|    29 Avril 2019

« Notre-Dame : cessons de tirer sur les mécènes »

Dans une tribune publiée par Les Echos, François Debiesse, président d'Admical, revient sur la polémique suscitée par les dons pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris. L'occasion de rappeler les motivations des mécènes et de lancer un appel pour un Grenelle de l'intérêt général.

L'incendie dramatique de la cathédrale Notre-Dame de Paris a suscité, dans un climat d'extrême émotion, un élan de solidarité sans précédent par son ampleur, venant de toutes les couches de la société, chacun tenant à participer à l'effort collectif à la mesure de ses moyens. Les grandes fortunes françaises, comme les grandes entreprises, ont donné beaucoup C'était un acte généreux et responsable et pourtant il fait déjà polémique. Revenons sur les principales critiques adressées aux mécènes.

« Les riches cherchent à se donner le beau rôle »

Les besoins de notre société en souffrance sont de plus en plus nombreux, complexes, coûteux et la puissance publique n'a plus les moyens propres nécessaires pour assurer un rôle d'Etat Providence tel qu'il exista dans les années d'après-guerre. La participation du secteur privé (entreprises et particuliers) au fonctionnement de ce modèle social français est donc devenue incontournable.

La prise en charge de l'intérêt général passera désormais par cette complémentarité, par une approche collective qui transcende enfin le clivage historique dans notre pays entre le domaine public et le secteur privé. Une société nouvelle, plus humaine et plus juste, ne pourra se construire qu'ensemble, chacun « mettant sa pierre à l'édifice » à la mesure de ses moyens. Quand ceux qui ont de gros moyens font de grands dons, ils ne se donnent pas le beau rôle, ils jouent leur rôle, tout simplement…

 « Tout pour Notre-Dame, rien pour les 'misérables' »

Les grands mécènes et philanthropes qui ont annoncé des contributions exceptionnelles à l'effort de reconstruction de la cathédrale, contrairement à ce qui a été dit œuvrent aussi beaucoup, et depuis longtemps, dans le domaine social, l'éducation, le logement, les droits des femmes, la lutte contre l'exclusion, la pauvreté, et plus récemment les problèmes liés aux migrations.

Ils donnent beaucoup et s'engagent sur ces causes mais en silence, dans une recherche exclusive d'efficacité, d'impact social, et de plus en plus souvent en « embarquant » leurs collaborateurs pour les entreprises, leur famille pour les philanthropes.

« C'est l'Etat qui supporte la générosité des donateurs »

Il existe trop de désinformation sur ce sujet ou a minima une mauvaise information. La défiscalisation (à 60 % pour les entreprises ; 66 %, voire 75 % pour les particuliers) ne représente pas une économie pour le donateur. Lorsqu'il donne 100 euros, certes 60 euros seront retirés de l'impôt qu'il doit, mais il dépense de son propre chef pour l'intérêt général 40 euros de plus que ce qu'il doit au titre de sa dette fiscale.

Si le privé n'avait pas fait ce financement, l'Etat ou les collectivités auraient dû supporter seul cette dépense d'intérêt général. La dépense en mécénat est donc en quelque sorte un impôt supplémentaire que le donateur choisit de flécher vers une cause qu'il souhaite soutenir en particulier. Rappelons qu'une entreprise sur deux faisant du mécénat ne sollicite pas la défiscalisation.

Dans ce contexte, toutes les voix qui se sont élevées contre le mouvement de solidarité consécutif à l'incendie de Notre-Dame me semblent inappropriées, malveillantes et fondamentalement contraires aux intérêts actuels de notre société. Celle-ci traverse une crise grave et plus que tout, elle a besoin de reconstruire du lien. Or, pour la première fois depuis des années, un mouvement spontané et fort de solidarité s'est mis en route. Certes il porte sur un sujet spécifique et très exceptionnel mais il pourrait être un 1er pas vers une vision plus constructive de la société dans laquelle nous souhaitons vivre ensemble. Alors mettons tout en œuvre pour que ce mouvement perdure et qu'il s'étende à tous les domaines de la vie sociale.

Un projet coconstruit

Je suis convaincu que mécénat et philanthropie sont une chance pour la France, une force. Le nier est une attitude dépassée et contredite par la réalité. Cessons de montrer du doigt ces entrepreneurs engagés, au contraire montrons-les en exemples pour susciter de nouvelles envies d'agir de la part du secteur privé. Mais ces engagements ne doivent pas rester ni individuels, ni ponctuels, ils doivent s'inscrire dans un véritable projet de société. Un tel projet doit être réfléchi ensemble et coconstruit.

C'est pourquoi j'appelle à un « Grenelle de l'intérêt général », à des états généraux du bien commun réunissant autour de la puissance publique des représentants de ces nombreuses institutions, associations, syndicats, entrepreneurs sociaux, dirigeants du monde de l'économie sociale et solidaire, entreprises classiques qui œuvrent efficacement mais encore trop séparément à faire progresser notre société.

Le besoin de concertation est immense, la volonté de participation est bien présente, la prise de conscience de la responsabilité sociale de chaque acteur de la société est une réalité. Sachons en tirer parti et agissons. Ensuite, le mécénat pourra être pleinement l'outil efficace, le levier de changement au service de la société de demain qu'il peut, et doit être !

 

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