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L’art de la stratégie à l’ère des ODD

Expertise

Dans le cadre de la plateforme « L’innovation territoriale en actions ! », le laboratoire de recherche Le RAMEAU a présenté ses enseignements en mai dernier sur la stratégie, dans le cadre d’un webinaire. Retour sur les points saillants de cet éclairage, plus que jamais d’actualité, à l’aune de la nature des enjeux à adresser pour chaque organisation, publique et privée, du niveau local à international.

Le monde est en profonde transformation. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter les Objectifs du Développement Durable (ODD), signés en 2015 aux Nations Unies. Ils donnent un cap collectif dont la lecture permet à elle seule d'appréhender l'ampleur systémique des mutations à engager.

Au plus haut niveau, les acteurs politiques et économiques se mobilisent autour des enjeux sociétaux, environnementaux, sociaux et économiques auxquels ils sont confrontés. Pour la première fois dans le cadre d’un G7, c’est à Biarritz que le Président de la République Emmanuel MACRON a conduit ce sommet sous le signe des ODD, avec la lutte contre les inégalités en thématique transversale. Il portera la « feuille de route » pour la France le 25 septembre prochain à l’ONU.

Côté entreprises, le G7 a été précédé de l’officialisation d’engagements de grandes entreprises, sur le plan national et international, pour agir, en particulier sur le plan sociétal et environnemental. En France, cette dynamique est particulièrement active, avec des initiatives comme le « Collectif des entreprises pour une économie plus inclusive en France », créé le 18 décembre 2018, qui regroupe plus de 30 grandes entreprises désireuses de mettre leur puissance économique au service du progrès social et sociétal.

Afin que la dynamique valorise aussi les initiatives de territoires, le mouvement « 10% pour tout changer » a été initié le 10 juillet dernier. C’est aussi à l’initiative du Gouvernement Français que le sommet « Pact for Impact » a rassemblé des représentants de plus de 50 pays, engagés dans une alliance mondiale pour l’économie sociale et inclusive, le 10 et 11 juillet dernier à Paris.

Le contexte actuel invite ainsi les organisations à faire évoluer leur stratégie en adressant une vision systémique des enjeux économiques, environnementaux, sociaux et sociétaux, pour conduire le changement sur l’ensemble de leurs territoires d’intervention, de l’échelle locale à internationale.

Comment faire concrètement ? Il revient à chacun de comprendre comment il est impacté. Face à l'accroissement des besoins sociétaux d'une part, et à la raréfaction des ressources d'autre part, une chose est certaine : toutes les organisations publiques et privées sont concernées. Celles qui n'anticipent pas ces changements sont appelées à disparaître rapidement. 


Comment anticiper les évolutions ? Comment innover pour mieux répondre aux besoins émergents ? Comment conduire le changement nécessaire ? Voilà les questions qui relèvent de la démarche stratégique. C'est dans les moments de bouleversement que l'art de la stratégie révèle toute sa puissance.

Aux côtés de l'art du politique (savoir décider) et de l'exécution (savoir mettre en œuvre), celui de la stratégie est de prendre du recul pour mieux se projeter. Il permet de s'écarter de la tension de l'aujourd’hui pour définir un avenir souhaitable.

 

Le positionnement de la stratégie

La stratégie permet une triple distanciation :

  • Par rapport à son action : est-elle pertinente ? Répond-elle aux besoins émergents ? Au-delà de la performance, c'est au travers de la capacité à anticiper les besoins qu'une organisation est durable.
  • Par rapport à son positionnement : quelles en sont les spécificités ? En quoi la valeur ajoutée est-elle durable pour l'écosystème ? Comment s'appuyer sur la force des autres pour faire effet de levier ? Connaitre sa "juste" place dans l'écosystème est structurant.
  • Par rapport à une temporalité adaptée : se projeter c'est être capable de ne pas rester limité aux freins actuels et aux pratiques historiques pour être capable d'imaginer d'autres solutions et moyens à mobiliser. Le temps est un allié ... si on sait anticiper !

En synthèse la stratégie est à l'amont de l'action ce que l'évaluation est à son aval. Elle interroge les mêmes indicateurs de résultats et permet un regard à 360° sur l'organisation.

 

Les indicateurs de résultats

Fort d'une démarche structurée (cf.infra), la stratégie permet de définir un CAP qui donne une cohérence à l'action, et permet de mobiliser les énergies nécessaires à la réalisation des objectifs. Fixer un CAP, c'est se redonner du sens, à la fois en tant que direction et en tant que valeurs pour sécuriser un avenir souhaitable.

Pour bien comprendre l'art de la stratégie, il convient de souligner qu'il ne s'agit pas simplement de poser une ambition, mais bien d'accompagner le changement nécessaire à sa réalisation. Plus le changement est grand, plus la stratégie est nécessaire. Pour la conduire habilement, il est utile d'en connaître les 7 forces du changement (cf. schéma).

 

Les 7 forces du changement

Comment réussir à incarner cette vision stratégique et à mener le changement nécessaire, en articulant ces 7 forces, véritables leviers structurants ? Si la stratégie est un formidable outil de mobilisation, c'est aussi un exercice complexe. Il ne s'agit pas simplement "d'afficher" un cap pour être suivi. Bien au contraire, la stratégie doit être crédible et étayée pour donner du sens.

Dans le domaine de l’engagement sociétal, c’est sur les territoires que se joue la Recherche & Développement nécessaire à la rénovation de nos modèles. Il est stratégique de suivre les expérimentations des pionniers. Finissons donc par quelques exemples.

A Lyon, l’industriel et philanthrope Alain Mérieux a initié le 31 janvier une dynamique collective inédite en faveur des sans-abris et des plus fragiles : L’Entreprise des Possibles. Elle innove en mutualisant des ressources humaines, immobilières et financières de ses entreprises membres, notamment grâce au mécénat, au service d’associations engagées dans la lutte contre l’exclusion. Avec une capacité d’agir renforcée pour mettre en œuvre un projet d’une telle ampleur.

Dans les Hauts-de-France, André Dupon pilote le groupe Vitamine T, qui concilie depuis 40 ans la performance économique avec l’exigence d’insertion sociale, expérimentant de nouvelles formes d’insertion. Aujourd’hui, Vitamine T emploie 3 500 personnes dans ses 18 filiales et réalise un chiffre d’affaire annuel de 80 millions d’euros.

Ces exemples montrent comment les acteurs économiques contribuent aux enjeux sociétaux. Plus que jamais au moment où la France s’engage au travers de sa « feuille de route » sur les ODD, c’est une bonne nouvelle à partager pour inviter chacun à revoir sa stratégie en y intégrant de nouvelles formes d’alliances au service du bien commun !

 

Charles-Benoît HEIDSIECK, Président - Fondateur du RAMEAU

Yann ULLIAC, Directeur de l'Observatoire des partenariats - Le RAMEAU

 

 

 

 

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