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Etude "Giving around the Globe", édition 2017 : quelles tendances de fond à l'international ?

Synthèses d’études

Le CECP – organisme réunissant des dirigeants convaincus qu'une approche sociale conditionne la réussite des entreprises, a publié récemment la dernière édition de son étude annuelle Giving around the Globe, basée sur des données récoltées auprès des plus grandes entreprises mondiales. Retour sur les enseignements principaux.

Chaque année, l’enquête Giving around the Globe permet d’avoir une vision de l’action philanthropique des  plus grandes entreprises à travers le monde (120 sont interrogées pour l’enquête). Mais au-delà de cet état-des-lieux, ces résultats sont révélateurs de tendances de fond et donnent des indications précieuses sur les grandes problématiques émergentes liées à l’intérêt général et plus particulièrement au mécénat.

 

Les Objectifs de Développement Durable au cœur des nouvelles stratégies d’entreprise

Même si le niveau d’engagement varie selon les différentes régions du monde, les grandes entreprises tendent à intégrer directement les objectifs de développement durable dans leur stratégie globale. Ainsi, l’étude UN Global Compact Accenture Strategy CEO révèle que 87% des cadres dirigeants interrogés estiment que les objectifs de développement durable[1] favorisent la création de valeur, et 78% d’entre eux pensent qu’ils devraient faire partie intégrante de l’activité de l’entreprise.

Cette volonté de s’engager pour répondre aux ODD dépasse les mesures individuelles prises par les entreprises. Ainsi, malgré un contexte politique incertain et une forte concurrence économique, de grandes entreprises parviennent à se réunir en un collectif afin de maximiser l’impact de leurs efforts, à l’image de Tesco, Nestlé, Coca, Pepsi, Walmart et Unilever qui travaillent ensemble à l’élaboration de programmes pour éradiquer le travail forcé dans les chaînes de production, stopper la déforestation, et diminuer de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2025.

Afin de répondre à ces ODD, les nouvelles technologies telles que le Big Data, l’Internet des Objets (IoT) ou encore l’Intelligence Artificielle –d’ailleurs qualifiée par le World Economic Forum[2] comme l’une des évolutions majeures en marge de révolutionner notre société, apparaissent comme des outils incontournables. Les outils numériques, par exemple dans le domaine de la santé, permettent de mieux diffuser les connaissances médicales et de donner accès aux soins à des populations isolées. Ainsi, la Fondation Sanofi Espoir, pour mener à bien sa mission dans la réduction des inégalités en santé, soutient des projets fondés sur la « e-santé »  utilisant la télémédecine et diverses technologies de télécommunication ou de transfert d'images.[3] Le numérique est aussi souvent utilisé dans le domaine de l’éducation. De manière moins évidente parfois, il peut également être au cœur de certains programmes liés à la préservation de l’environnement ou la gestion des ressources naturelles. Pour preuve, sur le sujet de l’assainissement et de l’accès à l’eau, l’Internet des Objets permet de prévoir les risques sanitaires et les quantités d’eau consommée.

Tous ces besoins sont autant de sujets que les entreprises IT, dont le nombre ne cesse de croître, peuvent prendre à bras le corps en les intégrant à leur stratégie.

 

L’importance croissante des outils de reporting

La RSE devient un critère essentiel dans l’évaluation globale de la performance des entreprises. En effet, le Dow Jones Sustainability Index (DJSI) considère aujourd’hui l’évaluation et le reporting des actions RSE comme une démarche commune au sein des entreprises, ces dernières se dotant d’outils de mesure et de reporting de plus en plus nombreux (au total, près de 400 outils de reporting recensés dans 64 pays). Bien que les rapports obligatoires tiennent encore aujourd’hui une place prépondérante – environ 80%, on constate une forte augmentation du nombre de programmes de suivi initiés par les entreprises elles-mêmes, qui privilégient le domaine social à celui de l’environnement.

De manière générale, c’est en Europe, en Asie et en Amérique latine que cette hausse est la plus notable.

La situation est plus complexe en Chine : en effet, bien qu’il existe une règlementation en matière de RSE, le pays a durci sa politique envers les ONG : certaines sont expulsées, d’autres sont soumises à une règlementation plus stricte[4], des programmes sont supprimés… Dans un pays où l’Etat est omniprésent et où le contexte politique est incertain, il semble alors compliqué pour les grandes entreprises de se positionner sur certains sujets sociétaux.

 

La technologie au service de l’engagement des collaborateurs

Aujourd’hui, une majorité de dirigeants ont pris conscience que leur entreprise devait répondre à des nouveaux objectifs. En effet, une étude de l’institut EY Beacon[5] révèle que parmi 1 500 dirigeants interrogés, 67% reconnaissent que dans un contexte actuel d’incertitude social et environnemental, les objectifs de leur entreprise ont évolué. Comme expliqué lors d’une table ronde à Davos, « les entreprises du futur envisagent les objectifs comme une source de résilience et un contrepoids stratégique à l’incertitude ». Cette situation affecte également les salariés qui, logiquement, repensent leur rôle dans l’entreprise, et le rôle de l’entreprise elle-même.

Afin de répondre à ces interrogations et pour mobiliser les salariés, les responsables des départements RH investissent largement. En effet, selon une étude conduite par Deloitte[6], 85% d’entre eux considèrent l’engagement des collaborateurs comme une priorité absolue, et en 2015, plus de 2 milliards de dollars auraient investis pour développer les outils des services RH. Parmi eux, une large part est affectée au numérique qui propose des solutions innovantes pour encourager les échanges entre collaborateurs, gérer les datas internes de manière intelligente pour proposer des workshops adaptés ou encore faciliter la mise en œuvre de plan global d’engagement.[7]

 

Ces tendances de fond sont le signe que les grandes entreprises prennent conscience du rôle qu’elles ont à jouer dans la société. Néanmoins, il reste encore un long travail à effectuer, car même les plus grandes d’entre elles, aussi puissantes soient-elles, doivent s’adapter au contexte politique, économique, culturel et social des pays où elles sont implantées, afin de construire ou soutenir des programmes permettant réellement d’améliorer la situation des populations concernées.

 

Diane Abel,

Responsable des études et des publications

@Diane_Abel1



[1] 17 objectifs fixés par les pays membres des Nations Unies et réunis dans l’Agenda 2030 votés par l’ONU en septembre 2015.

[2] Fondation internationale basée à Genève ayant pour mission d’encourager et améliorer les partenariats publics-privés en faveur de l’intérêt général.

[3] « L’innovation : l’obligation créatrice », tribune de Xavier Darcos, président de la fondation Sanofi Espoir

[4] Une nouvelle loi votée l’année dernière établit de nouvelles contraintes pour les ONG internationales : pour agir dans le pays, elles doivent s’enregistrer au MPS (the Ministry for Public Service), ou bien ne réaliser qu’une mission temporaire.

[7] Stéphane Le Gal, « Ressources humaines : toujours DRH ou déjà DCE », Les Echos, 11/01/18

 

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