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L'arrivée des entreprises altruistes

Expertise

Vincent Auriac, Président d'Axylia
Les causes à défendre n’ont jamais été aussi nombreuses et leur coût ne cesse de grandir au moment où la puissance publique, surendettée, a de plus en plus de mal à les financer. Les entreprises altruistes apportent de nouvelles solutions pérennes en pratiquant une philanthropie intégrée au modèle économique.

 

La vision de jeunes patrons engagés

L’année 1985 aux Etats-Unis a été propice à deux initiatives d’envergure. A 35 ans, Ben Cohen et Jerry Greenfield, fondateurs de la société Ben & Jerry’s, décident d’attribuer 7,5% de leurs profits annuels à leur fondation. Yvon Chouinard, fondateur de Patagonia (vêtements de plein air) décide de soumettre son entreprise à une « taxe pour la planète » en finançant la préservation des espaces naturels et de la biodiversité. En 2002, il crée le mouvement « 1% pour la Planète ». Aujourd’hui, avec près de 1300 entreprises adhérentes présentes dans 40 pays,  ce sont 23 millions d’euros qui sont versés annuellement à 400 associations. Avec un réseau majoritairement composé de TPE mais soutenu par des grandes entreprises, la France est le pays le mieux représenté après les Etats-Unis. Le montant annuel de leur financement atteint les 3 millions d’euros.

En 1999, à San Francisco, Marc Benioff crée à 35 ans la société Salesforce (logiciels de relation client) et le même jour la fondation éponyme, alimentée par le modèle « 1-1-1 » : 1% des ventes, 1% du temps des salariés et 1% des actions de la société destinés aux associations. Au bout de 17 ans, ce sont in fine 160 millions $ qui leur ont profité. En 2014, dans une attitude très américaine, Marc Benioff lance le «  Pledge 1% » en invitant les sociétés du secteur de la technologie à prolonger son action. Le modèle commence à s’exporter en Australie. Pour Amy Lesnick, responsable du «  Pledge 1% », l’ambition ultime est de « ne plus exister dans 15 ans car cette philanthropie sera devenue aussi commune que l’attribution d’actions à ses futurs employés. »

 

Une accélération avec l’arrivée du digital

Fin 2016, 1300 sociétés font partie du « Pledge 1% », un chiffre qui a doublé en un an. On approche les 3000 avec le « 1% pour la Planète », sans compter toutes celles qui n’adhèrent à aucun réseau. Axylia est depuis toujours engagé dans l’innovation pour accroître les moyens de financement des associations et fondations. Depuis deux ans, Axylia a lancé un appel à projets pour trouver les Bénioff et les Chouinard français. Nous avons pu dresser plusieurs constats. Les porteurs de projets ont tous entre 18 et 35 ans ! Ils sont désireux de partager la richesse économique, en quasi temps réel sans attendre la retraite. Nous avons aussi observé que ces entreprises fondaient très souvent leur développement sur le digital. Il devient très facile d’introduire un « mécanisme altruiste » lors de la transaction avec le client. Enfin, cette nouvelle philanthropie intégrée est surtout le fait de startups.

 

Une mathématique bienveillante

Nous avons également observé que les entreprises altruistes surfaient sur les nouvelles tendances de consomm’action et d’engagement (très proches de certains plaidoyers associatifs).  

Au sein du « 1% pour la Planète », les succès français (présents aux Ateliers organisés par Axylia le 15 juin) ne manquent pas : Caudalie, Léa Nature, Triballat, ou encore Recyclivre, un lauréat de nos Awards 2016, qui appartient à l’économie circulaire : la société revend sur internet des livrés récupérés chez l’habitant ; depuis 9 ans, 700 000 € ont déjà été reversés à des associations.

Souvenons-nous de nos cours de mathématique de seconde. Un don de 10 000 € atteint 61 917 € par an au bout de 10 ans s’il est assis sur un indicateur qui croit annuellement de 20% ! C’est déjà le rythme de croissance du marché de la « bio » en France ! Pour Salesforce, la croissance annuelle des ventes a même été de 60% depuis la création en 1999, soit un facteur 1000 !

 

Une nouvelle approche du mécénat

Avec une diminution des subventions publiques de 17% en six ans, il devient risqué pour le secteur non-lucratif d‘asseoir son financement sur le seul secteur public. Nous avons la conviction que les entreprises altruistes sont appelées à un considérable essor, eu égard à la simplicité du mécanisme. Il est même indolore quand, comme le recommande Marc Benioff, il est intégré dès la création de l’entreprise. Il s’en créé 550 000 par an en France ! Et les Français désireux de s’engager dans la voie de l’entrepreneuriat n’ont jamais été aussi nombreux… Le temps de l’entrepreneuriat altruiste est venu.

 

 Vincent Auriac,

Président du cabinet Axylia

Le Pledge 1%, un engagement des acteurs de la philanthropie intégrée

Les sociétés technologiques Salesforce, Atlassian et Rally partageaient l’expérimentation de la philanthropie intégrée depuis plusieurs années. En 2014, elles s’allient pour former le Pledge 1% (dont elles financent le fonctionnement) et étendre son impact dans le monde. C’est aussi un site internet où figurent toutes les informations pour s’engager sur le don de produits, de temps de ses salariés ou d’actions. Les salariés veulent désormais travailler en cohérence avec leurs valeurs citoyennes et dans des entreprises qui ont un impact positif sur le monde. Comme le dit Marc Benioff fondateur de Salesforce : « Les entreprises peuvent faire plus que gagner de l'argent, elles peuvent servir les autres ».

 

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