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La pratique de l'impact investing : études de cas

Expertise

Dans un article précédent, Pauline Boulanger, déléguée générale adjointe de l’Impact Invest Lab nous faisait découvrir dans le Mag les richesses du monde de l’impact investing. Après la théorie, place à la pratique avec des exemples d’entreprises qui ont franchi le pas.

Plusieurs voies sont possibles pour mettre en œuvre un plan d’investissement à impact. Les exemples présentés ci-dessous illustrent cette diversité.

 

Comme Schneider Electric, en créant son propre fonds d’investissement à impact

Schneider Electric fait partie des grandes entreprises françaises qui ont créé leur propre fonds à impact. Il s’agit en l’occurrence du fonds Schneider Electric Energy Access (SEEA), qui est un volet du programme pour l’Accès à l’Energie au sein de la stratégie de développement durable de l’entreprise. SEEA soutient des petites et moyennes entreprises (PME), à travers le monde, qui proposent des solutions innovantes d’accès à l’énergie. La stratégie d’investissement du fonds est donc alignée avec le cœur de métier de l’entreprise.  Des synergies peuvent ainsi aisément voir le jour entre Schneider Electric et les organisations dans lesquelles SEEA investit. Quand cela s’avère pertinent, SEEA peut mobiliser des salariés de Schneider Electric pour accompagner les entreprises financées par le fonds.

Le fonds SEEA est alimenté par une dotation initiale issue des résultats de Schneider Electric et le plan d’épargne salariale solidaire auquel peuvent souscrire les salariés (également abondé par l’entreprise). Le plan d’épargne salariale solidaire prend la forme d’un fonds 90/10 : 90% (maximum 95%) du fonds sont investis dans des actifs ISR cotés et 10% (minimum 5%) du fonds sont des investissements à impact non cotés, ou solidaires – c’est cette deuxième part (10%) qui alimente SEEA. Le fonds 90/10 est labellisé Finansol.

Schneider Electric est également investisseur dans un second fonds à impact de 75M€ : Energy Access Ventures (EAV), aux côtés de CDC Group, le DFID, la BEI, FISEA-PROPARCO, l’OFID et l’AFD-FFEM. Il investit en fonds propres, quasi fonds propres et en prêts dans des PME porteuses de solutions d’accès à une électricité sobre en carbone et à bas coût pour les populations rurales et périurbaines en Afrique Sub-Saharienne. EAV est géré par Aster Capital.

 

Comme Accenture, en investissement directement via sa fondation

Accenture a expérimenté l’investissement à impact au travers de sa fondation. Créée en 1996, la fondation Accenture a pour mission de favoriser l’accès à l’emploi et l’entrepreneuriat et d’impulser l’innovation sociale. Son principal levier d’action est le mécénat de compétence : elle mobilise 5000 jours de mécénat par an. Un quart des collaborateurs français participent à des missions pour des associations. La fondation développe également des partenariats avec des entreprises sociales, et va même jusqu’à proposer des offres de services conjointes avec elles à certains clients.

C’est suite à la rencontre avec le Groupe Ares, spécialisé dans l’insertion par l’activité économique, que la fondation Accenture est devenue investisseur à impact. Les deux structures ont créé la première joint-venture sociale : Acces Inclusive Tech, une entreprise d’insertion dans le domaine du numérique. La fondation Accenture a apporté 34% des parts, le Groupe Ares 51% et Investir&+, un fonds à impact, a complété le tour de table pour 15%. Au-delà de l’entrée au capital, la fondation est engagée à de possibles apports supplémentaires en comptes courants d’associés pour financer la croissance de l’entreprise. La fondation participe également au comité stratégique de l’entreprise et suit de près non seulement sa santé financière mais surtout son impact en faveur des salariés en insertion. Le rôle de la fondation est clé dans la mise en réseau pour le développement de la structure mais également pour l’identification de débouchés pour les salariés dans les métiers du numérique, grâce notamment à l’appui du services ressources humaines d’Accenture. A ce jour, Acces Inclusive Tech a recruté 100 salariés en insertion et a atteint un taux de sorties positives de 71%.

L’étude iiLab-CFF-Simandef de 2019 sur le Rôle des fondations et des fonds de dotation dans l’investissement à impact social en France présente les possibilités en termes d’investissement à impact pour les fondations et détaille le cas Accenture évoqué ci-dessus.

 

En investissant dans un fonds à impact

Il existe différents gestionnaires de fonds à impact en France, certains, comme INCO, se consacrent aux fonds 100% dédiés à l’impact, d’autres gèrent des fonds hybrides, à l’instar des fonds solidaires 90/10 (90% ISR coté, 10% à impact non coté). Toute entreprise cherchant à développer une activité d’investissement à impact peut également souscrire à un fonds, qui lui-même investira dans des projets à impact positif. Les entreprises ne disposant pas de véhicule propre (ex : fonds, fondation – cf. exemples ci-dessus) peut ainsi passer par intermédiaire, qui se chargera de réaliser les investissements. Cette option présente également l’avantage pour l’entreprise d’investir dans un portefeuille diversifié d’organisations à impact positif. La réglementation prévoit par ailleurs qu’au moins un fonds solidaire 90/10 doit être proposé aux salariés bénéficiant d’un plan d’épargne salariale ou retraite, et c’est donc souvent l’épargne des salariés, parfois abondée par l’entreprise elle-même, qui se trouve en partie investie avec de l’impact.

Parmi les différents investisseurs dans son fonds INCO Investissement, on retrouve majoritairement des entreprises du secteur financier, gérant des fonds d’épargne salariale solidaire, mais également Thalès. L’un des fonds d’épargne salariale solidaire de Thalès (géré par Humanis) investit dans le fonds INCO Investissement. Il est également possible pour une entreprise de souscrire à un fonds d’impact via d’autres ressources financières internes.

Une entreprise peut également choisir, non pas de souscrire à un fonds aux côtés d’autres souscripteurs, mais d’allouer une enveloppe qui formera à elle seule un fonds (à condition que le montant soit relativement élevé) et d’en confier la gestion à un gestionnaire expérimenté en matière d’investissement à impact. C’est ce qu’a choisi de faire Aviva avec son fonds Aviva Impact Investing France (40M€) dont la gestion a été confiée à INCO. Les thématiques d’investissement sont choisies avec Aviva, dont plusieurs collaborateurs sont mobilisés au sein du comité d’investissement. Aviva est bien évidemment une entreprise du secteur financier mais l’initiative est tout à fait réplicable pour des entreprises d’autres secteurs. 

 

Le point de vue du Conseil en philanthropie de BNP Paribas Wealth Management sur les attentes des clients philanthropes

BNP Paribas Wealth Management accompagne les grandes fortunes individus dans leur gestion patrimoniale. BNP Paribas Wealth Management propose une stratégie « Positive Impact Solutions » qui se décline en solutions philanthropie et investissements responsables, comprenant, entre autres, l’investissement à impact. Des opportunités d’investissements à impact peuvent ainsi être identifiées en fonction des priorités et des attentes des clients, à la fois en termes d’impact recherché, de rentabilité souhaitée et de profil de risque.

L’investissement à impact est également étroitement lié à la stratégie philanthropique qui peut être mise en place par les clients. En effet, certains individus ou familles créent une fondation (ou un fonds de dotation en France) pour mettre en œuvre leur stratégie philanthropique. Dans ce cas, il est intéressant de réfléchir à l’allocation d’une partie de la dotation (qui a vocation à être placée pour générer des revenus qui seront distribués sous forme de dons) à des investissements à impact, en lien direct ou indirect avec la mission sociale de la structure philanthropique créée. Cette pratique particulièrement répandue dans le monde anglo-saxon, mais elle est également tout à fait possible en France, comme précisé dans l’étude iiLab-CFF-Simandef sur le Rôle des fondations et des fonds de dotation dans l’investissement à impact social en France.

De manière générale, pour les particuliers qui désirent agir en faveur du développement durable ou contribuer à une ou plusieurs activités à fort impact social ou environnemental, l’investissement à impact peut constituer un outil pertinent, complémentaire à leurs actions philanthropiques, pour aligner leur patrimoine avec leurs valeurs.

> Retrouvez l'article de Pauline Boulanger, "Investissement à impact : de quoi s'agit-il et comment procéder", ici.

 

 

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