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ESS et création de valeur : une approche prospective de l’évaluation d’impact social

Expertise

ESS et création de valeur, La Fonda
Alors que l’évaluation d’impact est de plus en plus considérée par l’ensemble des acteurs de l’intérêt général, il est important de s’interroger sur ce qu’elle implique concernant la définition de « création de valeur ». Ainsi, Charlotte Debray, déléguée générale de La Fonda, nous présente une prochaine étude prospective qui traitera de ce sujet dans le secteur de l’ESS.

Dans tous les domaines où agissent les acteurs de l’ESS (lutte contre l'exclusion, éducation, insertion par l’économique, dépendance, santé, culture, sports, environnement, accès aux droits …), l'évaluation est devenue incontournable. Afin de contribuer à construire un langage commun, la Fonda, l’Avise et le Labo de l’ESS ont lancé ensemble une étude prospective.

 

Mettre l'évaluation au service de l'innovation sociale

Mesurer l’impact social d’une action d'intérêt général a, sans conteste, des vertus positives : guider et piloter sa stratégie, s’améliorer, valoriser le travail de ses salariés et bénévoles, rendre compte à ses financeurs et partenaires, communiquer efficacement, etc. Encore faut-il que la méthode de mesure soit accessible et qu'elle ne génère pas de coût supplémentaire disproportionné. Une interrogation grandit néanmoins sur le rôle des démarches d'évaluation : l'évaluation est-elle seulement un instrument d’optimisation budgétaire, ou peut-elle être un véritable outil de pilotage et de réflexion stratégique ?

Notre conviction est que l'évaluation des projets à finalité sociale peut devenir un moteur de l'innovation sociale. Mais cela suppose que les démarches d'évaluation tiennent compte de mutations de moyen et de long termes transformant les sources et les modalités de la création de valeur.

Certes, il existe d’ores et déjà un grand nombre de guides de la mesure d’impact constitués pour l’essentiel de conseils méthodologiques. Ils n’interrogent cependant guère les concepts qu’ils utilisent. Or le concept d’impact social ne naît pas au milieu d’un désert mais doit s’articuler avec d’autres concepts économiques et sociologiques. Parmi ceux-ci, le concept de valeur occupe une place centrale.

Qu’est-ce que la valeur dans un monde digitalisé et dans la société de la connaissance ? Que doit être la valeur sur une planète aux ressources finies ? Quelle est la valeur du soin, de l’entraide ou du partage ? Comment passer de la valeur extractive à la valeur créative ? Quelle est la valeur des données que l’internaute produit sur le net, et plus globalement du digital labor ? Comment l’évaluation peut-elle tenir compte de la montée du pair-à-pair et de l’économie de la contribution ? Comment rendre compte des liens entre la création de valeur économique et la création de valeur sociétale ?

Alors que robotisation, big data, blockchain et tokenisation sont en train de transformer notre perception du monde et des échanges, les référentiels d’évaluation existants, qui souffrent déjà de ne pas être suffisamment appropriés par les acteurs, menacent de devenir très rapidement obsolètes.

 

Un dispositif de travail rigoureux et participatif

Afin de contribuer à leur renouvellement, cette étude est organisée autour de trois phases.

Prenant appui sur différents travaux et une analyse des pratiques remontées par les acteurs de terrain, la première phase aura pour objectif de caractériser les avantages et les limites des méthodes existantes, et de commencer à identifier les défis pour demain.

La deuxième phase consistera à mobiliser les analyses les plus récentes relatives à la transformation des chaînes de valeur, à la mesure des externalités et à la problématique macroéconomique des moteurs de l’investissement. Elle permettra de cartographier les domaines d’innovations possibles pour la mesure d'impact social.

Enfin, sur la base de cette cartographie des domaines d'innovation, la troisième phase aura pour objectif de construire des modèles-types d’évaluation d'impact innovants,  intégrant les dimensions de la création de valeur sociale peu ou mal prises en compte par les démarches existantes (approche multidimensionnelle et territorialisée des besoins sociaux, prise en compte des externalités positives ou négatives, coopération et mutualisation des ressources entre acteurs, etc.), et de réfléchir à leur appropriation par les acteurs de l’ESS et ceux qui les accompagnent. 

Ces différentes étapes verront le jour dans le cadre d'un dispositif de travail rigoureux et participatif ; croisant les expertises d’économistes, de sociologues, mais aussi d’investisseurs et de responsables de l’ESS, nous proposons une exploration prospective de 18 mois, pour nourrir les choix stratégiques.

Ce faisant, nos travaux permettront de doter les porteurs de projet à finalité sociale de nouveaux arguments pour faire reconnaitre leur contribution à la transformation sociale, notamment auprès de financeurs cherchant à rationaliser leurs investissements. Inversement, ils viendront compléter les dispositifs permettant aux investisseurs et ceux qui les accompagnent de départager les projets d’utilité sociale et rendre compte de l’usage des fonds.

 

Charlotte Debray,

Déléguée Générale de La Fonda

Comment participer ?

- Participer au prochain atelier, le 15 septembre à 9h30 à la Fonda. Pour s’inscrire : fonda@fonda.asso.fr

- Faire remonter des retours d’expérience en complétant la fiche jointe

- Souscrire à l’étude : plaquette de présentation et bulletin de souscription

 

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