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La Blockchain au Service de l’Humanitaire

Expertise

Face à une diminution des ressources et à une augmentation croissante des besoins, associations et mécènes réfléchissent à de nouvelles méthodes pour financer des projets. Parmi elles, l’utilisation de la blockchain. Encore peu répandue dans le cadre de la philanthropie, cette technologie offre pourtant de nouvelles opportunités et constitue une nouvelle voie pour trouver des fonds. L’entreprise IBM apparaît comme précurseur en la matière. Décryptage.

La blockchain est une technologie que l’on retrouve au cœur de la cryptomonnaie Bitcoin. Elle existe depuis 2008 et pourtant son succès commence à peine à se constater auprès du grand public.

La blockchain est un système sécurisé de stockage et d’échange d’informations. C’est une base de données, partagée avec l’ensemble de ses utilisateurs, surtout dans le cadre d’échange de monnaie virtuelle.

Mais depuis quelques années, l’utilisation de la blockchain se diversifie, notamment au profit d’actions d’intérêt général. C’est le cas de l’UNICEF qui a rencontré un franc succès en mars dernier avec l’opération Game Chaingers, au cours de laquelle les gamers étaient invités à réaliser des dons « gratuits » grâce à la simple utilisation de leur ordinateur : en mettant à disposition la puissance de leur carte graphique pour miner des cryptomonnaies, ils ont permis de récolter 17 000 $ au profit de l’ONG.[1]

 

La blockchain pour résoudre les défis humanitaires

Du côté du géant IBM, la blockchain est un véritable sujet d’actualité. D’abord utilisée dans le cadre d’un partenariat classique avec la société de recyclage Plastic Bank IBM a ensuite étendu l’utilisation de cette technologie à des projets de mécénat.

L’objectif de l’entreprise de recyclage de réduire les déchets dans les pays en développement a en effet conduit à cette collaboration afin de mettre en place un système de rémunération des actes de recyclage. La blockchain attribue alors des valeurs monétaires aux déchets en plastique. Chaque contributeur dans un pays participant qui recyclera ses déchets pourra obtenir une compensation en jetons numériques à échanger contre de la nourriture, de l’eau et même des crédits téléphoniques.

L’impact est important pour l’écologie, mais il est aussi remarquable en termes d’investissement humain. Beaucoup de projets nécessitent des dons monétaires pour être mis en place, ce qui exclut une partie de la population qui n’a pas les moyens de participer. Avec ce principe, chaque être humain sur cette planète peut être acteur de l’écologie de demain.

 

Le bien social au cœur des technologies

IBM a rapidement pris conscience de l’intérêt des blockchains pour le bien commun. C’est un véritable soutien pour les ONG car cette technologie offre une transparence et une lisibilité des échanges entre structures et donateurs. Toutes les parties prenantes sont inclues au sein des projets, les liens de confiance sont renforcés et l’efficacité des actions menées n’est plus à démontrer. Grâce à cette nouvelle technologie, les modèles structurels associatifs évoluent pour s’adapter au paysage et aux nouvelles logiques des utilisateurs.  

La société IBM a également accompagné la start-up espagnole Comgo dans le développement d’une plateforme pour aider les ONG à suivre leurs dépenses via une application. Cette plateforme, basée sur le développement d’un réseau de chaînes de bloc, permet aux structures de suivre en détail les dépenses et de rendre compte des dons perçus et de leur utilisation.

Dans un climat de méfiance très présent et mise en lumière par l’étude de l’AEFR en 2016, plus de la moitié des personnes interrogées n’ont pas fait de dons aux ONG espagnoles par manque de confiance.

La blockchain est alors une solution efficace pour garantir cette confiance dans les opérations quotidiennes des organismes de bienfaisance.

Grâce à la numérisation du processus de don, il a été possible d’améliorer la transparence des opérations et de faire le lien directement entre les donateurs et les structures. L’ONG peut faire des retours précis des différentes actions menées : réalisation des projets, affectation des dons, etc... Les donateurs quant à eux sont mieux informés du travail des ONG, dans toutes ses dimensions, tant sur le plan des actions menées que sur son organisation interne.

Forte de cette expérience, la société IBM a décidé de reproduire ce type de projets dans d’autres pays, notamment en Europe. En Suède, c’est dans le cadre d'une action de mécénat qu'IBM a réalisé une étude de faisabilité et un prototype de solution blockchain. Le projet suédois a mis en lumière le fait que cette technologie était idéale pour améliorer la confiance et la transparence des donateurs envers les ONG.
IBM a donc développé un prototype basé sur la blockchain pour le Fonds suédois du cancer de l’enfant (Barncancerfonden) permettant à un donateur de suivre le flux d'un don jusqu'au projet de recherche choisi et d’obtenir un retour d'information sur les progrès de la recherche. Ainsi, la solution garantissant une meilleure confiance envers la structure permettrait d’attirer de nouveaux donateurs et donc d’accroître les dons pour la recherche contre le cancer chez les enfants.

 

L’économie numérique, avec l’apparition de la blockchain et des cryptomonnaies, représente donc une véritable opportunité pour le secteur de l’intérêt général. La diversification des modes de dons attire de plus en plus de donateurs. L’utilisation de la blockchain permet aussi de générer de nouveaux dons financiers via une source différente (énergétique par exemple) donnant ainsi accès à un plus grand nombre de donateurs. Enfin, elle constitue un véritable appui fonctionnel aux ONG, afin de gérer plus efficacement et plus rapidement les transferts d’argent.

 

Tifenn André,

Directrice de la professionnalisation, Admical 


[1] Le minage est une opération qui consiste à valider une transaction, réalisée, par exemple, en bitcoins, en en cryptant les données et à l'enregistrer dans la blockchain. Les opérateurs, particuliers ou entreprises, qui utilisent la puissance de calcul (de processeurs, d'ordinateurs ou de cartes graphiques utilisées pour les jeux vidéo) pour valider une transaction sont appelés "mineurs".

 

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