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L’alliance association-entreprise-pouvoirs publics comme norme pour construire le monde d’après

Expertise

A l’occasion de la remise du rapport parlementaire sur les alliances dans les territoires à Gabriel Attal le 7 mai, Catherine Gineste, déléguée régionale Admical en Provence-Alpes-Côte d’Azur, a recueilli le témoignage de la députée Cathy-Racon Bouzon, co-autrice du rapport.

 

Vous avez récemment rendu votre rapport parlementaire sur les alliances au service de l’intérêt général sur les territoires. Quels en sont les principaux enseignements ?

La mission conjointe confiée par Gabriel Attal à la fois à Charles-Benoît Heidsieck, Président-Fondateur du Rameau, et moi, a été l’occasion pour nous d’associer un volet académique, une méthode exigeante et une observation des bonnes pratiques menées dans les territoires grâce à des déplacements terrain.

Comment les acteurs publics et privés font alliance au service du bien commun ? Comment envisager une modélisation pour essaimer ce phénomène d’alliance qui se développe depuis plusieurs années ? Ce sont les questions qui ont guidé nos échanges et nos réflexions.

La mission s’est achevée dans le contexte particulier du Covid. Nous avons été frappés de constater que nos intuitions et conclusions s’exprimaient pleinement avec la crise que l’on vivait. Le réflexe « alliance » que nous défendons a été mis en œuvre par de nombreux acteurs.

La crise a non seulement éveillé les consciences sur la nécessité de repenser notre société, mais elle a aussi et surtout révélé que l’entraide et la collaboration émergent avec une grande spontanéité dès lors qu’une épreuve apparait.

Mobiliser des forces unies, cela va plus vite ! Les différents acteurs l’ont bien compris.

 

Vous êtes députée des Bouches du Rhône, où en est-on des partenariats associations-entreprises dans votre département ? Quelles illustrations d’alliances pouvez-vous nous donner ?

Pour répondre à l’urgence, un travail collaboratif très impactant entre associations, entreprises et pouvoirs publics a été mené par plusieurs structures.

Je pense notamment aux actions de l’association Fask (association des couturiers solidaires), qui a réussi à fédérer plus de 800 bénévoles pour coudre blouses et masques en partenariat avec les Hôpitaux de Marseille, la CCIMP et les entreprises locales.

Grâce à la mobilisation de plusieurs acteurs dont Nouvelle aube, Médecins du Monde, Yes we camp et Just, Marseille solution, des hôpitaux de Marseille et du Club Immobilier Marseille - Provence notamment, une mission d’urgence d’aide aux SDF, aux personnes vivants dans des squats ou des bidonvilles s’est montée en quelques jours au Village Club du Soleil de la Belle-de-Mai à Marseille (Bouches-du-Rhône). Sous le contrôle sanitaire de l’ARS et avec le financement de la Direction départementale de la cohésion sociale s’est créé de toute pièce un dispositif complet d’accompagnement : identification des besoins, accompagnement médico-social, fourniture de repas. Au final, cette innovation sociale a permis de mettre à l’abri plus de 120 personnes.

 

Dans les conclusions de votre rapport, quelles recommandations formulez-vous au Gouvernement ?

Nous avons invité le gouvernement à fixer un cap sur les 10 prochaines années pour faire de l’alliance la norme du modèle de société durable de demain.

Les objectifs de développement durable (ODD), signés en 2015, donnent aux Etats signataires, dont la France fait partie, la marche à suivre pour répondre à tous les défis sociétaux. Ils constituent une véritable boussole. L’ODD17 que nous évoquons beaucoup dans le rapport définit quant à lui la méthode pour encourager et mettre en place les partenariats entre acteurs publics, privés et la société civile. Nos recommandations renforcent notre capacité à atteindre, plus rapidement, cet ODD.

Nous partons d’un constat simple : aucun problème social ou écologique ne peut être résolu par un acteur isolé. En découle notre matrice : seul un travail collaboratif et pérennisé dans le temps est gage d’efficacité. Nous avons donc encouragé un plan de relance par l’ODD17 en développant le Collective impact sur les territoires.

 

Concrètement comment faciliter la rencontre entre ces différents mondes ?

Co-construire un projet commun passe en premier lieu par éviter les rapports de forces, ôter les freins politiques, culturels, les préjugés afin de rendre pérenne toute action dans le temps. Les asymétries entre les différents acteurs doivent s’harmoniser en définissant leur rôle et leur place dans l’alliance. Concrètement, l’agilité et la proximité avec le terrain de l’association et l’apport financier et humain de l’entreprise sont des forces à mettre en synergie, au même titre que toutes les autres compétences de ces deux acteurs. Les pouvoirs publics doivent quant à eux se réinventer, développer une contribution autre que celle de la subvention. A elles de faciliter l’alliance, coordonner sur les territoires et former les fonctionnaires et élus.

Nos recommandations portent sur 4 chantiers qui se déclinent en 21 propositions d’actions :

 

  1. Développer une plateforme grand public du « Collective Impact » à la française pour mettre en résonnance tous les acteurs

La plateforme numérique « Jeveuxaider.gouv.fr » serait un lieu central digital de mise en relation des porteurs de projets et des bénévoles mais aussi un repère en termes d’outils et de méthodes pour construire un partenariat. Renforçons cette dynamique par une grande campagne de communication nationale.

La promotion de l’engagement collectif doit aussi s’organiser sur le territoire avec une équipe de référents publics, la « Brigade du Collective Impact », qui anime la plateforme besoins, aide à évaluer les besoins en bénévoles et en financement et favorise l’émergence d’alliance à travers des rencontres.

 

  1. Programme national d’investissement sur les territoires pour la transition ODD17

Favoriser, catalyser l’émergence de nouvelles alliances, cela se fait en priorité sur les territoires. A l’échelle d’une commune par exemple, on identifie un besoin et c’est ensuite en collectif que la réponse à y apporter est pensée et mise en œuvre. 

Facteur de réussite important : financer l’ingénierie et l’animation de l’alliance, qui doit être pilotée par des personnes compétentes en gestion de projets collaboratifs.

 

  1. Plan d’Éducation et de formation à l’engagement

Pour construire le « Monde d’après », il faut apprendre à penser et faire autrement. Il est fondamental d’intégrer la culture de l’engagement collaboratif dans les programmes, à l’école et jusque dans l’enseignement supérieur. Mais cette culture doit être diffusée partout pour instaurer un vrai changement de paradigme : dans l’entreprise et l’administration, toute pratique favorisant l’envie d’agir ensemble devra être encouragée (place de la RSE, mécénat ou bénévolat de compétences).

 

  1. Elaboration d’un Droit de l’alliance

L’objectif est de faciliter au maximum toute démarche partenariale tout en permettant d’innover pour sécuriser le modèle. En ce sens, je travaille sur une proposition de loi à l’automne 2020 prévoyant notamment un droit d’expérimentation partenariale (dérogations au droit commun), une charte de l’alliance pour la faire perdurer, un contrat type, un protocole national pour promouvoir les alliances et diffuser les bonnes pratiques à destination des professionnels du droit et du chiffre.

Gabriel Attal a été sensible à ces recommandations et travaille sur les mesures gouvernementales à lancer pour les impulser ou les appuyer.

 

Une nouvelle Fondation vient d’ailleurs d’être lancée à Marseille : quelle est son ambition ?

La Fondation de Marseille est née en février 2020, fondée par 4 entrepreneurs. Son activité s’est vivement accélérée pendant la crise. En lançant un appel aux dons avec #MarseilleSolidaire, plus de 200 donateurs (particuliers et entreprises) se sont mobilisés. 230.000 euros levés en faveur de 13 projets. Des actions menées auprès des acteurs de terrain recensés par la Fondation de France, qui abrite l’initiative. Elle est d’ailleurs originale, au service des marseillais, et développe des sources de collecte très variées : de la course solidaire « Corniche Défi » au concert avec le rappeur Alonzo. La Fondation de Marseille inscrit son action en complément des actions et dispositifs publics, l’idée étant d’agréger les acteurs économiques et de dialoguer avec les pouvoirs publics afin de se rapprocher encore plus des problématiques terrain de notre ville. Cette co-construction permettrait, qui sait, de créer tous ensemble de nouveaux dispositifs d’innovation sociale.

 

Selon vous quels sont les prochains défis à relever pour que le mécénat se développe encore davantage dans le secteur ?

Malheureusement le secteur associatif a beaucoup souffert de la période de confinement et de nombreuses structures nous font part d’une baisse des dons. Il faut les soutenir, leur rôle dans notre société est fondamental, et elles l’ont une fois de plus prouvé pendant la crise. Pour stimuler la générosité, j’ai déposé un amendement à la 3e loi de finance rectificative pour 2020, visant à aligner le régime classique des dons sur celui de Notre-Dame : portons à 75% la réduction d’impôt pour les dons allant jusqu’à 1000€ et versés d’ici la fin de l’année. La générosité a toute sa part dans le contrat social de notre pays, il est nécessaire aujourd’hui d’être à la hauteur de cet enjeu de solidarité.

 

Propos recueillis par Catherine Gineste,

déléguée régionale Admical en Provence-Alpes-Côte d'Azur

 

>> Retrouvez les détails des publications du rapport ici

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