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L'évaluation qualitative, pour quoi faire ?

Expertise

En juin dernier, Admical organisait au Centquatre-Paris un LAB spécialement dédié au thème de l’évaluation qualitative. De gauche à droite : Tifenn André, Directrice de la formation à Admical, Christine de Longevialle, Déléguée générale du Fonds de dotation Solidarity AccorHotels, Roberto Perera Ruiz, Chargé d’études à l’observatoire de la Croix-Rouge française, Benoit Mounier, Chargé de mission à l’AVISE
Les pratiques d’évaluation dans le mécénat prennent de plus en plus d’ampleur et se diversifient. Dans le cadre d’évaluation des projets, la question se pose souvent de choisir entre évaluation quantitative ou qualitative. Alors quelle approche privilégier ? Admical s'est penché sur la question au cours d'un LAB et vous présente ses conclusions.

 

Les pratiques d’évaluation dans le mécénat prennent de plus en plus d’ampleur et se diversifient. Dans le cadre d’évaluation des projets, la question se pose souvent de choisir entre évaluation quantitative ou qualitative. D’un côté, le quantitatif, standardisé, fiable, scientifiquement accepté et qui propose des résultats facilement interprétables. Mais lorsque l’on évoque le mécénat, on ne peut s’empêcher de positionner l’Humain au cœur du sujet. Il est alors naturel de s’interroger sur la viabilité d’une méthode quantitative pour mesure la diversité humaine : peut-on quantifier l’inquantifiable ? A priori non, mais alors comment mettre en place ces évaluations qualitatives ? Sont-elles plus efficaces, sont-elles plus efficientes et surtout donneront-elles des résultats clairs ?

 

L’évaluation, une pratique de plus en plus répandue chez les mécènes

Dans le cadre du mécénat, l’évaluation est régulièrement utilisée pour apprécier la qualité d’un projet. Elle peut être aussi employée pour faire le point sur une relation partenariale. Dans tous les cas, elle s’appliquera à relever des données en lien avec l’humain. L’évaluation qualitative prend alors toute son importance car, via des méthodes destinées à comprendre une réalité inquantifiable, elle replace véritablement l’humain au cœur de l’action.

Il est aussi nécessaire de pouvoir justifier le choix de ce type d’évaluation car il est souvent de mise de préférer les chiffres pour présenter des résultats.

Influence culturelle ou volonté de quantifier au maximum ? C’est en tout cas la vision d’Edgar Morin, sociologue et philosophe français, qui estime que « le second type de barbarie, de plus en plus hégémonique dans la civilisation contemporaine, est celui du calcul et du chiffre ». Le travail de pédagogie qui accompagne l’évaluation qualitative s’avère donc long et délicat, et pourtant il est plus qu’indispensable.

 

Evaluation quantitative et qualitative, deux approches complémentaires

Bien que l’on oppose régulièrement qualitatif et quantitatif, ces deux formes d’évaluation sont très liées voire complémentaires. Alors que le quantitatif permet d’obtenir des chiffres, des comparaisons et de communiquer aisément sur des résultats, le qualitatif va renforcer les résultats exposés, les expliquer. Le qualitatif ajoutera une profondeur à l’analyse quantitative. Evaluation quantitative et qualitative ont donc tout à fait leur place au sein d’une même étude, elles s’auto-alimentent pour donner toujours plus de précisions sur les résultats.

Les éléments qualitatifs servent aussi à expliquer et présenter certains résultats négatifs. Grâce à l’apport de données explicatives, l’évaluation qualitative offrira des clés de compréhension de ces résultats. Ces mêmes données pourront aussi servir à « arrondir les angles » de chiffres qui risqueraient d’être mal perçus et à commenter les résultats négatifs. Les données de l’évaluation qualitative ont une réelle valeur ajoutée à la démarche plus générale d’évaluation.

Contrairement aux idées reçues, il n’est pas toujours nécessaire d’avoir des moyens conséquents à disposition pour réaliser une évaluation qualitative. En adoptant une réflexion en amont et un cadre bien précis, il est tout à fait possible de mener ce type d’évaluation en toute simplicité. L’évaluation qualitative pourrait même être l’occasion d’impliquer collaborateurs et parties prenantes au recueil de données.

 

Quelques conseils pour votre démarche d’évaluation qualitative

Voici quelques conseils afin de mettre en place efficacement une démarche d’évaluation qualitative.

  • Prendre le temps de cadrer l’évaluation. Avant de vous lancer dans une évaluation qualitative, il faut bien délimiter le champ d’actions en amont : spécifier les objectifs, la ou les méthodes à employer, le temps et les moyens à disposition. Il faut aussi prendre en compte la restitution qui sera faite à l’issue de l’évaluation. Ces éléments, indispensables dans une pratique d’évaluation, vous permettront de cadrer la démarche qualitative et surtout de voir son adaptabilité à la situation. En effet, il vous faudra parfois y renoncer si elle n’est pas en phase avec votre démarche.
  • Lorsque l’on souhaite utiliser une méthode qualitative de manière importante sur une évaluation, il est essentiel de convaincre en amont toutes les personnes concernées par ce projet. Afin d’obtenir l’adhésion de tous et surtout de les avertir en amont de la potentielle teneur des résultats. Il faut aussi s’assurer de l’adoption de cette méthode par toutes les personnes qui seront interrogées et prévoir, dans tous les cas, une évaluation quantitative complémentaire.
  • Dans la mesure du possible, essayez de lier au maximum méthodes qualitative et quantitative, sans exclure l’une ou l’autre. Ces types d’évaluation sont complémentaires et vous apporteront un maximum d’informations sur les résultats obtenus. De plus, leur format vous permettra de communiquer de manière optimale. Essayez de négocier et d’argumenter pour mener, en parallèle, une démarche qualitative et quantitative !
  • A l’inverse n’imposez pas le qualitatif ! Si vous sentez des résistances des commanditaires ou tout simplement si la situation ne s’y prête pas, n’hésitez pas à abandonner l’évaluation qualitative. Si vous insistez pour utiliser le qualitatif dans un cadre qui ne s’y prête pas, la démarche sera fastidieuse et les résultats ne seront peut-être pas exploitables.
  • Enfin, pour vous faciliter l’accès à l’évaluation qualitative, pensez à externaliser la démarche. Il existe aujourd’hui des cabinets spécialisés dans les méthodes d’évaluation proposant des études qualitatives. Ces structures vous seront d’une précieuse aide pour orienter votre démarche voire l’effectuer à votre place. En impliquant un tiers dans votre évaluation, vous vous assurez de ne pas franchir les limites de l’objectivité, parfois difficiles à maintenir avec le qualitatif.

 

Tifenn André

Découvrez deux exemples d'évaluation qualitative :

- Avec la Fondation RTE, qui a choisi d'intégrer méthodes quantitative et qualitative dans son dispositif d'évaluation

- Avec la fondation les Apprentis d'Auteuil, qui a développé un programme d'évaluation uniquement basé sur une méthode qualitative

 

 

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