais aussi leur permettre de faire face aux aléas, jouent donc un rôle sociétal de premier ordre. Elles sont par conséquent conduites à se professionnaliser davantage encore, y compris au niveau de leurs fonctions supports, lesquelles jouent un rôle de plus en plus stratégique.

Le développement de la professionnalisation au sein des associations est également le signe de leur capacité à faire émerger de nouveaux métiers et de nouvelles pratiques. A l’avant-poste des mutations sociales, à même de détecter les besoins émergents et d’expérimenter des réponses innovantes, les associations jouent un rôle de défricheur. Elles sont ainsi conduites à structurer des activités émergentes comme un métier.

Ces évolutions interrogent directement la nature du bénévolat. Des missions autrefois dévolues à des bénévoles se voient confiées à des professionnels, tandis que le bénévolat peut être vu comme un temps de formation, de mise à l’épreuve d’un projet, s’inscrivant dans le parcours et la construction de soi d’un individu.

Ces évolutions nous invitent également à repenser la place du travail. Au-delà de la conception qui l’assimile à l’emploi et le désigne comme exercice d’une activité rémunérée dans la sphère économique, ne doit-il pas être valorisé comme une participation à la société ? Le travail domestique, le bénévolat, les aidants, le volontariat devraient alors être mieux pris en considération, pour contribuer à une meilleure reconnaissance de l’apport de chacun à la société

Les mutations du travail se signalent donc en premier lieu par une recomposition des compétences, qui pousse à une évolution du contenu des métiers et une adaptation en conséquence des individus. Dans ce contexte, les associations ont une place centrale, tant parce qu’elles apportent des réponses aux fragilités nouvelles dont est porteur ce contexte de transformation que parce qu’elles permettent d’expérimenter des façons de faire nouvelles. Elles sont également un lieu privilégié pour concilier valeurs et trajectoire professionnelle. Dans un contexte où les finalités des entreprises dites classiques sont appelées à être redéfinies, notamment en vue de l’amélioration de la prise en compte de l’ensemble de ses parties prenantes, elles pourraient se trouver bousculées davantage encore ou, au contraire, reconnues dans leur rôle d’éclaireur dans la capacité à concilier sens et professionnalisme.

 

   Par le comité éditorial de la Tribune fonda 236

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