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[Intrapreneuriat social] Individu vs entreprise : favoriser la culture du risque

Expertise

Plusieurs initiatives relevant de l’intrapreneuriat social ont vu le jour dans de grandes entreprises françaises mais les exemples d’intrapreneurs sociaux restent relativement peu nombreux. Si les entreprises peuvent évoluer pour créer en leur sein les conditions favorables à son développement, l’intrapreneuriat social reste très lié aux convictions d’un individu qui saura être transgressif et prendre des risques pour changer son entreprise.

 

Un intrapreneur social est une personne qui agit en entrepreneur en développant dans une grande entreprise un projet innovant solidaire ou éthique, qui transforme les métiers de l’entreprise pour mieux prendre en compte son impact social et environnemental. L’engagement personnel et la recherche de sens sont les moteurs d’un projet qu’il doit ensuite défendre et développer au sein de l’entreprise pour la rendre plus responsable et plus citoyenne.

 

Développer une cohérence au sein de l’entreprise pour favoriser l’engagement

S’ils sont encore peu nombreux en France, c’est parce que les intrapreneurs sociaux font face aux mêmes types d’obstacles que les entrepreneurs. Parmi les intrapreneurs sociaux rencontrés par Soraya Ferahtia au cours de son Intrapreneurship Tour - tour du monde de l’intrapreneuriat, nombreux sont ceux qui témoignent des obstacles rencontrés et du long cheminement nécessaire à l’aboutissement de leur projet : sentiment de solitude, résistance des managers, manque de confiance et de soutien de la hiérarchie… Porter un projet disruptif au sein d’une grande entreprise, qui remet en question sa façon de travailler est un challenge humain ! Alors comment les entreprises peuvent-elles évoluer pour favoriser l’intrapreneuriat social ?

Selon Gilles Vermot-Desroches, Directeur développement durable de Schneider Electric et délégué général de la fondation Schneider Electric, l’important est de créer un « terreau de cohérence » dans l’entreprise. La société recherche du sens et on observe une volonté nouvelle de co-construire et de partager. De plus en plus de jeunes diplômés sont en demande d’une entreprise engagée, qui sera plus à même d’attirer ces talents et de les garder plus longtemps. Schneider Electric et sa fondation ont créé l’association Schneider Electric Teachers pour mobiliser les salariés et les retraités de l’entreprise auprès de structures investies dans l’enseignement et la formation professionnelle et plus largement dans le domaine de l’accès à l’énergie. Les jeunes salariés pour lesquels l’entreprise connaît un turnover important restent plus longtemps lorsqu’ils ont participé à ce programme.

 

Encourager le dépassement de soi en faisant bouger les lignes

Dans ce cadre, quel peut être le rôle du mécénat ? Lorsque l’entreprise est mécène, cela peut faciliter la diffusion d’une culture de l’engagement dans les différents métiers de l’entreprise. « Ce n’est pas le rôle de la fondation d’encourager l’intrapreneuriat social, mais elle détient une réelle expertise sur le domaine associatif et ses besoins, ce serait dommage de ne pas l’utiliser », souligne Emmanuel de Lutzel, Vice-Président Social Business chez BNP Paribas et intrapreneur ayant initié l’activité de microfinance de la banque. Chez Schneider Electric, c’est bel et bien la fondation qui a lancé la démarche dans l’entreprise mais même modèle ne peut pas être appliqué à toutes les entreprises.

En interne, l’enjeu pour l’entreprise est bel et bien de créer un état d’esprit pour que chaque collaborateur se sente en capacité de dépasser ses limites et de devenir un change-maker. Pour que l’intrapreneuriat social soit une composante de l’entreprise du futur, elle se devra d’être plus ouverte pour permettre des transformations en profondeur. Comment ? Non pas en accompagnant un petit nombre d’individus mais en faisant bouger les lignes pour que les collaborateurs prennent conscience de la nécessaire hybridation des métiers. Pour que les collaborateurs d’aujourd’hui puissent tous être les intrapreneurs de demain, l’entreprise doit changer sa façon de considérer sa responsabilité au sein de la société. Pour Gilles Vermot-Desroches, il est temps pour l’entreprise de voir son engagement et celui de ses salariés non plus comme « la cerise sur le gâteau », petit supplément d’âme à son activité économique, mais bien comme « le levain dans la pâte », socle de ses valeurs et de ses missions.

Néanmoins, même si les entreprises peuvent évoluer pour encourager la liberté de création de leurs salariés, l’acte d’intrapreneuriat relèvera toujours de l’individuel. Comme le rappelle Emmanuel de Lutzel, même si la structure parvient à instaurer une culture de la confiance, il faudra toujours trouver dans son corps social des personnes qui ont l’envie et la capacité de faire naître des projets. Être intrapreneur, c’est être un entrepreneur de l’intérieur. Il faut vivre le risque comme un entrepreneur et ne pas se réfugier derrière les règles de l’entreprise, aussi ouverte soit-elle. Ce n’est que grâce à des individus engagés et passionnés que les grandes entreprises pourront être des accélérateurs d’innovation pour guider l’évolution de notre modèle de société vers un monde meilleur.

 

Camille Marc

@Camille_Marc 

 

Cet article reprend certains propos tenus au Mécènes Forum du 5 octobre 2017 lors de l’atelier intitulé « L’intrapreneuriat social : nouvelle voie d’implication des collaborateurs ? » avec Emmanuel de Lutzel et Gilles Vermot-Desroches.

 

 

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