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[Paroles de mécènes] Bouchra Aliouat, fondation KPMG France et Eve Durquety, KPMG France

Paroles de mécènes

Dix ans après avoir lancé un programme en partenariat avec des lycées professionnels afin de valoriser et de favoriser la réussite éducative des jeunes issus de cette filière, la Fondation KPMG France a fait appel aux compétences de KPMG pour évaluer l’impact social et la performance de son programme. Pourquoi évaluer et quelle organisation en interne pour le faire ? Interview croisée de Bouchra Aliouat, Secrétaire générale de la Fondation d'entreprise KPMG France et Eve Durquety, Consultante en mesure de l’impact social chez KPMG France.

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots en quoi consiste le "Programme Lycées" porté par la fondation KPMG France ?

B.A. : Les Lycées de la Réussite (nouveau nom du Programme Lycées) est un programme co-construit en 2007 en partenariat avec des lycées professionnels et polyvalents des quartiers politique de la Ville. Initialement, nous avions décidé de travailler avec des lycées professionnels afin de favoriser l’insertion professionnelle et sociale des jeunes orientés très tôt vers des filières qu’ils choisissaient souvent par défaut. Malheureusement, ces jeunes, qui ont l’impression d’avoir subi leur orientation et non choisi, remplissent quelques années plus tard, les bancs des décrocheurs scolaires.

Notre ambition est d’apporter à ces jeunes une meilleure compréhension du fonctionnement de l’entreprise et ses codes, de les aider dans leur projet professionnel et leur ouvrir le champ des possibles.

Nous sommes convaincus que ces formations professionnelles ne sont pas suffisamment valorisées alors qu’elles peuvent constituer un réservoir de talents !
Le programme Lycées de la Réussite a pour objectif de valoriser les filières professionnelles et de favoriser la réussite éducative de ces jeunes.

Concrètement, c’est 35 lycées en France dans plus d’une trentaine de villes. Le principe repose sur deux axes :

  • L'axe 1, le pôle insertion professionnelle avec du parrainage de classes par des salariés KPMG qui vont animer des ateliers/workshops sur le fonctionnement de l’entreprise, les métiers du chiffre, les CV… L’organisation de journée découverte de l’entreprise by KPMG, animée par un coach, c’est une journée en immersion chez KPMG pour comprendre le fonctionnement de l’entreprise et ses codes. Des stages chez KPMG sont aussi proposés, l’objectif est de permettre aux jeunes de comprendre le fonctionnement d’un recrutement dans une grande entreprise. Enfin, des ateliers coaching sont animés par des professionnels dans les classes sur l’orientation, connaissance de soi, savoir-être et code de l’entreprise, cohésion de classe…
  • L'axe 2, le pôle insertion sociale et culturelle qui comprend le parcours « Passerelle culturelle ». La Fondation a noué des partenariats avec 4 institutions culturelles pour proposer des parcours pédagogiques aux jeunes issus des lycées professionnels partenaires, l’objectif étant d’utiliser la culture sous toutes ses formes comme vecteur d’insertion professionnelle et sociale. La Fondation a axé ses parcours « Passerelle culturelle » autour de la musique, le théâtre, le musée et l’image. Aussi, la Fondation soutient financièrement les Projets lycées. Ce sont des projets pédagogiques et culturels proposés et menés par les élèves pour les élèves (ex : séjours de révision avant le Bac, séjour à l’étranger, visite de KPMG New York, etc.).

Quelles sont les motivations qui ont poussé la fondation KPMG France à faire évaluer son Programme ?

B.A. : Nous avons décidé d’évaluer le programme pour faire un diagnostic afin d’ajuster, modifier ou faire évoluer notre programme. Notre volonté est de rester au plus proche des besoins de nos lycées partenaires. Après presque 10 ans d’existence, il était naturel de se poser des questions et d’entamer un travail d’évaluation. Etant constamment sur le terrain, nous sommes en mesure de changer des éléments du programme à la marge. Cependant, les élèves évoluent tout comme les filières et les programmes de l’éducation nationale, il est important de les entendre et d’adapter le programme en fonction. De ce fait, nous devions nous arrêter un instant pour regarder en arrière ce qui a été fait et vers l’avant ce que nous pourrions encore mieux faire.

 

Le choix de faire évaluer le programme quasiment en interne par KPMG France, s’est-il fait naturellement, pour la Fondation KPMG France ?

B.A. : Oui, nous avons des compétences et une expertise de haut niveau en interne, il serait dommage de ne pas en faire bénéficier la Fondation KPMG. La Fondation KPMG est à l’image de son entreprise, exigeante avec elle-même et dont l’objectif est de proposer un programme de qualité.

 

Parallèlement, est-ce que KPMG France a accepté automatiquement de réaliser cette évaluation, au risque de découvrir des résultats négatifs pour le programme porté par sa propre Fondation ?

E.D. : Jouer le jeu de l’évaluation c’est accepter dès le départ que les résultats pourront être tant positifs que négatifs. C’est une nécessité que d’accepter cela surtout si l’on souhaite s’inscrire dans une démarche d’amélioration de sa performance sociale. La fondation KPMG y était prête. J’ai donc, en tant qu’évaluatrice, et dans ce contexte, accepté de mener cette mission.

 

Que vous a apporté une telle démarche d’évaluation ? A la fois pour la fondation, le programme et KPMG ?

B.A. : Pour la Fondation KPMG c’est un excellent moyen de tester une méthode évaluative sur un de ses programmes, de mesurer si les moyens et les ressources dédiées à ce programme sont efficients. Pour les Lycées de la Réussite, c’est un moyen de faire un diagnostic, d’identifier les axes forts du programme, les axes d’amélioration, de confronter le programme à un regard externe qui pourra soit conforter nos décisions, soit nous recommander de faire des changements. Dans les deux cas, c’est très important d’avoir cette démarche évaluative pour vérifier que notre programme a vraiment un impact social et répond à nos ambitions et celles de nos lycées partenaires.

E.D. : Lorsqu’une entreprise choisit de créer une fondation, cela signifie qu’elle souhaite s’impliquer dans la résolution de problèmes sociaux. En choisissant d’évaluer ses actions, la fondation KPMG permet au cabinet KPMG, fondateur, de se rendre compte objectivement de son utilité sociale.

 

Pensez-vous plus globalement que l’évaluation est essentielle en plus d’être nécessaire pour améliorer les pratiques des porteurs de projets ?

B.A. : Je ne dirais pas que c’est essentiel tout le temps, oui il faut évaluer mais il faut d’abord se demander pourquoi évaluer un programme et pourquoi le faire à ce moment. Il ne faut pas que l’évaluation devienne un nouvel outil à la mode pour tous les projets et qu’on fasse de l’évaluation en surdose. Lorsqu’on commence une évaluation, c’est pour effectuer un diagnostic ou une cartographie à un temps T, afin d’améliorer, changer ou même arrêter un programme qui ne fonctionnerait pas. Il faut être suffisamment mâture dans son projet et être prêt à recevoir tous types de résultats, positifs et négatifs. L’évaluation peut être nécessaire mais pas essentielle, elle doit soutenir une réflexion déjà engagée sur un programme et répondre à la question essentielle : « Pourquoi » évaluer ?

E.D. : Dans un contexte de plus en plus concurrentiel, les porteurs de projet sont amenés à se différencier pour convaincre leurs partenaires et mobiliser des financements. Ceux qui se seront dotés d’un langage de la preuve reposant sur des indicateurs fiables et objectifs seront avantagés dans cette démarche. Celle-ci n’est pas réservée aux seules grandes associations ; elle peut être développée par tous. Deux ou trois indicateurs pertinents, suivis dans la durée, peuvent suffire à convaincre.

 

Propos recueillis par Alexandra Kurkdjian

 

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