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Le mécénat dans le sport de haut niveau

Expertise

Loin de l’image des grands clubs très lucratifs et des sportifs sur-médiatisés, une large majorité des sportifs de haut niveau ne sont pas professionnels. Pour allier performances sportives et développement professionnel, il est essentiel de trouver de nouvelles ressources afin de les accompagner. Dans ce contexte, comment les mécènes peuvent-ils intervenir ?

9% des entreprises françaises sont engagées dans des actions de mécénat. Près de la moitié d’entre elles (43%) soutiennent le sport, dont une majorité de TPE et de PME. Néanmoins, en termes de budget, le mécénat sportif ne représente que 2% des sommes allouées par les entreprises au mécénat[1]

Pourquoi si peu ? Le domaine du sport souffre beaucoup de la confusion qui peut parfois régner entre mécénat et sponsoring, notamment sur les grands événements sportifs. Par exemple, une entreprise qui soutient une équipe cycliste dans sa participation au Tour de France est un sponsor car elle recherche des effets publicitaires et des retombées économiques directes à court terme. A contrario, une entreprise qui promeut la solidarité et l’égalité des chances par le sport en soutenant des associations qui favorisent l’insertion via le sport n’attend pas de contreparties ayant un impact direct sur les résultats commerciaux de l’entreprise, ni la publicité associée.

C’est notamment cette confusion qui nuit au soutien des entreprises au sport de haut niveau. Quand on entend « sport de haut niveau », on pense souvent au sport professionnel, aux clubs lucratifs qui vont avec et donc au sponsoring. En matière de mécénat sportif, les domaines les plus prisés sont la promotion du sport comme vecteur de lien social, le développement de la pratique sportive sur l’ensemble du territoire national et la promotion du sport comme vecteur d’insertion socio-professionnelle pour les jeunes et/ou les personnes en situation d’exclusion sociale. 9% seulement des entreprises engagées dans le sport soutiennent un sportif de haut niveau.

Pourtant, la plupart des sportifs de haut niveau ne sont pas professionnels. A titre d’exemple, sur les 400 sportifs qui constituent une délégation aux Jeux Olympiques, seuls 30% sont des sportifs professionnels. Alors comment combler les lacunes du financement du sport de haut niveau ?

En février 2015, le rapport Jean-Pierre Karaquillo, réalisé par plusieurs sportifs, représentants de clubs et de fédérations sportives mais aussi partenaires sociaux et spécialistes du droit du sport, a été remis à Thierry Braillard, alors secrétaire d’Etat chargé des Sports. Il comprenait 41 recommandations sur les statuts des sportifs et faisait le constat que les dispositifs existants pour financer le sport de haut niveau – les contrats d’image et les conventions d’insertion professionnelle (CIP) - n’étaient pas suffisants. En effet, ces dispositifs répondent de moins en moins aux attentes de sportifs et aux contraintes des entreprises qui tendent à ne plus les reconduire. C’est ainsi qu’est né au ministère des Sports le Pacte de Performance puis la Fondation Pacte de Performance, présidée par Stéphane Nomis (Athlètes et Partenaires) et abritée par la Fondation du Sport Français « Henri Sérandour ».

L’objectif ? Garantir aux athlètes membres des équipes de France olympique et paralympique un niveau de ressource décent pour envisager leur double projet sportif et professionnel, notamment grâce au mécénat d’entreprise.

 

3 questions à … Charlotte Feraille, déléguée générale de la Fondation du Pacte de performance

 

  1. Le mécénat dans le cadre de la Fondation du Pacte de performance, comment ça marche ?

Comme les sportifs ne sont pas éligibles au mécénat à titre individuel (voir encadré), l’entreprise mécène fait un don à la fondation en vue de financer le double projet (performance et insertion professionnelle) d’un sportif de haut niveau. Les sportifs boursiers sont incités à lier des contacts forts avec les entreprises mécènes de la fondation en vue de préparer leur insertion professionnelle (développement du réseau, découverte de l’entreprise, stages aménagés, etc…). Il s’agit toujours dans le cadre des comités de sélection et suivi des doubles projets des athlètes de faire matcher le projet professionnel du sportif avec les métiers de l’entreprise pour favoriser des échanges constructifs sur la durée. Si la convention est généralement réalisée pour un an, l’entreprise prend un engagement moral sur 4 ans, ce qui favorise un accompagnement dans la durée et évite que des sportifs sortent du radar ou se retrouvent en difficulté en cas de blessure ou de maternité par exemple.

 

  1. Accompagnez-vous beaucoup de sportifs ? Comment ces derniers ont-ils accueilli le dispositif ?

En comptant les CIP, les contrats d’image et le mécénat, 220 sportifs sont financés à ce jour. Côté mécénat, le dispositif est en progression : nous sommes passés de 10 bourses distribuées en 2017 à 30 bourses en 2018. Les sportifs sont très satisfaits, à l’image d’Estelle Mossely par exemple, championne olympique de boxe aux Jeux de Rio qui est désormais salariée chez Allianz ou de Charlotte Lembach (championne du monde avec l’équipe de France d’escrime), en contrat d’image avec Dentsu Aegis Network depuis 2015 et qui va passer en mécénat avec également un contrat d’apprentissage chez eux. Les sportifs sont désormais habitués à chercher des mécènes via leurs fédérations, leurs clubs, leurs réseaux locaux et sont davantage responsabilisés sur leur avenir et sur la provenance des fonds. Ils connaissent le dispositif et ont des arguments à présenter aux entreprises.

 

         3. Quelles sont les perspectives ?

Nous avons une grande marge de progression, notamment grâce à la dynamique des JO 2024 organisés en France à laquelle de nombreuses PME souhaitent contribuer via le mécénat au bénéfice du sport et des sportifs. Nous avons un fort potentiel à exploiter auprès de PME qui ne pourront jamais être partenaires du comité d’organisation des JO mais qui peuvent contribuer au rayonnement du sport français via le mécénat.

 

Propos recueillis par Camille Marc

@Camille_Marc 

Le saviez-vous ?

Les sportifs de haut niveau ne sont pas éligibles à titre individuel au mécénat, c’est le double projet performance / insertion professionnelle qui justifie l’action de la Fondation du Pacte de performance et leur permet de bénéficier du mécénat des entreprises. En effet, il est impossible de mentionner nominativement les sportifs dans les conventions de mécénat.

C’est pourquoi Sporsora, organisation interprofessionnelle au service de l’intérêt général qui regroupe plus de 150 acteurs de l’économie du sport, soutenue par Admical, plaide pour un amendement de la loi Aillagon pour permettre par dérogation le fléchage des conventions de mécénat pour les sportifs de haut niveau dans le cadre du Pacte de performance.



[1] Baromètre Admical 2018 « Le mécénat d’entreprise en France »

 

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