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Les Deux-Sèvres, un terrain propice à l’essor du mécénat

Expertise

Marc Richet, délégué régional d’Admical en Nouvelle-Aquitaine
Le Tour de France des mécènes continue ! Dans le cadre de la troisième étape, Admical sera le 4 mai prochain à Niort. Chef-lieu du département des Deux-Sèvres, la ville, « capitale nationale des mutuelles », s’est positionnée très tôt comme une place-forte de l’économie sociale et solidaire. Pour nous éclairer sur le mécénat dans le département et la région, Admical a interviewé Marc Richet, délégué régional d’Admical en Nouvelle-Aquitaine.

Quels rapports entretiennent les entreprises Deux-Sévriennes avec le mécénat ? Est-ce une pratique développée  dans le département ?

A ma connaissance, le mécénat est une pratique très contrastée en Deux-Sèvres. D’une part, quelques grandes entreprises, au premier rang desquelles nos mutuelles, extrêmement engagées au moyen de fondations - et de longue date - dans l’accompagnement de projets en phase avec leurs valeurs, partout en France, voire à l’étranger. De l’autre, de très petites entreprises qui apportent leur soutien, sous plusieurs formes, à des projets locaux d’intérêt général.

Le problème est que faute d’enquête sur le sujet, nous ne disposons que de très peu d’informations. Il faut dire aussi que la modestie des chefs d’entreprises en la matière, qui considèrent n’accomplir que leur devoir et ne communiquent pas sur leurs actions, complexifie la visibilité du phénomène et l’évaluation précise de celui-ci.

 

Vous-même, vous êtes très investi dans le secteur du mécénat dans votre région. De quelle façon ? Avez-vous remarqué des spécificités propres au mécénat dans le département des Deux-Sèvres ?

Le mécénat me semble une pratique tellement nécessaire pour notre territoire deux-sévrien, et plus largement néoaquitain, que j’aimerais pouvoir investir beaucoup plus que le peu de temps que j’y consacre. Il y a beaucoup à faire, car malheureusement, le mécénat est encore très méconnu des entreprises, sur la forme comme sur le fond. Alors même que plusieurs énergies se rencontrent pour qu’il se développe rapidement et fortement : des entreprises de plus en plus citoyennes, des réseaux d’acteurs très engagés et en phase avec le terrain, une grande « envie de solidarité ». Je pense que les clubs d’entreprises territoriaux sont la clé d’entrée à privilégier, tout simplement parce qu’ils sont le plus souvent directement animés par des chefs d’entreprises, qui viennent y rechercher un partage désintéressé.

 

Qu’en est-il du mécénat collectif dans le département  et dans la région Nouvelle-Aquitaine ? Pouvez-vous nous en dire plus sur le Pôle Mécénat Nouvelle-Aquitaine ?

Le pôle mécénat Nouvelle Aquitaine est en cours de constitution. Il va prendre la suite du pôle mécénat Poitou-Charentes qui avait vu le jour un an avant la création de notre nouvelle Région. L’initiative en revient à la DRAC et à la DREAL en Région, à l’Ordre des Notaires et à l’Ordre des Avocats de Nouvelle Aquitaine et à ADMICAL. Nous devrions, je pense, être rejoints par l’Ordre des Experts-comptables et par la CCI Régionale qui étaient déjà partenaires du pôle Poitou-Charentes. Et nous allons rentrer bien évidemment en contact avec la Région pour l’associer. Notre but est très simple : mutualiser les efforts de tous les partenaires du pôle, lesquels ont tous individuellement une mission d’information sur le mécénat, pour construire un centre de ressources commun et déployer ensemble un programme de promotion du mécénat auprès des entreprises. Nous souhaitons également nous rapprocher des réseaux qui sur le terrain sont au service des « porteurs de projets » pour que de leur côté, ils les accompagnent dans leur « acculturation » de la pratique du mécénat. Notre objectif est d’optimiser les chances de co-construction entre mécènes et mécénés.

Comme je l’évoquais précédemment, le futur pôle mécénat Nouvelle Aquitaine s’adresse en priorité aux clubs d’entreprises territoriaux, afin d’encourager la création de clubs de mécènes. En effet, dans le contexte difficile que nous connaissons aujourd’hui, tant en ville qu’en campagne, les chefs d’entreprises ont envie de faire davantage encore pour ce qui les touche de près. Ils sont très conscients de l’existence de multiples besoins et sont prêts à agir  dans la mesure de leurs possibilités, pas toujours en nature d’ailleurs. Ils ont besoin d’être guidés au départ, et de se fédérer pour accompagner collectivement des causes qui leur sont chères. Je parlerai volontiers, les concernant, de la mise en place de « circuits courts de philanthropie collective».

 

Le Tour de France des mécènes passera prochainement à Niort. Qu’espérez-vous de cette étape ?

J’espère que cette étape, grâce à la communication qui en sera faite et à la qualité de son programme, fera naître des vocations. Mieux faire connaître le mécénat sous toutes ses formes, permettre aux chefs d’entreprises de nos PME et TPE, qui sont l’essentiel de notre tissu économique, de réaliser que le mécénat collectif est fait pour eux, et qu’il peut même entraîner derrière lui la philanthropie de particuliers pour des causes locales. Si nous réussissons à faire cela, c’est que nous aurons relevé un beau challenge.

Je ne vous cache pas par ailleurs que les Deux-Sèvres, qui ont vu naître les coopératives agricoles, et plus particulièrement Niort, capitale nationale des mutuelles et de l’Economie Sociale et Solidaire, possèdent  plus que d’autres « l’ADN du mécénat ». Cela me rend optimiste pour la suite.

 

Propos recueillis par Marion Baudin

Pour en savoir plus :

> Sur le Tour de France des Mécènes organisé par ADMICAL

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